Témoignages d'anciens combattants:
Bill Ludlow

Armée

  • Le Sergent William (Bill) Ludlow en septembre 1945.

    W.G. Ludlow
  • William (Bill) Ludlow avec son petit-fils, le Sergent Scott Thompson des Sapeur de combat canadiens en 2007.

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  • William (Bill) Ludlow et son père Thomas Ludlow en permission en 1942.

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  • Une caricature dessinée par Bill Ludlow pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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  • Une caricature dessinée par Bill Ludlow pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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"Tout était silencieux. On pouvait entendre des sons ici et là, un fusil et puis tout à coup ; et la première chose que j’ai entendue c’était le gazouillis d’un oiseau. Je n’avais pas entendu d’oiseau gazouiller depuis très, très longtemps."

Transcription

En 1939, la guerre a été déclarée et le Canada a déclaré la guerre le 12 septembre 1939. J’ai rejoint le régiment le jour où ils ont commencé et il y a eu 800 hommes qui ont rejoint le régiment ce jour-là. J’avais 18 ans mais deux jours plus tard, j’ai eu 19 ans.

Alors que j’étais encore dans le Black Watch (le Royal Highland Regiment of Canada), mon père s’était engagé dans le Génie mais il était toujours au Canada. Or, le 3 septembre 1940, nous avons pris la mer pour aller en Grande Bretagne et nous avons débarqué là-bas en 1940. Mon père est arrivé outre-mer par la suite avec la compagnie de campagne du Génie. Et je me suis fait transférer pour être avec lui dans la compagnie de campagne du Génie.

Or, je voudrais bien décrire la, la 16ème compagnie de campagne, du Génie royal canadien, de la 3ème division canadienne. Et c’était quelque chose d’assez particulier parce que la compagnie de campagne du Génie comprend dans les deux cents hommes. Mais à l’intérieur de cette compagnie de campagne, on avait trois couples père fils, sept de frères, y compris un couple de vrais jumeaux, un oncle avec son neveu, et tous au même moment. Et c’était assez inhabituel, vous savez, mais c’est ce qui s’est produit.

J’avais trois oncles à Vancouver (Colombie Britannique) et l’un d’entre eux était dans la marine, un était dans l’armée de terre et le dernier dans l’armée de l’air. Et celui qui était dans l’armée de l’air, il avait déjà servi dans la Première Guerre mondiale comme mousse dans la marine marchande. Et il lui arrivait de voler au dessus de ma tête parfois quand il était dans l’armée de l’air et ils en sont tous revenus.

Et le jour J., mon unité était programmée pour le jour J., le 6 juin (1944). Alors j’ai débarqué le 6 juin sur les plages de Normandie (France) et on était là pour appuyer le Queens Own Rifles (Régiment) de Toronto, on était la compagnie du Génie des Queens Own, ils sont partis et nous sommes partis avec eux, on devait s’arranger pour les faire passer et notre travail consistait à escalader la digue (fortification massive qui avait pour but de protéger les régions côtières des activités maritimes mais représentait aussi un obstacle pour l’invasion des forces alliées le jour J.), à essayer de détruire cette digue mais ce n’était pas trop mal. Et il y avait un vacarme d’enfer et tout ça. Mais après on est allé à l’intérieur des terres. Ça a vraiment été une journée extrêmement chargée.

En tout cas, on est arrivés en Allemagne et les combats étaient violents là-bas en Allemagne. Et c’était la toute première fois que je me suis retrouvé à proximité des zones bombardées comme ça, alors qu’en Grande Bretagne, vous savez, on pouvait regarder dehors et voir les avions arriver mais les bombardements se passaient ailleurs. En tout cas, c’était en plein devant nous et en fait on pouvait voir les bombardements de soutien et on regardait juste en l’air pour voir les bombes tomber. Et on ne savait pas si elles allaient nous tomber dessus ou si elles allaient tomber sur les allemands mais c’est une des choses qu’il faut apprendre à supporter dans l’armée.

On arrivait en Allemagne à ce moment-là et c’est devenu chaud, très, très chaud. Et je me suis retrouvé à un endroit qui s’appelait Leer près de Emden. Et on utilisait de la lumière artificielle pour les combats de nuit. Et le problème avec la lumière artificielle, c’est qu’on nous voyait comme en plein jour avec ces projecteurs, ils nous illuminaient ces projecteurs on était bien visibles à cause d’eux alors ce n’était pas très réussi. Mais en tout cas, on a fini par réussir par passer au travers et arriver à Emden.

Et le jour de Victoire en Europe (le 8 mai 1945) approchait. On nous avait dit qu’il y allait y avoir une capitulation mais de rester extrêmement prudents, d’arrêter de tirer et tout ça, mais que certaines personnes n’auraient peut-être pas encore reçu le message et alors vous savez. En tout cas, petit à petit, c’est devenu de plus en plus calme. Et vous savez, on parle du fait d’entendre le silence et c’était tout à fait ça. Tout était silencieux. Et ça produisait un son en quelque sorte parce que pendant tout ce temps, pendant tous ces mois il y avait eu du bruit en permanence et tout à coup, c’était le silence. On pouvait entendre des sons ici et là, un fusil et puis tout à coup ; et la première chose que j’ai entendue c’était le gazouillis d’un oiseau. Je n’avais pas entendu d’oiseau gazouiller depuis très, très longtemps.

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