Témoignages d'anciens combattants:
John R.D. Forbes

Armée

  • Soldat John Forbes à Nijmegen aux Pays-Bas, décembre 1944.

    John Forbes
  • L'orchestre de cornemuse du 1er bataillon, Stormont, Dundas, et Glengarry Highlanders, ALdershot, Agleterre, 1941. Le joueur de cornemuse Bill Kennedy, au premier rang à gauche, a été blessé avec le soldat John Forbes à Hochwald, le 4 mars 1945.

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  • John Forbes et Greg Thompson, Ministre des Anciens Combattants, le 30 août 2007.

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  • Télégramme à Mme Forbes l'informant que John Forbes a été blessé, mars 1945.

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  • John Forbes lors du 60e anniversaire de la libération des Pays-Bas, Apeldoorn, Pays-Bas, le 5 mai 2005.

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"Bon et bien quand vous marchez en rampant, chaque fois que je mettais ma main sur le sol, je pensais, bon sang, vous savez, vous touchez une mine, c’est fini pour moi."

Transcription

Quand je me suis enrôlé, j’allais au lycée. J’étais en seconde et mon professeur, il était capitaine réserviste, dans le Tank Corps. Et il savait que je n’avais que 16 ans. Au mois de mai le Tank Corps avait été mobilisé et il avait rejoint les rangs de l’armée en tant que capitaine et puis moi, j’étais là avec mon père. Et à sa première inspection, il s’était arrêté devant moi, il avait un regard sévère. Il savait que j’avais 16 ans . Il a dit - est-ce que vous vous êtes rasé ce matin, soldat ? J’avais répondu, non mon capitaine, je ne me rase jamais. Et il avait ajouté sur un ton péremptoire, il avait dit, à partir de maintenant vous allez vous raser que vous en ayez besoin ou non, tous les jours tant que vous êtes à l’armée. Et puis il avait changé d’expression et fait un grand sourire.

On était en Belgique et une bataille farouche se préparait dans cette ville. Et les allemands avançaient plus au nord de la Belgique en direction de la Hollande. On savait qu’ils allaient se regrouper et qu’ils étaient coriaces. Et on était dans des bâtiments individuels, en attendant qu’on nous dise d’aller de l’avant. Et on restait tous assis à ne rien faire et j’étais assis par terre avec quelques gars assis sur ma droite. Et un type vient vers moi et me dit, je ne fais pas partie de votre section, il dit, je suis, j’appartiens à une autre section. Et puis il dit bonjour au gars qui est à ma droite, et ensuite il dit, c’est mon pote là, à côté de toi. Il dit, tu sais, je suis arrivé le jour J et je suis le seul de ma section qui ne s’en est sorti indemne. Il dit, est-ce que tu pourrais te pousser un peu comme ça je pourrais m’asseoir entre toi et mon copain. Il dit je sais qu’on a une rude bataille devant nous et il dit, peut-être que personne va s’en sortir cette fois et je voudrais bien parler avec lui. J’ai répondu, bien-sûr, pas de problème. Et quand on a reçu l’ordre de sortir, il a dit bon, tous ceux sur ma droite ils devaient sortir en premier, alors il a dit, je vais rester devant toi et il a dit, dès que je suis dehors j’attendrai que ma section arrive. A peine il avait mis le pied dehors, un sniper l’a eu en pleine tête. Et ça aurait été moi car les snipers, vous savez, ils vont compter tant de personnes quelquefois et puis ils tirent disons sur la sixième personne ou la septième comme ça. Donc s’il n’avait pas fait ça, ça aurait été moi. Et c’est pourquoi je disais que les héros sont enterrés là-bas parce que nombre d’entre eux, ils ont donné leur vies pour nous.

Ce qu’on devait faire alors c’était d’attendre dans le coin un petit moment comme ça ils fallait qu’ils envoient des gens pour jeter un coup d’œil alentour et essayer de trouver le sniper. On ne l’avait pas retrouvé parce qu’ils trouvent toujours un bon endroit. Ils savent qu’on va tous être par là à attendre l’ordre de bouger. Et puis ils ont un plan pour s’échapper. Ils faisaient ce qu’ils étaient censés faire, ils essayaient de nous retenir un petit moment, c’est ce qu’ils faisaient. Et après ils s’en allaient rejoindre leurs unités.

A un autre moment quand on était en Belgique, on traversait à pied une sorte de grand territoire. Je sais que c’était sur une route boueuse, une route en terre et on avait des arbres des deux côtés. Alors certains d’entre nous marchaient sur le côté gauche et d’autres sur le côté droit. Et ce qui était déjà arrivé à Brighton s’est reproduit là. Un avion allemand a débouché au dessus de nos tête par l’arrière et nous a dépassé, tout droit comme ça, il avait actionné ses volets sur les ailes, à droite et à gauche et il avait continué sa route. Ils aurait pu nous décimer mais il avait sa propre cible je suppose. Ou il était peut- être en route pour l’endroit où il allait atterrir et se rendre.

Bon, on trouvait que les soldats allemands ordinaires, ils étaient comme nous. La plupart d’entre eux étaient obligés d’être là pour se battre. S’ils ne participaient pas ils étaient envoyés dans les camps de travail ou ils étaient éliminés. Les pires c’étaient les SS et les très jeunes soldats. Un général allemand, juste au moment où l’invasion avait commencé, ils avaient tués 134 canadiens, ils les avaient assassinés, parce qu’ils avaient donné leur grade, leur nom et numéro de matricule c’est ce qu’on nous disait de faire. Et rien d’autre. Et comme ils ne pouvaient pas en tirer d’informations, ils les avaient assassinés.

Quand j’ai été blessé, Bill Kennedy était mon tireur. Et quand nous étions en Hollande, on a passé deux jours à Nijmegen. De Nijmegen on a traversé le pont et on est entré dans Arnhem. C’est juste à la frontière allemande. Donc à Arnhem, l’officier m’avait demandé de conduire la chenillette et j’avais avec moi un adjudant, un adjudant du régiment de police militaire. Il était avec moi dans la chenillette à l’arrière et j’avais ma mitraillette Bren à côté de moi à ma gauche. Et j’étais descendu vers le quai, il n’y avait personne alentour, seulement une grande forêt. Et trois jeunes allemands sortent en brandissant un drapeau blanc, ils voulaient se rendre. L’un d’entre eux parlait assez bien anglais et alors nous sommes sortis et nous sommes dirigés vers eux. On avait nos armes avec nous, on ne savait pas s’ils ne cachaient pas quelque chose. Et ils nous dirent qu’ils voulaient se rendre. Ils disaient qu’ils ne voulaient plus se battre, qu’ils étaient écoeurés de se battre. Et je leur avais répondu, bon, continuez dans la même direction, j’avais dit, nous on se bat. J’avais dit, tous les vôtres sont droit devant nous et on va bientôt se retrouver face à eux, on ne peut pas faire de prisonniers. J’ai dit, continuez, et gardez votre drapeau en l’air et ils nous ont dit, bon il y a pleins de mines par là.

Quand ils sont partis, on avait pensé, bon, on va aller là-bas. On avait vu une route qui descendait dans la forêt et on avait dit, on va regarder tout autour et on avait vu des empreintes très larges, d’énormes empreintes provenant d’un char allemand Tigre. Alors on avait pensé, bon marchons dans ces traces un petit peu, ça devrait être plus sûr. Et bien l’adjudant, celui qui faisait partie de la police militaire, il a dit, bon, il était à peu près à trois mètres devant nous, et il a mis le pied sur une mine. Et on a vu sa jambe être arrachée. Et l’artilleur, Bill Kennedy, il s’accrochait à mon bras, le bras gauche, et il a dit, je vais lui poser un garrot sur la jambe. Il a avancé d’un pas et il a posé le pied sur un mine. Je ne voyais plus rien, j’étais aveugle car j’avais été touché à l’œil gauche et mon œil droit ne valait pas beaucoup mieux et mon visage, j’étais blessé à la jambe gauche, la hanche et la tête. Et j’ai dit, je ne peux pas vous aider, je n’y vois rien. Et j’ai dit, si vous pouvez me dire quand je dois tourner, le petit pont , car on était tout près de là où on avait tourné sur la route, j’ai dit, je vais aller chercher de l’aide. Et alors j’ai rampé un peu et puis marché un peu en titubant, ils m’ont dit de tourner et ils ont dit, continue de monter tout le temps. Bon et bien quand vous marchez en rampant, chaque fois que je mettais ma main sur le sol, je pensais, bon sang, vous savez, vous touchez une mine, c’est fini pour moi.

En tous cas, je suis arrivé en haut et je leur ai dit que mes deux compagnons étaient là en bas et j’ai dit, je sais qu’ils ont tous les deux perdu une jambe et j’ai dit, ils ont dit, bon, vous avez l’air épouvantable, vous avez du sang partout sur le visage, j’ai dit, je n’y vois plus rien, et leur secouriste a mis un bandage autour de ma tête et ils ont dit, on va envoyé deux hommes avec des brancards pour les remonter. Et alors ils ont dit, ne vous inquiétez pas pour eux. Ils m’ont emmené dans un hôpital militaire de campagne à bord d’un jeep. Et après ils, j’y ai passé une journée et ils m’ont envoyé en Belgique en avion, où j’ai été admis dans un hôpital général, un hôpital de l’armée. Et ils avaient pris un certain nombre de petits bouts de ma hanche gauche et des petits bouts de la fesse gauche et de la jambe. Et deux semaines plus tard il avaient enlevé un éclat d’obus dans mon œil gauche; ils n’avaient pas voulu le faire tout de suite. Et ils se sont aussi occupés de l’œil droit. Si bien que au lieu de me retrouver complètement aveugle, je pouvais voir des ombres, et si vous étiez venu me parler, je n’aurais pas su qui vous étiez à moins que je reconnaisse votre voix. Mais trois mois plus tard j’étais en plutôt bonne forme.

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