Témoignages d'anciens combattants:
Lloyd Swick

Armée

  • Photo de soldats du 1er Bataillon du Princess Patricia's Canadian Light Infantry posant pour la caméra après leur retour en Corée de Kure au Japon (1952-1953).

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  • Deux soldats de la compagnie A du 1 PPCLI posant devant une jeep, 1952-1953.

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  • Soldats du Princess Patricia's Canadian Light Infantry assistant à une cérémonie en hommage à leurs camarades tombés (Pusan, Corée).

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  • M. Lloyd Swick en août 2011.

  • Les "Two Kims", tiré du livre "Stories from Korea" de Lloyd Swick.

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"Et je me souviens bien, aller au front et voir l’évacuation. Sur le premier brancard qui m’a dépassé, alors que j’avançais, il y avait le corps d’un sergent-major que je connaissais très bien."

Transcription

Et je pense qu’on a passé environ une semaine en mer et je me souviens de l’arrivée à Pusan (un port en Corée du Sud) et on nous a amenés au front dans des wagons de chemin de fer équipés de, oh, de sièges de taille minuscule. Et bien sûr, on avait nos boites repas, et je me rappelle en avoir ri à l’époque, en comparant cet épisode de mon voyage en train avec l’époque où je travaillais comme serveur à la CN (Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada) dans les magnifiques voitures bar de la Compagnie.

Lorsque nous avons atteint notre destination, on a senti à nouveau le parfum de la guerre, la puanteur, vous pouviez voir les débris des infrastructures démolies, et bien sûr, quiconque se retrouve dans une zone en guerre est toujours attristé par la situation désespérée des familles. Et trop souvent vous voyez des enfants seuls et perdus dans la tourmente, sans logis et sans espoir. Et je me souviens bien, aller au front et voir l’évacuation (des soldats). Sur le premier brancard qui m’a dépassé, alors que j’avançais, il y avait le corps d’un sergent-major que je connaissais très bien.

Et puis on a fait un peu d’entraînement, on s’est déplacés jusqu’à la ligne de front, et on a pris la relève du 2e PPCLI – les mêmes gens qui avaient fait merveille à Kap’yŏng,*, c’était à la mi-octobre à peu près (1951). Et je me rappelle, la position de ma compagnie, je me rappelle toutes ces, on était sur la gauche d’une colline, connue sous le nom de 355, la Petite Gibraltar. Et c’est pendant la nuit du 24 octobre – novembre, on était dans une impasse quand on a vu tous ces petits groupes de minuscules lumières rouges descendant cette colline. Et bien sûr, on a appris plus tard que les Américains avaient dû évacuer cette colline** et pendant leur retraite nocturne, ces petits points de lumière, ces lumières rouges qu’on a vues, c’était les Américains, qui allumaient leurs cigarettes pendant qu’ils se retiraient.

Maintenant, je peux vous dire que la vie sur la colline c’est monotone, les patrouilles en attente, l’amélioration des positions défensives, vivre dans la poussière, le froid, l’humidité. Ça semblait être tout ce qu’il y avait, de tous les arbres présents auparavant pas un n’avait résisté aux explosions et on était en proie à des vents sibériens. Mais heureusement il y avait notre ration quotidienne de rhum qu’on attendait avec impatience.

J’étais capitaine, j’étais le commandant en second de la compagnie et plus tard, j’ai repris le commandement de la compagnie, sur une période de deux ou trois mois. Et ensuite j’ai été expédié à, pas vraiment expédié, mais ensuite je suis parti, comme chef instructeur, dans une École canadienne des sous-officiers subalternes à Ŭijŏngbu, le village de Ŭijŏngbu. Quand un pays se retrouve ravagé par la guerre, les dynamiques familiales perdurent et c’est ce qui me vient à l’esprit. J’avais à mon service un jeune garçon, beaucoup de jeunes s’accrochaient aux militaires juste pour s’assurer le gite et le couvert. Et j’avais à mon service ce jeune garçon du nom de Lee Bom Woo. Et un matin, mon sergent-major a dit : « Lee Bom Woo vous a laissé ce message. » Et c’est un gamin de huit ou neuf ans, « Pour le Capitaine Swick de la part de Lee Bom Woo. » Or, imaginez-le, écrire ça, en anglais : « Aujourd’hui je vais dans ma maison, j’habite à la maison pendant dix jours peut-être. » Ce qu’il voulait dire c’était : « Je pars pour une dizaine de jours. » « Aujourd’hui je vais seulement à Séoul, et dormir, demain je vais à la maison. » Maintenant voici ce que je voulais dire, en parlant de rapports familiaux qui continuent, même quand le pays est ravagé par la guerre : « Je vais pas pour jouer. »

C’est certain, on a fait beaucoup de patrouilles en attente, en patrouille de combat, mais on n’a jamais subi d’assaut sur nos positions, comme ce qui s’est produit à Kap’yŏng. On a certainement eu d’autres démonstrations de la belligérance des Chinois quand ils se faufilaient sans bruit à travers vos fils barbelés défensifs, ou qu’ils déminaient vos mines et montraient qu’ils étaient parfaitement capables de vous attaquer s’ils en avaient eu le désir. Mais en général, ce fut une période de, ma ligne de front, une période d’ennui, très largement. Évidemment, il fallait sans arrêt  lutter contre les rats et, on m’avait envoyé des chats pour une limiter l’invasion des rats. Et j’ai trouvé que les chats étaient, quiconque a eu un chat comme animal de compagnie sait qu’ils sont très indépendants et alors qu’on me les avait envoyés, comme je l’ai mentionné, pour régler le problème des rats, je suppose qu’ils n’ont pas aimé leur boulot parce que le jour suivant ils sont partis et je ne sais pas s’ils ont déserté ou s’il sont partis chez l’ennemi. Mais ils ne sont pas restés très longtemps avec moi.

Comment se préparer pour une patrouille en attente, les tâches relatives à une patrouille en attente, que faire en cas d’attaque et que vous devez vous sortir d’une position difficile lors de la patrouille en attente. Les fonctions d’une patrouille d’écoute, comment sélectionner votre reconnaissance, vos positions. L’importance d’être présent en patrouille le matin et la nuit, l’importance d’avoir des quartiers propres, des facteurs pour conserver le moral des troupes, votre moral et celui des hommes qui sont sous vos ordres. Juste, juste des trucs de base qui peuvent vous rendre la vie plus facile quand vous êtes un soldat (ces choses étaient enseignées à l’École des sous-officiers subalternes à Ŭijŏngbu).

Ces gars étaient de simples soldats et vous les formiez pour qu’ils deviennent des sous-officiers, n’est-ce pas ? Et pour tous ces facteurs que j’ai mentionnés, la composition de l’attaque ou de la défense, le retrait, il n’y avait du matériel pour l’instruction et aussi des outils d’enseignement pour, relatif aux patrouilles que j’ai mentionnées. Et ce sont là les informations que vous leur transmettiez, que vous leur enseigniez.

 

*le 2e bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et la bataille de Kap’yŏng, du 22 au 25 avril 1951

**Au cours de la bataille de la Colline 355 en novembre 1951

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