Témoignages d'anciens combattants:
Dieuwke Wendelaar Bonga

Civil

  • Petite trousse à cotton fabriquée pour Dieuwke Wendelaar Bonga par sa mère et ses sœurs (Emmie et Ann) pour son anniveraire le 24 février 1944 au camp d'internement de Sumowono, aux Indes orientales néerlandaises (actuelle Indonésie). La trousse est faite à base de vieux tissus en cotton et de fil.

    Dieuwke Wendelaar Bonga
  • Petite trousse à cotton fabriquée pour Dieuwke Wendelaar Bonga par sa soeur Emmie, pour son anniveraire le 24 février 1944 au camp d'internement de Sumowono, aux Indes orientales néerlandaises (actuelle Indonésie). La trousse est faite à base de vieux tissus en cotton et de fil.

    Dieuwke Wendelaar Bonga
  • Petite trousse à cotton fabriquée pour Dieuwke Wendelaar Bonga par sa mère et ses sœurs (Emmie et Ann) pour son anniveraire le 24 février 1944 au camp d'internement de Sumowono, aux Indes orientales néerlandaises (actuelle Indonésie). La trousse est faite à base de vieux tissus en cotton et de fil.

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  • Une photo de Dieuwke Wendelaar Bonga prises après la guerre.

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  • Photo de Dieuwke Wendelaar Bonga prises après en 2010.

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"On n’a pas eu à manger. On n’avait pas d’eau."

Transcription

(Conditions de vie dans le camp d’internement Ambarawa dans les Indes orientales hollandaises, de nos jours l’Indonésie) À partir de ce moment, on a commencé à être affamés parce qu’il n’y avait jamais assez de nourriture. On devait quand même travailler, on devait nettoyer les toilettes, on devait nettoyer les chambres, on devait tous couper l’herbe avec nos mains, il n’y avait pas d’outils. On était volontaires dans les cuisines, dans les hôpitaux, il y avait beaucoup de gens malades. Il y avait une petite infirmerie, des enfants mouraient de faim. Il y avait des gens qui étaient déjà malades avant leur arrivée dans ces camps et il n’y avait pas de médicaments. Et s’il y avait des gens qui en avaient encore quelques uns, parce que certains ne se faisaient pas pillés (par les indonésiens et les japonais) et ils avaient encore des médicaments et des provisions avec eux, alors ils les cachaient pour que les autres, parce qu’il n’y avait pas moyen dans ce camp, il y avait deux mille personnes, il n’y avait pas moyen qu’ils partagent ces deux boites de conserve qu’ils avaient, du lait ou autre chose avec qui que ce soit.

On est partis de ce camp et on a marché jusqu’à une petite gare de chemin de fer où on nous a donné l’ordre de nous asseoir sous un soleil de plomb et on est restés assis là tout l’après-midi. On n’avait pas le droit de bouger. De temps en temps les japonais venaient, et on devait sauter sur nos pieds et saluer, qu’attendait-on ? Et alors on a dit, qu’on attendait le train, qu’on allait monter dans un train. Et le train n’est jamais venu. Il était près de 5 heures du soir quand le train est finalement entré en gare en faisant teuf-teuf. Mais c’était une gare en plein air, c’était juste comme un hall avec un surplomb, mais on était assis à l’extérieur dans une sorte d’espace réservé aux gens du camp.

Et il est sorti des centaines d’hommes âgés de ces trains qui avaient fait le chemin depuis Bandung on pense (aujourd’hui la deuxième ville d’Indonésie) pendant toute la journée dans le train, il y avait deux morts qu’ils ont sorti et on les a fait monter dans des bus. Ils n’avaient pas à marcher. Et peu importe, il y avait un camion sur lequel ils ont chargé des sacs, comme des sacs à dos ou deux valises ou des sacs en fait. Mais la plupart d’entre eux luttaient et ils avaient l’air tellement malade.

Dès que le train a été vide, on nous a crié, hurlé un ordre en japonais : « Montez, montez. », bon en japonais évidemment. Donc on est montés à bord de ce train complètement fermé où tous ces gens malades avaient voyagé, ça puait là-dedans. Et vous imaginez la chaleur tropicale, 32, 30 degrés, dans laquelle on vivait, tous les jours. On y était habitués mais c’était épouvantable dans ce train. Donc on s’est assis là et 6 heures, il fait nuit, alors on résistait là-dedans quand ça a été, tout à coup, parce qu’il faisait nuit, il n’y avait pas de sièges, on s’est assis par terre. On ne savait pas sur quoi on était assis. Il y avait un trou à l’extrémité de chaque wagon où vous pouviez faire vos besoins mais il fallait enjamber les gens pour… On n’a pas eu à manger. On n’avait pas d’eau. Ma mère avait une bouteille avec de l’eau pour nous et elle nous donnait très facilement une petite gorgée de temps en temps. On est restés toute la nuit assis là dans l’obscurité et le train n’a pas bougé. On n’avait pas le droit d’ouvrir les fenêtres parce qu’elles étaient toutes bloquées avec du bois, obturées.

Il y avait 4000 personnes dans ce camp (le nom n’est pas précisé). La faim, de la soupe transparente, du porridge farineux le matin, c’était de la farine de tapioca. Pas de lait, ni d’œufs, ni de viande, rien. Une fois quand on était là-bas, il y avait une tête de vache pour la soupe des japonais, parce qu’on avait toujours de la soupe mais on ne pouvait pas voir la soupe, c’est de l’eau. Alors ils voulaient la langue et ils voulaient l’intérieur des joues pour eux. Ça avait été enlevé en premier et puis le reste est allé dans la gamelle pour le camp de 4000 personnes. C’était irréel. Les gens arrivaient à en rire aussi.

Il y avait un hôpital dans une partie du camp et il était plein, et plein de gens malades. Et ils mouraient. On devait marcher pour aller travailler à l’extérieur du camp et ils avaient aménagé une partie de la jungle et fait comme des sortes de jardins. Et il fallait tout planter mais on ne pouvait jamais rien récolter, ça pousse très vite sous les tropiques. On ne pouvait jamais faire les récoltes parce que le officier de haut rang venaient inspecter comment les femmes arrivaient à travailler et ce qu’elles pouvaient, mais on ne pouvait jamais faire les récoltes.

On est restés là-bas jusqu’au mois de juillet et chaque jour, ça empirait. Des gens de notre groupe, le lendemain, ils ne venaient pas dans notre groupe, les jeunes devaient tout le temps aller travailler à l’extérieur du camp. Oui, elle était morte, une fille de 16 ans était simplement morte dans son sommeil. On n’avait pas d’énergie. On marchait comme des zombies.

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