Témoignages d'anciens combattants:
Alphonse Martel

Armée

  • Debout à gauche, M. Alphonse Martel avec quelques camarades derrière la ligne de front en Corée (mars 1953).

    Alphonse Martel
  • À l'avant-plan, M. Martel prenant un moment de repos avec son fusil-mitrailleur Bren non loin, sur la colline 123 (printemps 1953).

    Alphonse Martel
  • Photo d'un Corée transportant de l'eau pour les soldats du Royal 22e Régiment (janvier 1953). Pendant la guerre, nombreux furent les civils coréens à avoir assisté les soldats canadiens dans l'accomplissement de différentes tâches logistiques.

    Alphonse Martel
  • M. Alphonse Martel (août 2011).

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"C’est certain que quand on a des amis qui meurent comme ça, où on dit : « À quelle place qu’est untel ? » « Ah ben! T’as pas entendu parler ? Comment ça ? Il dit : « Il s’est fait tuer hier. »"

Transcription

D’abord, pour commencer, quand on est arrivé à Séoul (à l’automne de 1952, comme renfort au 1er Bataillon du Royal 22e Régiment), c’était tout bombardé. Mais moi je ne l’ai pas vu la ville parce que j’ai été là peut-être une heure, deux heures avec les autres personnes qui étaient avec moi. Et puis on s’est allé tout de suite avec le 1er Bataillon, on s’est en allé tout de suite dans les montagnes. On avait des camps de compagnie, nous autres, et on était tous placés dans différentes montagnes. C’est pour ça qu’on se reconnaît les gens, on n’était pas ensemble, mais on était ensemble, mais éloignés un peu. Puis les gens se tiennent ensemble. La compagnie A sont ensembles, la compagnie B sont ensembles, la compagnie C sont ensembles. Quand je suis arrivé en Corée moi, évidemment, étant le commis du major, bien moi, j’avais ma carabine, ma .303 avec moi (carabine britannique Lee-Enfield No. 4 Mk. 1 de calibre .303). J’avais ma dactylo aussi avec moi, parce que j’écrivais au dactylo.

Je montais tranquillement dans la montagne et on m’a dit : « Tu vas aller rester dans le même abri que le sergent-major Dussault. » (Herménégilde Dussault, un vétéran du régiment des Fusiliers Mont-Royal ayant participé au raid de Dieppe en août 1942) Parfait, je me suis en allé là. Le soir, quand est arrivé le temps pour souper, les premières heures qu’on était là, c’est certain que quand on est monté la première fois en général on faisait des blagues quand on était à Tokyo. Mais quand on était rendu là, on n’avait pas l’expérience de la guerre. On ne connaissait pas ça. Puis moi je me souviens que les Chinois nous bombardaient souvent. Ils nous envoyaient souvent des tirs de canon. Souvent à tous les jours. Plusieurs obus, peut-être quatre, cinq, 10 obus par jour, tout le temps. Je marquais dans ça, dans une espèce d’agenda. Je n’ai pas été souper ce soir-là parce que j’ai eu peur.

Quand je suis venu pour sortir de mon abri j’ai entendu « Chouuu !! » Puis là ça éclater ! Tabarnouche ! Qu'est-ce qui se passe icitte ? On n’avait pas cette expérience-là d’un obus qui éclate comme ça. Les gens qui étaient là depuis un certain nombre de mois m’avaient dit : « Martel, fais-toi en pas, quand tu l’entends, est déjà passé. » Vois-tu, c’est l’expérience qui commence à rentrer. Ça fait que quand il y a une autre qui passe, tu ne te garroches pas à terre, tu sais qu’elle ne te touchera pas. Elle est passée, ça va tellement vite, ça va tellement vite.

Ça, c’était le commencement. On commençait à avoir une certaine crainte. Il y a des fois, même après plusieurs semaines, il y a des soirs que ce n’était pas de combats épouvantables, mais il y en avait qui mourrait. Comme nous autres, dans notre bataillon, il y en a eu 100 dans les trois bataillons là. On a eu 115 personnes (soldats du Royal 22e Régiment tués pendant la Guerre de Corée). C’est beaucoup de monde ça, c’est beaucoup de monde. Puis moi, dans mon propre bataillon, dans le 1, il y en a eu une quarantaine. C’est certain que quand on a des amis qui meurent comme ça, où on dit : « À quelle place qu’est untel ? » « Ah ben! T’as pas entendu parler ? Comment ça ? Il dit : « Il s’est fait tuer hier. »

Il y avait des escarmouches qui se faisaient, il y avait des patrouilles. On allait faire des patrouilles. Puis des fois, étant donné que c’était relativement tranquille, à une certaine période, quand on revient d’une patrouille on est plus... On se laisse aller un peu. Mais ils ne sont pas fous les Chinois. Ils nous attendaient eux autres. Il y en a plusieurs qui se sont fait prendre. Qui se sont fait prendre prisonniers, se sont fait blesser, se sont fait tuer. Parce qu’en revenant ils n’étaient pas sur leurs gardes. Mais c’est parce que les Chinois les avaient laissés passer dans le chemin qu’ils avaient dirigé avec le sergent. Généralement, c’était un sergent ou un lieutenant des fois. Fais que ç’a été comme ça tout le temps. Il y avait toujours de petites escarmouches comme ça.

Notre devoir, même moi si j’étais un commis de bureau, mon devoir, moi, pour aider, c’était de temps en temps, comme sur l’heure du dîner, mon officier me demandait : « Tu vas aller dans le poste d’observation en avant, puis quand tu vas entendre des tirs qui vont sur nous autres, arrange-toi pour savoir, pour prendre la mesure de ça pour savoir approximativement d’où ça vient ça. » Moi je donnais ces commandes-là à mon major. On avait un char d’assaut nous autres, à côté de nous autres. Fais que lui avec ses mappes puis tout ça il a été capable d’aller chercher l’obus. On regardait dans nos lunettes, puis quand on les voyait, parce qu’on les voyait des fois les Chinois, on n’était pas loin, on n’était pas trop loin. Les premiers mois quand on est arrivé c’était drôle ça. Probablement que c’était une tactique de l’armée. L’ennemi était loin de nous autres. Quand je dis loin c’est plus qu’ah, je ne sais pas moi, plusieurs mille pieds. Certain, certain. Parce que ça allait comme ça. Puis à mesure qu’on avançait sur le front, on était toujours de plus en plus proche. Comme la 355 (la colline 355, près du 38e parallèle, un lieu de violents affrontements), tu pouvais quasiment voir les yeux du gars l’autre bord de la montagne. C’est certain, tu restes là moins longtemps, premièrement parce que c’est trop dangereux. Puis évidemment tu recules. Parce que ce qu’on faisait, on restait quelques semaines, dépendamment de l’importance du poste à observer, puis on nous retournait en arrière pour se reposer un peu. Puis on continuait notre entraînement pareil.

Mais moi mon entraînement c’était dans le bureau. Je n’allais pas toujours avec les gars, je n’avais pas le même entraînement que les autres personnes. Je n’en avais pas de besoin non plus. Je n’étais pas un soldat qui s’en allait. J’en avais des grenades après moi puis tout ça, mais c’était en cas de défense, au cas de s’il y avait eu quelque chose. Fais qu’en gros c’est ça qui s’est passé sur le front. C’était comme ça, tout le temps. À aller jusqu'à la fin de juin, la fin de juillet (1953). Même à la fin de juillet, quand ils ont signé, pas l’armistice, mais un traité de paix, quelques jours avant on recevait encore des bombes.

Puis durant la journée, ça arrivait souvent quand on était là, l’aviation australienne et américaine venait bombarder les places en avant de nous autres. Puis les gros bombardiers laissaient tomber des bombes de napalm. Des grosses bombes, c’est comme de la gélatine ça. Ça rentrait dans les tranchées et le feu prenait là-dedans. Ben ok, c’était une façon de…. Nous autres on n’a jamais vu d’aviation ennemie, ils n’avaient pas d’aviation eux autres. Pour moi, ils n’étaient pas capables de se rendre ici. Il devait avoir des batailles qui se faisaient, mais dans les airs, mais plus loin.

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