Témoignages d'anciens combattants:
Aimé Mayer

Armée

  • M. Aimé Mayer (juillet 2011).

Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"J’ai deux de mes hommes, ils venaient d’arriver d’ailleurs, c’était deux jeunes en renfort. Ils venaient d’arriver en renfort dans ma section et puis ils se sont fait tuer les deux en même temps par un tir direct d’obus."

Transcription

Je suis Aimé Mayer, je suis né le 25 avril 1930 dans la grande ville de Montréal. Tu sais quand on est jeune, on est téméraire. Et puis non, il ne semblait ne pas avoir de peur, il ne semblait pas avoir d’inquiétudes, les gars parlaient, ça semblait bien normal. On s’en allait prendre position, on s’en allait faire une job puis ça finissait là. Non, à mon point de vue, de ce que je peux me souvenir, je n’ai pas vu personne être craintif. Peut-être qu’il y avait des petits papillons à l’intérieur de l’estomac des fois, mais là ce n’est pas extériorisé.

On arrive par groupe, par section (avec le 1er Bataillon du Royal 22e Régiment). On remplace une section à la fois, quand on prend une position, une section déjà qui est là. Quand on s’installe nous. Et là on a un briefing, ils nous disent qu'est-ce qui en est, c’est quoi notre ligne de feu, ainsi de suite. L’ennemi se trouve à peu près là. Bon bla-bla-bla, qu'est-ce qui se passe ici? De quelle façon ça fonctionne là. Quelles sont les places pour les toilettes, toutes ces choses-là. Les heures de repas comment ça se fait sur le front. De quelle façon on est ravitaillé pour la boustifaille et tout là. Et puis, quand tout ça c’est fait, on comprend exactement la valeur de la position, la dangerosité de la position et tout là. À ce moment-là, eux sortent et nous on prend la place.

Bon moi, j’ai fait différentes choses en Corée. D’abord, pour commencer, il y a eu quelques morts bien entendu. J’ai fait une couple de patrouilles de nuit. Par la suite, parce que j’étais arrivé là à titre de franc-tireur, patrouilleur. Et puis le franc-tireur patrouilleur ce groupe-là qu’on appelle scout & sniper ou groupe de reconnaissance, peloton de reconnaissance. On est stationné ou logé pas loin du commandement, pas loin du commandement de bataillon, soit le quartier général où se trouve le commandant. On est près de lui, on est un peu comme son garde-corps. Par contre, nous on est demandés pour faire des patrouilles la nuit et même à titre de guides pour d’autres patrouilles d’autres sections, d'autres compagnies. À titre de guide pour aller sur le territoire du no man's land qu’on appelle là, la nuit.

Et voilà que tout à coup, on a décidé de faire un peloton de reconnaissance. Un gros peloton de reconnaissance d’une vingtaine d’hommes. Alors moi, on m’a demandé si je voulais aller travailler à la section d’intelligence (du renseignement du bataillon). Il y a quelqu’un qui a dû savoir que je faisais un petit peu de dactylos ou je ne sais pas quoi, en tout cas peu importe. Ils m’ont demandé si je voulais aller travailler là. Mais là j’ai dit OK je vais y aller. Fais qu’ils m’ont envoyé à la section d’intelligence. Mais toujours à l’entour du grand quartier-général dans le même secteur. Je m’occupais à dactylographier le journal qu’on appelle War Diary le journal de ce qui se passait en Corée (le journal de campagne). C’était l’officier responsable qui accumulait les choses. Et même moi des fois j’allais sur certaines positions pour prendre des notes et puis des choses comme ça. Et puis je dactylographiais le journal et ce journal-là s’en allait à la brigade (au quartier-général de la 25e Brigade d’infanterie canadienne), pour se rendre à Ottawa, pour faire de l’histoire éventuellement. C’est ça que j’ai fait un certain temps.

Et par la suite j’ai été commandant de section. Commandant de section dans une tranchée, dans un peloton. Et puis finalement dans les derniers jours, en dernier de tout, ils m’ont envoyé à la brigade, ils m’ont donné une Jeep. Je conduisais une Jeep jusqu'à tant que je revienne au Canada. J’ai eu deux de mes (…), quand j’étais commandant de section à ce moment-là au mois de septembre. Le 6 septembre (1952), j’ai deux de mes hommes, ils venaient d’arriver d’ailleurs, c’était deux jeunes en renfort. Ils venaient d’arriver en renfort dans ma section et puis ils se sont fait tuer les deux en même temps par un tir direct d’obus antichar qui venait de l’ennemi. Ce qu’on appelait des Sp Gun (Self-propelled Gun, canon autotracté). Des SP, c’est un canon qui tirait très vite, on entendait un coup pis zoup! Il était arrivé. Mais on avait des chars d’assaut creusés, montés sur nos positions, sur des petites montagnes, des petits buttons, creusés dans la terre, descendus dans la terre et donc il y avait seulement la tourelle qui était disponible et qu’on pouvait voir à distance. Et puis l’ennemi savait où étaient ces positions, où étaient ces chars, ces chars d’assaut et il tirait dessus. Mais à l’entour de ces positions, on avait des tranchées aussi là. Pis on avait des hommes là, et puis deux de ces hommes-là qui sont arrivés en renfort se sont fait tuer. Ils n’étaient pas aussi tôt arrivés qu’ils se sont fait tuer en même temps, le même soir. Ça, ça m’a, je n’ai jamais oublié ça. Et leurs noms sont gravés dans un monument à la place George V à Québec, en face de l’ancien manège militaire là (l’ancien manège militaire des Voltigeurs de Québec qui brûla en 2008). Leurs noms sont gravés là et puis bien d’autres d’ailleurs.

Il y a ça comme tel que je souviens bien, après ça bien il y a eu bien entendu des bombardements intensifs. Dans le mois de septembre, en août et septembre (1952), il y a eu des bombardements intensifs de l’ennemi. On a reçu sur la tête là. Et puis bon, il y en a comme telles des choses que je me souviens. Il y a eu par exemple un que je connaissais très bien Donat Chatigny (de Roxton Falls, Québec), le frère de Hubert Chatigny, qui s’est fait tuer bien raide encore le 6 septembre. Dans les mêmes bombardements, dans la même nuit, mais qui arrivait d’un autre peloton. Et que j’ai vu d’ailleurs. Parce que moi, mes deux hommes et puis lui et tout, étant donné que j’étais commandant de section, j’étais responsable. On m’a envoyé après qu’ils aient passé au centre médical, RAP (Regimental Aid Post, poste de secours régimentaire) qu’on appelait ça, après qu’ils eurent passé là.

Ils les avaient préparés et on les avait mis à bord d’un véhicule half-track (véhicule semi-chenillé), chenilles et roues là. On les avait mis là-dedans pour les emmener à l’arrière brigade, Rear Brigade. C’est l’arrière brigade qui s’occupait de les transférer à Pusan et de les enterrer à Pusan (au cimetière militaire des Nations-Unis à Pusan, Corée du Sud). Et puis moi quand j’ai fait ça, avec un nommé Lavoie qui était chauffeur du half-track, quand on est revenu, on s’est fait tirer dessus dans un endroit qui ressemblait à un fer à cheval. La route ressemblait à un fer à cheval. On s’est fait tirer dessus, canonner beaucoup, beaucoup. On ne comprend pas pourquoi. De quelle façon ils ont pu savoir que nous, on passait là? On prétend qu’il y avait peut-être un contact plus haut sur la montagne et puis qui indiquait notre position. Ça se faisait ça en Corée, des gens, des Coréens du Sud qui faisaient des contacts avec des Coréens du Nord par toutes sortes de communications. Et puis, finalement, on a arrêté le half-track et puis on s’est couché par terre, à bien plat, et puis ça bombardé tout le tour et puis quand ça été fini ont a embarqué dans le truck (camion) et on s’est dépêché à sortir de là, à s’en venir au bataillon. Ça s’est un autre endroit qui m’a un peu impressionné si vous voulez.

Oui, oui c’est une vraie guerre, mais il n’y avait pas de grand déplacement. Il y a eu des placements qui se sont faits. Comme des rundown (des assauts) qu’on appelle. Des compagnies (d’infanterie canadienne) ont été envahies par l’ennemi, comme dans le temps du 2e Bataillon forces spéciales (le 2e Bataillon du Royal 22e Régiment qui servit avec la Brigade spéciale canadienne en Corée en 1951-1952) par le major (Réal) Liboiron et sa compagnie (compagnie D), il y eu un rundown qui a été fait par l’ennemi. Ils ont passé au travers et ils sont repartis, blessés et morts et tout. Mais par la suite, dans notre temps à nous, puis le deuxième puis le premier puis le troisième bataillon, on n’avait pas de choses semblables. Il y avait des bombardements puis on faisait des patrouilles. Et il n’y avait pas (…) il y a eu quelques contacts. Pas tellement, mais surtout des obus qu’on recevait sur la tête. Surtout ça.

Follow us