Témoignages d'anciens combattants:
Elphège Renaud

Armée

  • M. Renaud à bord d'un véhicule de transport de troupes de type Bren-Carrier équipé d'une mitrailleuse.

    Elphège Renaud
  • Avec des Sud-Coréens. M. Renaud était en charge de mener un convoi de ravitaillement pour les troupes en première ligne.

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  • Le caporal Renaud posant devant son abri (Corée, 1952).

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  • Elphège Renaud posant devant une jeep (Corée, 1952).

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  • Le "Môtel Elphège", un abri souterrain utilisé par les troupes comme point de départ des patrouilles la nuit. Été 1952.

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"Mais je sais qu’il y avait Tremblay, Fong, eux autres sont morts, parce que les gars les ont trainés pour rentrer dans nos positions. Puis Paul Dugal, on ne l’a pas trouvé, ce sont les Chinois qui l’ont trouvé (...)"

Transcription

Il y a une patrouille que je me souviens, je me souviens parce que disons que j’étais impliqué dans la patrouille. Le brigadier Bogert qui était le commandant de la 25e Brigade (d’infanterie) canadienne (en 1952), il avait reçu des Américains des vestes anti-balles. Il était venu voir notre commandant, si ma mémoire est bonne, je crois que c’était une trentaine de vestes anti-balles qu’il avait eues. Il avait dit : « Tu feras essayer ça à tes troupes. » Tout de suite, le lendemain, il avait été décidé qu’on ferait une patrouille avec les balles, les vestes anti-balles. Même il y en avait plus que ça, sur la patrouille ils étaient une quarantaine. Moi, j’avais voulu aller sur la patrouille, mais c’est parce que moi je conduisais un camion pour le Carrier Platoon (le peloton de ravitaillement équipé de véhicules Bren Carrier). Pis quand les six mitrailleuses étaient ensemble sur une montagne pour couvrir les patrouilles, moi je les alimentais en nourriture, des armes, de l’eau... Bon j’avais 30- 35 hommes là-dessus puis. Mais quand ils prenaient le Carrier Platoon et ils le démantibulaient, ils prenaient deux machine gun (mitrailleuses) et il le mettait avec une compagnie, deux machine gun avec une autre...

Alors nous autres, le personnel de support, ils nous envoyaient à l’infanterie. Mais comme on n’était pas des habiles fantassins parce qu’on n’était pas sur le front. Ils m’avaient envoyé avec la compagnie D (du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment). C’est pour ça que je voulais aller sur la patrouille. Ils ont dit : « Non. Toi tu n’as pas assez d’entrainement pour ça icitte (ici), des patrouilles tu n’en as pas fait pas assez. On va t’envoyer outpost (sur un avant-poste). » Fais que là je me suis en allé outpost avec le gros P. E. Labelle, pis là on partait au-devant d’eux autres, puis on descendait un fil avec un téléphone pour aller dans notre trou en bas. Là, on a vu la patrouille qui commençait à dérouler pour s’en aller vers l’ennemi. Et puis là, à peu près une heure après, on a entendu des coups de feu, assez fort. On s’est dit tiens ils ont frappé, j’espère que ça ne sera pas les nôtres. Ça va être nous autres qui allons avoir tiré, mais ç’a été le contraire.

Ils se sont approchés tellement proche qu’ils étaient à la vue de l’ennemi. Assez proche pour qu’ils leur tirent des grenades, c’est avec les grenades. C’est entendu que les effets de la protection de la veste anti-balles ont été efficaces, parce que ça, c’est les parties vitales qui sont là. Mais ça ne protège pas la tête. Fais que les gars qui ont été blessés à la tête, ceux-là qui sont morts justement, c’est du shrapnel qu’ils avaient reçu à la tête. Ils ont reçu l’ordre, je me rappelle, c’est un petit lieutenant, j’oublie son nom, un jeune homme, il avait 23 ans, c’est un gars qui venait de la Nouvelle-Écosse. Il est mort effectivement dans une autre patrouille, au mois d’août je pense, le 19 d’août (19)52, il est mort. À peu près dans le même territoire que la patrouille qu’il commandait le 23 juin.

Et puis quand ils sont revenus, la patrouille était rentrée aux trois quarts puis il restait un petit groupe, eux autres ils ont dit qu’il y a Paul Dugal (le lance-caporal Paul Dugal de Québec) qui est resté en haut puis, d’après moi, il n’est pas mort, car on l’entendait se lamenter. Puis si on remontait, peut-être qu’on pourrait le trouver, ces affaires-là. J’ai décidé de remonter avec eux autres, mais, nous autres on n’a pas d’ordres du lieutenant pour faire ce qu’on fait là. Desrochers, il est mort, asteure il est mort, il n’y pas longtemps, mais il n’est pas mort à la guerre. C’est un gars originaire de Québec, mais il restait en Colombie-Britannique quand il s’est enrôlé. Il dit : « Y’a pas de si, puis de ça! Moi j’y vais! »

Fais que là, moi puis P.E. Labelle puis les trois-quatre (soldats) qui restaient avec lui, on était peut-être cinq ou six, on a décidé de remonter. Puis on était assez proche, puis la clarté commençait à se faire un peu. Fais que j’ai dit aux gars : « On joue avec les poignées de nos tombes parce qu’il commence à faire clair et s’ils commencent à nous shooter (tirer dessus)... On a fouillé un peu partout dans les branchailles puis ces affaires-là puis on n’a pas rien trouvé. Eux autres, lui Desrochers il dit qu’il l’entendait se lamenter, mais il l’avait entendu parce qu’il n’était pas mort, il était blessé seulement. Mais il a été trouvé par les Chinois après que la clarté soit arrivée, il était tellement proche des lignes. Eux autres ils l’ont entendu râler, ça, c’est Paul Dugal. Mais Tremblay était mort (le soldat Georges Tremblay d’Amos) puis Willie Fong (de Montréal), je me demande s’il y en pas un autre, ma mémoire... Mais je sais qu’il y avait Tremblay, Fong, eux autres sont morts, parce que les gars les ont trainés pour rentrer dans nos positions.

Puis Paul Dugal, on ne l’a pas trouvé, ce sont les Chinois qui l’ont trouvé pis qui l’ont gardé prisonnier 13 mois. Puis il avait dit, Paul Dugal, à certains gars : « Les 22 (les soldats du Royal 22e Régiment), ils m’ont laissé tomber, ils m’ont laissé tomber ». On ne l’a pas laissé tomber, parce qu’on a fait (le fait de retourner en patrouille sans en avoir reçu l’ordre) c’était illégal. Mais on le faisait parce qu’on avait confiance d’essayer de le retrouver. Ça aurait pu, il aurait pu se trainer en s’en venant vers nos positions, puis on aurait pu le trouver nous autres en les rejoignant. Puis on l’aurait trainé vers nos positions, mais on ne l’a pas trouvé, ça fait que... On avait fait notre boulot quand même, mais enfin.

Quand on est arrivé en haut, on a eu une paire de bottes (réprimandes) parce qu’on n’avait pas le droit de faire ce qu’on a fait là. On le faisait pour la bonne cause, mais dans l’armée, ça ne marche pas de même. Ce n’est pas toi qui décides. Même si c’est pour le bien, ce n’est pas toi qui décides. Il y’en a un autre qui décide. En tout cas, le lieutenant il a été blood (empathique). Il n’a pas parlé de ça au commandant (le lieutenant-colonel Louis Frémont Trudeau). Il ne l’a pas dit, mais ça s’est su pareil parce que les gars l’ont conté, un l’a dit pis l’autre l’a dit. Aujourd’hui, bien il n’y en a pas beaucoup qui sont au courant de ça parce que ça prend ceux qui étaient directement impliqués dans la patrouille. Ça, ç’a été une patrouille qui a été mémorable pour moi. C’est dur de ne pas oublier ces affaires-là parce que c’est...

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