Témoignages d'anciens combattants:
Bernard Charland

Armée

  • Photo de M. Charland prise à l’Hôtel Château Laurier à Québec , le 18 Juillet 2011.

    Bernard Charland
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"Je me rappelle la première image que j’ai vue de cette guerre-là, c’était les strecther-bearers, les bonshommes qui charriaient les civières. Ils lavaient ça dans le ruisseau, vous savez, ça te frappe."

Transcription

Puis ç’a commencé. On est arrivé en Corée puis ça faisait à peu près une semaine ou deux qu’on était arrivé (M. Charland servit avec le 3e Bataillon du Royal 22e Régiment). Les dates là je ne m’en rappelle plus trop, trop, mais le Royal Canadian Regiment, qui occupait une position sur le devant, s’est fait défoncer. On appelle ça « défoncé », il a été overload (débordé) par les Chinois, les (Nord-)Coréens ou les Chinois (lors de la bataille de la colline 187, les 2 et 3 mai 1953). Et puis il y a eu plusieurs morts. Je me rappelle la première image que j’ai vue de cette guerre-là, c’était les strecther-bearers (brancardiers), les bonshommes qui charriaient (transportaient) les civières. Ils lavaient ça dans le ruisseau, vous savez, ça te frappe. J’ai dit : « Ouin, je la voulais, je l’ai! » C’est sérieux, cette affaire-là. En fait, quand on fait le rôle de contre-attaque, ça n’a pas été une contre-attaque, c’est nous autres qui étions en réserve, on arrivait, on était en position de réserve. Il fallait aller remplacer ces gens-là parce qu’ils s’étaient reculés (repliés). Les Chinois étaient censés être sur la position. Quand on est arrivé, il n’y en avait plus, ils étaient tous partis. On a maintenu cette position-là pendant…, je ne me rappelle plus. Les montagnes avaient un nom de numéro dépendamment de la hauteur en mètres : la 212, la 209, la 189, la 355. C’était toute comme ça. Et puis, ben, c’est ça, on est resté là, je pense, une semaine sur la position. Les RCR (Royal Canadian Regiment) ont repris leur. Ils ont réorganisé la compagnie et ils l’ont fait remonter là. On s’est tenu en arrière jusqu'à tant qu’on aille remplacer une compagnie du 1er 22 sur la ligne (du 1er Bataillon, Royal 22e Régiment). Je sais la disposition géographique, mais je ne me rappelle pas de la montagne, je pense que c’est 222, quelque chose de même. Belle position. C’était supposé être ben secret, on avait trouvé ça. C’était assez drôle. On remplace la position la nuit évidement, à minuit à peu près. Puis tu montes deux par deux. Tu remplaces deux soldats qui descendent, puis ainsi de suite. Tu fais ça par en arrière. J’avais une bonne équipe et de bons caporaux. Fais que là on échange de position avec l’unité qui avait là. Et puis c’était supposé être dans le grand secret. Il ne fallait pas que les Coréens s’aperçoivent. D’un coup, le haut-parleur, dans la vallée, ils avaient mis un haut-parleur, le haut-parleur il part : « Bienvenue 3e (Bataillon) Royal 22e Régiment!». Vous savez, ç’a été le premier contact avec le fameux haut-parleur. Les soldats américains, il y avait une madame qui parlait la nuit. Elle faisait penser à l’ancienne Tokyo Rose de l’autre guerre qu’on a vue (surnom donné par les forces alliées en référence à ces annonciatrices japonaises anglophones diffusant de la propagande pour le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale). Elle disait toutes sortes d’affaires. Nous autres, ça ne nous faisait rien, les Canadiens. On était un gang de tannants. Sur le moral ça ne nous faisait rien. Il y en a des Américains qui braillaient de ça. On avait un voisin, puis ils n’aimaient pas ça pantoute (du tout) eux autres. « Allez-vous-en chez vous! Votre femme sort avec d’autres gars! » Elle disait toutes sortes d’affaires. On a bien essayé de les détruire ces haut-parleurs-là. Mais aussitôt qu’on réussissait à en détruire un, ils en mettaient un autre ailleurs. C’était peine perdue. C’est là que j’ai appris c’était quoi une guerre de défense, parce que la Corée, ç’a toujours été une guerre de défense, en autant que les Canadiens soient concernés. Peut-être le 2e Bataillon (du Royal 22e Régiment en 1951-1952), lui a été obligé de marcher et puis de libérer des villes puis tout ça. Mais nous, on est arrivés en Corée et on a pris position sur une montagne. Je suis resté là jusqu'à la fin du conflit. Ça prit, je ne me rappelle plus combien de mois, mais ç’a arrêté en (19)53, le conflit. On venait d’arriver au mois de mars (et) ç’a arrêté au début de (19)54. Je ne me rappelle plus des dates. Quand ils ont signé à Panmunjom (le 27 juillet 1953). Puis ça faisait à peu près un mois qu’on était en réserve en arrière. On fait toute la guerre là, en fait. La compagnie D, le major a dit : « Si les gars veulent rester ici, on les garde là ». C’était moins difficile que de changer ça. Tout un mois en arrière, un mois en avant. Ça ne se fait pas, tu n’as pas le temps d’apprendre ta position. Puis c’était une guerre de défense donc, le jour. Ça se fait la nuit, une position défensive. La nuit ben tu fais des patrouilles. Il faut que tu ailles voir ce qui se passe. Il faut aller voir sur la petite montagne qui a là s’ils sont venus à bout de prendre ça, puis ils t’espionnent à partir de là. C’est-tu assez gros pour qu’ils mettent du monde là puis qu’ils t’attaquent après? Puis il y avait toutes sortes de choses qu’il fallait régler là. Une guerre défensive, il faut que tu saches ce qu’il se passe autour de toi. En reconnaissance, on n’était pas équipé en Corée pour faire ce qu’on appelle des fighting patrol (patrouilles de combat). Parce que ça prend beaucoup trop d’hommes.
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