Témoignages d'anciens combattants:
Fred Joyce

Armée

  • Fred Joyce
  • Fred Joyce
  • Fred Joyce
  • Fred Joyce
  • Fred Joyce
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Il a dit : « Viens par là, j’ai quelque chose à te montrer. » Et je vois une remorque de 16 mètres de long et c’est une remorque réfrigérée. Et il a ouvert la porte arrière et là, tout devant il y avait des glaces pour 10 000 personnes."

Transcription

À peu près 35 d’entre nous sont partis en deux petits groupes et la classe (du Collège militaire royal de Kingston en Ontario) qui nous avait précédé était déjà là-bas. Et au moment où on est montés dans l’avion à Vancouver (Colombie Britannique) la guerre était terminée. Donc nous sommes arrivés à Tokyo (Japon) la nuit où la guerre a pris fin (27 juillet 1953) et on a été accueillis par un paquet de photographes prenant des photos et nous sommes sortis et on a été à une petite soirée sympa. Et on était une quinzaine ou une vingtaine de gars du CMR. En tout cas, on a passé l’année qui a suivi en Corée, essentiellement à nous préparer pour une éventuelle rupture de la paix et de l’armistice. Et l’armistice ainsi mentionné a duré plus de soixante ans, ce qui est assez remarquable. J’avais 22 ans et fraichement diplômé et on m’a remis un peloton de 65 personnes et trois camions de 2,5 tonnes. Et c’était le ravitaillement pour, c’était divisé entre le transport de rations, transport de munitions et transport de POL, pétro, huile et lubrifiant. Donc notre peloton, ils faisaient tourner les pelotons comme ça vous, celui qui allait à Séoul (Corée du Sud) pour aller chercher les rations c’était le tour le plus plaisant parce que ça vous permettait vraiment de sortir du secteur. Mais quand vous faisiez le POL, vous faisiez juste la livraison de carburant et d’huile et autre aux unités dans les positions avancées. Et bien sûr, vous ne faisiez rien avec les munitions parce qu’elles étaient juste stockées là puisqu’on ne tirait sur personne. Je trouvais ça vraiment incroyable qu’il y ait des gens qui vivaient là. On avait du barbelé tout autour de notre camp parce qu’on protégeait le carburant et on protégeait les munitions évidemment. Et on protégeait, on avait beaucoup de vivres et on les protégeait. Donc il y avait plein de petits villages aux alentours. Et des familles, ils avaient habité là, vous savez, pendant toute la guerre je suppose. Et ils avaient l’air de s’acclimater très vite à l’idée d’avoir à faire avec la monnaie militaire (à la place de vraie monnaie) parce que quand un jour ils ont changé la monnaie militaire en place, et vous aviez environ six heures pour rapporter l’ancienne monnaie et recevoir la nouvelle. Et il y avait des gens qui sont descendus des collines, et qu’on n’avait jamais vus, avec des cargaisons de billets sur eux, pas des cargaisons mais un sacré paquet de billets militaires et qui cherchaient des soldats ou qui que ce soit d’autre pour les changer pour eux. On avait des employés coréens dans les cuisines. Comme par exemple dans le mess des officiers de la 56ème compagnie de transport dans laquelle j’étais, tous les gens qui s’occupaient du nettoyage étaient coréens. Et moi j’avais un jeune coréen et je n’ai pas la moindre idée de l’endroit d’où il venait, je ne sais pas du tout, il faisait juste partie des meubles. Et j’étais là-bas, quand je suis arrivé, il était là. Et il dit : « Je suis là pour toi, je vais m’occuper de toi. » Et c’est ce qu’il a fait. Il cirait vos chaussures et faisait la lessive et tout ce genre de trucs. Je me souviens avoir visité deux petits villages et, parce que, vous savez, ils étaient le long du parcours et on faisait la navette et on ne voulait pas écraser les enfants. Alors on leur a juste parlé et on leur a dit qu’on allait être là pendant un moment. Et vous savez, je me souviens être monté et avoir pris le thé avec deux de ces personnes. Il nous fallait des interprètes bien sûr. Et ils m’ont offert une paire de baguettes en argent, que j’ai encore. Comme j’avais été étudiant jusque là, vous savez, quand je suis arrivé au début, il n’y avait personne pour m’expliquer ce que j’étais exactement censé faire. Alors j’ai tous ces bouquins que j’ai commencé à lire et l’un d’entre eux c’était : « La chaine d’approvisionnement américaine », dont on faisait partie. Et l’une des choses avec la chaine d’approvisionnement américaine, et je devais remplir toutes les demandes de vivres un an à l’avance. Alors je suis arrivé au 1er juillet, qui se trouve être l’anniversaire du Canada et aussi le mien, et ça disait que pour les fêtes nationales ou les événements nationaux et autres trucs comme ça, vous pouvez demander des choses spéciales. Et l’une d’entre elles c’était de la glace. Alors du haut de mon infinie sagesse, et j’ai 23 ans et je ne suis arrivé que deux semaines plus tôt ou trois semaines, peu importe, je fais une demande par écrit sur le formulaire, et c’est tout écrit sur le papier, j’inscris ça je coche, vous savez, crème glacée pour 10 000 personnes. Je n’y ai plus vraiment repensé jusqu’à ce qu’un an plus tard un gars monte nous voir deux ou trois jours avant la date dans un camion à remorque étincelant le plus beau que vous ayez jamais vu. Et c’est un grand gaillard noir. Et comment il nous a trouvés et il dit : « Je cherche Mr Joyce. » et « Oui c’est moi. » Il a dit : « Viens par là, j’ai quelque chose à te montrer. » Et je vois une remorque de 16 mètres de long et c’est une remorque réfrigérée. Et il a ouvert la porte arrière et là, tout devant il y avait des glaces pour 10 000 personnes. Et c’était des glaces en petits pots. Alors quand tout ça arrive, ma première question c’est : « Bonté divine, c’est arrivé. » et la deuxième : « Comment les apporter aux soldats avant qu’elles fondent entièrement ? » Et c’était un peu épineux parce que : « Bon, vous les gars il faut que vous descendiez jusqu’au camion de ce gars, et vous vous débrouillez pour que vos soldats soient prêts quand vous revenez. », parce qu’ils étaient tous à une demi-heure de trajet environ. Et on avait des boites réfrigérantes pour les mettre dedans et les apporter là-haut. Alors le 1er juillet 1954 tout le monde a eu droit à de la glace. Juste avant Noël, Labatt nous a envoyé un bâtiment de débarquement de chars plein de bière. Et on devait la livrer. Et on a eu des convois sur la route pendant, trois jours je crois, qui roulaient 24 heures sur 24. Et on a arrêté tout le transport et roulé 24 heures par jour, on a vidé des caisses et des caisses, des tonnes et des tonnes de caisses de bière. Ça a fait partie des bonnes choses. C’est devenu, faire en sorte que les gens soient occupés. L’une des premières choses qu’il nous fallait identifier c’était le niveau scolaire des gens qui étaient dans nos troupes. Et ensuite on était chargés d’améliorer leur niveau à tous jusqu’à un certain point. Et je pense que pour moi la chose la plus surprenante a été la découverte du nombre de gens qui étaient totalement analphabètes. Et j’ai alors littéralement fait la classe pendant une heure, tous les jours, pendant six mois, juste pour remettre les gens à niveau en lecture, écriture et m’occuper des bases en calcul. Alors c’était très satisfaisant. Donc on prenait des catalogues chez les commerçants japonais de Kure et on les rapportait et on demandait aux gars ce qu’ils voulaient et on leur faisait passer la commande. Et quand on avait une commande importante, on envoyait un des officiers et il partait là-bas et il achetait tous les trucs et les rapportait avec l’avion. Alors un des boulots de choix pour qui était officier pour tous les régiments et aussi la 56ème compagnie de transport c’était ce voyage à Kure en tant qu’officier chargé des achats. Et on rapportait deux à trois cents appareils photos ou pour deux cents dollars d’appareils photos. Et des perles et des vêtements d’enfants et on s’arrangeait pour qu’ils envoient directement des plats de Kure au Canada et des appareils photos aussi directement. Et on faisait tout ça juste pour que nos soldats soient contents et pour que leurs familles soient contentes. Et une chose très importante c’était de faire en sorte que le moral des troupes soit au beau fixe. Parce que le premier, juste après la guerre, je me suis retrouvé à construire des terrains de baseball dans chacun des secteurs où on avait des pelotons. Alors on a eu une Petite Ligue de baseball, une ligue de softball parmi les trois pelotons.
Follow us