Témoignages d'anciens combattants:
Marc-Édouard Barrette

Armée

  • Le soldat Marc-Édouard Barrette, du Corps médical militaire royal du Canada.

    Marc-Édouard Barrette
  • Le soldat Barrette posant près d'un camion médical.

    Marc-Édouard Barrette
  • Une unité médicale canadienne sur la ligne de front.

    Marc-Édouard Barrette
  • Le Roi George VI visite une unité médicale canadienne.

    Marc-Édouard Barrette
  • M. Marc-Édouard Barrette photographié en juin 2010.

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"Puis encore là, il continuait la transfusion de sang, pis le docteur repassait encore. On avait dix ou douze docteurs avec nous autres, tout le temps. Si ça ne fait pas, lui, on l’habille pis on l’envoie en Angleterre."

Transcription

Par rapport à la guerre, les bonnes sœurs nous faisaient prier pour que le petit Jésus nous épargne de la guerre, parce qu’elles prévoyaient qu’elle allait arriver la guerre. Nous autres on n’avait pas les journaux, on était trop jeune pour s’intéresser à ça. On entendait parler de la guerre couramment. C’est arrivé, on priait avec les bonnes sœurs pour ne pas aller à la guerre. Mais ça, c’est nous autres qui décidons. Je voulais aller à l’armée parce que je me disais ça va être mieux pour moi et puis je n’aurais pas de tracas d’avoir une maison de pension, puis me chercher de l’ouvrage, tant que je vais être dans l’armée et puis que je vais être docile.

Écoute-nous puis fais ce qu’on te demande puis tu vas être très bien. Moi je n’ai pas un mot à dire de l’armée, il y en a qui disent que « c’est comme si, que c’est comme ça. » C’est parce que ce qui est arrivé c’est qu’il y a du chialage (du mécontentement) qui se fait avec le français pis l’anglais. Ils disent : « C’est rien que bon pour nous de parler anglais. » C’est faux ça. L’armée ne nous a pas forcés à parler anglais ou parler français. Parle ta langue, écoute dans ta langue. Parce qu’ils nous donnaient le français pis l’anglais. Y’avait pas de problèmes à ça.

C’est là qu’ils ont commencé à former les unités pour les préparer pour aller faire le débarquement de Normandie (le 6 juin 1944). On ne savait pas que ça allait être ça, c’était pour nous préparer. Ça a pris trois ans ça à préparer les troupes pour aller débarquer en Normandie. Ça fait que durant c’est trois ans-là en Angleterre c’était toute de la manœuvre pis de la pratique pour notre profession, nous autres comme médicaux (M. Barrette servit comme infirmier avec le Corps médical royal de l’Armée canadienne). On débarquait puis il fallait aller les attaquer là. Alors chaque gros bateau avait tout l’équipement pour chaque soldat, la machinerie pis tout compris. Le manger (la nourriture), les machines, les « trucks » (camions), le linge, tout. Quand ça a été le temps pour le débarquement du matin, on a débarqué et on a embarqué sur les péniches comme je disais là avec notre équipement. Chaque soldat était responsable de son équipement, fallait que ça se suive.

Là on a débarqué, comment on était tant de kilomètres de la route. Je ne peux pas dire, on ne l’a jamais su. Fallait s’en venir en péniche là. De la péniche, débarque à l’eau au cou ou ben non à la cuisse, ou ben non. Toutes les machines, c’est encore un cas que j’aime bien souligner, toute la machinerie, les camions, pis tout ce qui marche, qu’ils ont besoin que ça marche en débarquant. C’était toutes calfeutré ça, prêt à aller en amphibie (le besoin d’adapter les véhicules militaires pour des opérations amphibies). Le monde ne savent pas ça non plus ça. Comment vous avez fait pour emmener vos « trucks » dans l’eau? Ben, oui, mais ils étaient préparé à ça. Tu débarques, pis pars ta machine quand tu arriveras à terre, ça va aller. Parce que dans l’eau on ne faisait pas marcher ça. Puis c’est de même que ça fait le débarquement. Mais en arrivant, ils nous attendaient les « Boches » (surnom péjoratif attribué aux soldats allemands) eux autres. Ils étaient sur la côte pis nous autres on était dans l’eau. Ça fait que c’était mal aisé de ne pas se faire pogner.

Le premier matin, paraît que ça a été terrible. Apparemment, j’ai oui dire qu’on a eu trois milles morts le matin même du débarquement. Ça, je ne peux pas le faire certifier, mais je sais que ça s’est dit couramment à travers nous autres. Et puis tout de suite en débarquant à terre nous autres, il y avait des officiers, c’est eux autres qui s’occupent de ça. On s’en va à telle place. Il y avait des « map reading » là (l’idée de s’orienter à l’aide de cartes militaires). Sur ça tout était marqué, on s’en va à telle place, telle place, telle place. On s’installe là pis on attend les ordres. C’était de même que ça marchait l’armée, c’était nos officiers qui avaient le commandement avec les sous-officiers, les sergents-majors et pis tout ça.

Et puis on a marché de même de jour en jour pendant deux mois en France. Mais encore là, on a manqué se faire envoyer à l’eau nous autres aussi, la deuxième fois. C’est que les Allemands, ce que je dis là c’est vrai. Les Allemands étaient bâtis (installés) en dessous de la terre dans des appartements comme vous avez icitte là. Peut-être pas aussi bien fini, mais vous étiez à l’abri. Eux autres ils descendaient et ils se cachaient quand on les attaquait. Ils sortaient le soir pis là ils frappaient eux autres. Ça fait qu’il fallait travailler jour et nuit quasiment. Fallait se défendre, pis fallait attaquer, pis se défendre, pis attaquer. Ça a duré quinze jours de temps ça, mais au bout de quinze jours on a eu le dessus. On était capable de garder la position. Ils ont commencé à marcher avec la mappemonde. À tous les jours, on avance, on avance, on recule un peu. On avance, on avance, on avance. Pis on a fait nos deux mois comme ça avec de la misère. C’était la pleine chaleur dans ce temps-là. Au mois de juin, juillet.

Normalement notre travail avec ces unités-là de Field Dressing Station (postes de secours avancés), c’était de faire de la manœuvre et de faire des exercices pis c’était des lavements des yeux et des lavements d’oreilles pis toutes sortes d’affaires de médicaux, pour pratiquer notre métier comme on pourrait dire.

Mais quand on a arrivé pour la guerre là, là c’était de la transfusion de sang sur le champ. Parce qu’on ne pouvait pas toujours être logé pour faire la transfusion de sang. Fais que, quand il n’y avait pas de maison pour ça, il fallait monter une tente pis les docteurs passaient pis ils les examinaient. Pis ils disaient : « Bon ben là, ce gars-là mettez-y deux transfusions pis si la deuxième ne fais pas, s’il en prend un troisième, habillez-le et renvoyez ça quinze, vingt milles en arrière. » Qui était du terrain conquis. Puis encore là, il continuait la transfusion de sang, pis le docteur repassait encore. On avait dix ou douze docteurs avec nous autres, tout le temps. Si ça ne fait pas, lui, on l’habille pis on l’envoie en Angleterre. C’était de même que ça marchait.

Ça fait que... mais on n’en a pas retourné beaucoup en Angleterre. On les soignait plutôt sur place, puis une autre chose que je peux souligner aussi, c’était que quand on était comme ça là, avec des transfusions de sang sur le champ, on n’avait pas le droit de refuser de recevoir n’importe quel civil qui avait quelque chose due à la guerre (une blessure reçue en raison des combats). Fallait le recevoir, c’était notre job ça. Parce qu’on était de la Croix-Rouge comme je vous ai dit. En étant de la Croix-Rouge, tu ne peux pas refuser quelqu’un de le soigner ou de l’arranger, suivant le médecin. C’est vrai, j’avais oublié de dire ça. Ça, c’est important. Parce qu’on avait plus de civils qu’on avait de militaires malades. Parce que hein, beaucoup de civils. Les civils ben, ils sont à l’abri de tout. Ils y avaient des petits bris pis des gros bris. Les docteurs les regardaient : « Faites-lui tel pansement, tel si tel ça. » C’est de même que ça marchait, ils s’occupaient d’eux autres.

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