Témoignages d'anciens combattants:
William DiMaurizio

Armée

  • Le Projet Mémoire, Historica Canada
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"Là, on se faisait des tranchées et là, on avait de l’eau dedans. On avait les pieds toujours trempes. À la longue, j’ai eu un pied, j’étais pour perdre mon pied. Ils appelaient ça un pied de tranchée."

Transcription

Dans les tranchées ce n’était pas pire au début, mais à la fin de l’été là. Ils appellent ça les monsoon (mousson), il pleut tous les jours. Tous les jours, c’est de la pluie là. Là, on se faisait des tranchées et là, on avait de l’eau dedans. On avait les pieds toujours trempes. À la longue, j’ai eu un pied, j’étais pour perdre mon pied. Ils appelaient ça un pied de tranchée (une maladie ulcéro-nécrotique affectant les pieds des soldats trop longtemps exposés dans l’eau, le froid et la vermine associée aux mauvaises conditions de la vie dans les tranchées). Ça, c’était très commun en première guerre, en France (pendant la Première Guerre mondiale, 1914-1918).

La pluie, les tranchées étaient toujours pleines d’eau. On avait, on ne pouvait pas changer de bottines. Puis les pieds venaient tout ratatinés par l’eau. Puis là le pied il vient noir. Quand ça arrive à la cheville ben là c’est « goodbye Joe », ils coupent. C’est pour ça que, la Première Guerre, il y’en avait beaucoup qui avait juste un pied. Ils ont pris soin de ça pis c’était correct après. Dans les tranchées, bien là, là, c’était pour surveiller surtout. Jour et nuit. S’il y avait quelqu’un qui traversait nos lignes. Moi, j’étais commandant de section (dans le 2e Bataillon du Royal 22e Régiment en Corée). Parce que le peloton est divisé en trois, moi, j’avais une section. Pis moi je prenais les ordres du sergent ou du lieutenant.

Je trouvais ça malheureux pour le monde, les civils. Surtout pour les jeunes, les enfants là. Il y en a qui avait rien à manger. Il y en a qui nous suivait toujours. Moi, j’avais un petit garçon il avait quoi? Dix onze ans, il m’a suivi presque tout le temps que j’étais là. Et ben là, on coupait le manger (nourriture) un peu icitte (ici), un peu là, pour le nourrir. Pis il est resté avec nous. J’ai vu des villages complètement détruits, le monde n’avait pas grand-chose. Mais ils ont tout perdu ce qu’ils avaient. C’est malheureux pour les autres. Moi, j’ai trouvé ça. C’était de valeur pour les civils. Y’avait pas grand-chose à manger n’ont plus. Parce qu’ils ne pouvaient pas cultiver beaucoup. Les champs de riz, il y en a qui étaient brisés, l’eau descendait. Puis là bien, le riz ne poussait pas. Oui, c’était dur pour eux autres.

Bien les patrouilles, on partait des fois je faisais des patrouilles avec trois hommes pour aller voir en avant qu'est-ce qui se passait. Pour voir si on pouvait voir de quoi, pour renseigner les officiers. Les patrouilles c’était dangereux ça. Parce que des fois on était rien que trois, puis des fois on pouvait tomber dans les mains d’un gros groupe (de soldats ennemis). Les autres, ils ne prenaient pas beaucoup de prisonniers, le nord (les forces communistes chinoises et nord-coréennes). Parce qu’ils n’avaient rien à manger eux autres. Oh! Bien il faut faire attention, il ne fallait pas n’en perdre trop parce que des fois on faisait des patrouilles à trois. Il ne fallait pas perdre un homme. Si on en perd, on reste tout seul, pis là eux autres, c’est ça qu’ils voulaient. Pogner (capturer) un gars là, puis le questionner.

Moi, j’avais un type avec moi, il a été prisonnier. Pis quand il est sorti (au lendemain de la signature de l’armistice de juillet 1953), ce n’était plus le même homme. Je me rappelle, j’étais sur une patrouille. Une patrouille, on était quatre, cinq. Puis il y avait un petit chemin. Il y avait un type couché à terre. Il jouait le mort, mais il avait la carabine à terre et il avait la main sur la carabine. Là, il pensait qu’on était pour passer nous autres. Pis là lui nous tirer dans le dos. Qu’est-ce que j’ai fait, j’ai pris une roche pis j’ai laissé la roche tomber sur la tête. Pis j’ai vu le type bougé un peu. Il jouait le mort.

On est arrivé à Vancouver, c’était vers le onze heures le soir. Pas un chat à l’aéroport, personne. Là un camion est venu, il nous a pris. Il nous a emmenés à une autre place à l’aéroport, un peu plus loin. Ils nous ont mis sur un autre avion pis ils nous ont shippé (transféré) de même. Jusqu'à, après ça, on tombé sur un train. Sur le train, on était une quinzaine à peu près. Moi, j’étais le seul gradé, pis j’ai tombé en charge de ce monde-là. Puis là, pas à tous les stations, mais ça arrivait. Quand on arrivait à certaines places, il y‘en a un qui débarquait. Là, j’avais la liste, là, là je faisais une barre. Bon, lui est débarqué.

Il y avait un type, il était à côté d’un bidon de gaz. Pis le gaz l’a brûlé, il avait des pansements de la tête aux pieds. Lui, on était à Winnipeg. J’ai fait arrêter le train pour le faire débarquer et là ils l’ont placé à l’hôpital. Le pauvre type, personne, personne n’était là. On arrive à Montréal et personne à la gare, rien. J’ai été obligé d’aller moi-même me rapporter au Dépôt No. 4 (dépôt militaire du 4e District, région de Montréal) sur la rue Sherbrooke (Montréal). Non, très mal, très mal. Ça, on n’oublie jamais ça.

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