Témoignages d'anciens combattants:
Roy Jardine

Armée

  • Photo de M. Jardine prise à l’Hôtel Fairmont à Winnipeg, le 29 août 2011.

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  • Roy Jardine le 26 février 1952. Photo prise avant la Corée.

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  • Call Sign Charlie, côté est de Hill 355, septembre 1952. De droite à gauche: le Chef d'équipe Roy Jardine et les soldats du rang Jenkins et Bernhart.

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  • Call Sign Charlie, Nord-ouest de Hill 187. Les canons pointent Hill 166 à travers la vallée de Sami-Ch'on. Les munitions ont été placées ici pour la photo. Mai 1953.
    Cette photo a été prise environ deux jours après la dernière bataille à laquelle les canadiens ont participé en Corée. L'escadron « B » Lord Strathcona's Horse (Royal Canadians) a supporté le 3ème Battaillon du « Royal Canadian Regiment » durant la bataille.

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  • Le Caporal R. Jardin, Chef d'équipe , Indicatif 3 Bravo à Yong Dong (entre "The Hook" et Hill 187) en février 1953. Bunker où vivait monsieur Jardine.

    Note: Jerricane pour gazinière à l'intérieur.

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"Et les deux canons de ma mitrailleuse de calibre 50 étaient inutilisables, je ne pouvais plus m’en servir, et c’était la fin de la bataille, à ce moment-là, de toute façon. C’est quelque chose de terrible d’avoir à se tenir debout et tirer sous le regard de tout le monde."

Transcription

Les choses ont commencé à être un peu risquées là-bas, le trafic radio était très dense et tout à coup, à peu près deux semaines, au milieu du mois de juin, on a reçu un appel de la Troupe 1. Le sergent, Sergent (Peter F.) Elwood, avait été blessé par un éclat d’obus dans le cou et il était grièvement blessé. Et le Caporal (Richard W.) Graville était blessé. Je me souviens, parce que j’étais au contrôle et j’ai reçu tous ces renseignements et il fallait que je les note par écrit. Et puis ils ont emmenés Elwood et on ne l’a jamais revu, il était parti, au Japon sans doute, à l’hôpital là-bas. Graville est revenu deux ou trois semaines plus tard, il n’était pas trop gravement blessé. Deux autres gars avaient été touchés par des éclats d’obus mais n’étaient pas non plus gravement blessés.

C’était nos premières victimes et sur le champ on a perdu un sergent et il n’était plus là. Et la Troupe 1, je crois qu’ils étaient sur la (colline) 159 à ce moment-là. Quelques semaines plus tard, les choses allaient plutôt bien ; un gars du Génie a mis le pied sur une mine sur la route à côté de nous, ça l’a tué. Un canadien. Et c’était une autre petite chose qui nous a un peu perturbés. À ce moment-là je m’occupais du garde et aussi du quartier général là-bas, du poste de commandement d’escadron. Il fallait qu’on ait des gardes postés parce que nous n’étions pas très éloignés des lignes de front et vous ne saviez pas qui, qui se baladait dans ces collines. Alors il fallait que je m’occupe du garde. Et je suis entré dans la tente, au milieu de la nuit, je ne sais pas très bien quelle heure il était, il fallait que je réveille ce soldat Conroy, il était un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et il était au lit. On avait quelques lits superposés là-bas, des lits de l’armée américaine en fer et j’ai tapé sur le lit deux fois, vous savez, et lui ai dit : « Réveille-toi Conroy, c’est ton tour, tu sais, il faut te lever. » Il est sorti du lit avec un pistolet mitrailleur Sten et il allait, comme s’il allait me tuer, et j’ai juste pris mon pistolet mitrailleur Sten, je l’avais à la main, je l’ai attrapé et lui ai cogné dessus, lui en ai collé un bon coup sur la tête et je l’ai assommé. Le sergent major n’a jamais dit mot, quand il a découvert ce qui s’était passé il a dit : « Bon, c’est bien fait pour lui, » il a dit.

On est retournés dans les lignes en août, c’est intéressant, 1952, et on se faisait passer pour des américains, on portait de l’armée américaine en métal, pas des casques en métal, mais des sous-casques, ils ressemblaient vraiment à des casques. Et des hauts américains, chemises, hauts, des trucs comme ça. Tout ce qu’ils pouvaient rafler pour nous. Alors on ressemblait à des américains et dès que les troupes sont allées dans les lignes, ils ont ouvert le feu, les chinois. Ouvert tellement le feu sur eux. Et c’est là qu’Elwin a été, non, Elwin n’a été blessé là, c’était avant ça mais, on est allés dans les lignes et on a eu des victimes, la Troupe 2 est monté sur la (colline) 210 je crois ou quelque part, je ne suis pas sûr de l’endroit où ils se trouvaient, ils étaient, à peu près la moitié de la troupe a été blessée par des éclats d’obus. Et un gars en a reçu un dans le derrière et on le charriait toujours avec ça.

Puis quelques jours plus tard, je suis monté sur la 159 et ça s’est très mal passé là-bas avec les Vandoos (le Royal 22e Régiment) et je suis seulement monté là-haut pour m’habituer à la ligne de front et on était bombardés tous les jours par les chinois et nous nous sommes fait tirer dessus avec des calibres 50 (mitrailleuses de calibre 50), c’était vraiment violent là-haut. Quelques semaines ou jours plus tard, le sergent-major est venu me voir et a dit : « Fais ton sac, tu vas monter à Call Sign Three Charlie pour prendre le relai, le chef de char et deux de ses compagnons, ont été commotionnés ou blessés avec commotion cérébrale, » ils avaient les oreilles qui saignaient, ce genre de choses. En tout cas, me voilà dans une jeep et je suis monté avec mon équipement en une quinzaine de minutes et tout en haut jusqu’au front, ai repris les commandes du char, et il est planté là, pour l’essentiel au milieu de nulle part et l’officier de la troupe est à son côté. Et on avait, on se faisait bombardé, aussi avec des 152 (canon russe de 152mm). Je veux dire, vous êtes bombardés avec des 152, c’est un canon de 15 centimètres avec des projectiles de 45 kilos, ça fait un sacré boum quand ça arrive, particulièrement quand ça atterrit à côté de votre char. J’ai perdu le canon du char quelques semaines plus tard, un éclat d’obus l’a éraflé, tellement profondément qu’il a fallu le changer, le canon.

Et on a remballé notre matériel comme des romanichelles, vous savez, on a tout chargé. On est partis et on a commencé à sortir du trou où on se trouvait, et puis il y avait un petit bout de chemin qui descendait la colline qu’on avait emprunté pour monter, que le char avait emprunté pour venir, et on commence à descendre, c’est un vrai toboggan, oh bon sang, ce satané truc était gelé sur le dessous et gras au dessus, le soleil avait brillé et c’était tout gras. Et puis il a commencé à glisser et Joe le conducteur est en seconde, sur une boite cinq vitesses, et il est en descente et il commence à glisser, bon, qu’est-ce que vous pouvez faire, tirer sur les poignées ? On ne peut pas freiner les chenilles, elles sont déjà bloquées, vous savez, parce qu’ils glissent, et ça avance trop lentement pour elles. Alors il a relâché l’embrayage de toute façon et ça fini-là. On a commencé à rouler et on a roulé. Ben, il s’agit d’un char de 35 tonnes sans freins. Vous descendez la colline, il s’en faut de peu pour rouler vite.

En tout cas, on avait fait les trois-quarts de la descente, le renversement du panneau frontal, juste à côté du conducteur – moteur à l’arrière, transmission à l’avant – a volé en éclats et des morceaux volaient dans la tourelle, à l’intérieur du char, à travers les sacs, mais personne n’a été blessé, c’est ça le plus drôle. Je me souviendrai toujours de ça, personne n’a été blessé, des nous cinq, dans ce satané char.

Juste après ça, j’avais à peine eu le temps de m’endormir et le gars de la tourelle, un des conducteurs, je ne sais plus ou un mitrailleur ou le gars de radio, a dévalé la colline et a foncé dans le bunker et il m’a réveillé, il a dit : « Les chinois attaquent. » Il ne savait pas grand-chose sur ce qui se passait mais il savait qu’ils étaient en train d’attaquer, alors je me suis grouillé de me lever, ai enfilé mes chaussures et suis remonté à toute vitesse sur la colline. C’était à peine une colline, seulement quelques mètres, une dizaine, quinzaine de mètres, et dans le char, ai fait venir le mitrailleur là-dedans, l’ai fait s’organiser et lui, l’infanterie utilisait le 300 (SCR 300, radio portable sur le dos). On avait des cibles numérotées devant, on les appelait des DF, des cibles de Defensive Fire.

L’infanterie disait que, ils ont dit : « Ils sont partout. » J’ai répondu : « Bon, tirons sur toutes les DF, trois coups complets sur chacun. » Alors on a fait ça et on est restés là et on a pilonné avec le vieux 76 (principal canon dans un char Sherman M4A3E8). Et juste après, il y avait un petit officier de l’infanterie au côté de la tourelle, Dieu seul sait comment il est arrivé là, je ne sais pas, ce n’était pas si facile dans l’obscurité. Il a dit : « Les chinois sont en train de remonter par cette petite ravine devant votre char, » a-t-il dit, « Vous feriez mieux de tirer un peu par là juste devant votre char. » a-t-il dit, « Ils pourraient être au dessus vous. » Alors je me suis affairé et je me suis mis sur le calibre 50, parce que je ne pouvais pas utiliser le 76mm, je ne pouvais pas assez l’abaisser. On pouvait l’abaisser mais pas assez pour qu’on puisse être sûrs d’arriver à l’utiliser s’ils se rapprochaient beaucoup. Alors on a pensé qu’on ferait mieux, j’ai pensé que je ferais mieux de faire en sorte que le mitrailleur arrose tout ça avec le calibre 30 (mitrailleuse de calibre 30). Il pouvait utiliser la traversée pour ça. Et moi je prendrais le calibre 50 et voir si j’arrivais à voir quelque chose dans l’obscurité. On avait un clair de lune artificiel sur les nuages, les américains avaient ces super projecteurs de recherche antiaériens qui brillaient sur les nuages au dessus de nous et c’était pareil à la lumière du jour juste en dessous d’eux. Comme un clair de lune, en tout cas. Alors j’étais vraiment affairé et j’avais ruiné mes deux canons à la fin. On avait des quantités de munitions pour le calibre 50, les américains en avaient laissé tout un tas dans un abri à côté de nous là-bas. Et c’est ce dont on se servait pour finir. Et les deux canons de ma mitrailleuse de calibre 50 étaient inutilisables, je ne pouvais plus m’en servir, et c’était la fin de la bataille, à ce moment-là, de toute façon. J’étais assez content de ne plus les avoir parce que comme ça je n’avais plus besoin de la tirer. C’est quelque chose de terrible d’avoir à se tenir debout et tirer sous le regard de tout le monde.

Le OOA (officier observateur avancé) avait fait appel au corps d’artillerie. Je n’ai pas la moindre idée du nombre de canons ça fait. Il y avait trois ou quatre régiments d’artillerie qui faisaient feu. Sur la position d’une compagnie, un petit carré, vous savez. 1000 mètres carré. Mais ils tiraient et je peux vous dire, qu’il y avait pas mal de coups qui nous passaient au dessus de la tête. Ils s’allumaient au dessus de nos têtes, certains de ces contacts - des fusées de proximité qu’ils utilisaient, d’un genre qui avait été inventé pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et quelques-unes, elles explosaient en l’air. Et vous aviez des éclats d’obus partout autour, peu importe où vous étiez vous en preniez, ça s’éparpillait, vous savez, parce qu’il n’y avait rien pour les arrêter. Et il y avait cette chose étrange là-bas, les chinois nous tiraient dessus avec des armes légères mais je suppose qu’ils avaient peur de s’approcher de trop de mon char. Parce qu’on avait le 76 et on avait le calibre 30 et on avait aussi le calibre 50. Je veux dire que c’est du matériel lourd contre l’infanterie comparé aux mortiers de 50mm avec lesquels ils se battaient. C’est tout ce qu’ils avaient.

Cette bataille de la 187 (Bataille de la colline 187, les 2 et 3 mai 1953) a été la dernière bataille dans laquelle l’armée canadienne s’est battue jusqu’à ce qu’elle aille en Afghanistan ou peut-être en Bosnie elle a combattu un petit peu là-bas, aussi. Mais ce fut la dernière bataille, même s’ils n’en font pas grand cas, malgré tout le 3 RCR (3e bataillon, Royal Canadian Regiment) eux, ils comprennent encore ce que c’était.

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