Témoignages d'anciens combattants:
Donald McIntosh

Marine

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"J’avais senti un grondement, comme une explosion ou quelque chose comme ça, dans l’eau."

Transcription

Je m’appelle Donald McIntosh. Je suis né à Saskatoon au Saskatchewan le 29 décembre 1922. Ca me fait maintenant 86. J’étais sur une corvette et c’est un bateau à hélice. En d’autres mots, un bateau avec une seule hélice. C’est dans la chaufferie où vous produisez la vapeur qui fait marcher le moteur et si j’ouvrais la valve du moteur ça sortait et les moteurs tournaient au ralenti et donnaient le nombre de tours qu’ils voulaient sur le pont.

Quand vous êtes en mer, vous avez la main sur cette mannette et vous répondez aux ordres qui viennent du pont. Ils veulent tant de tours, vous leur donnez autant de tours dans les moteurs. C’était des quatre cylindres avec une pression de 300 PSI dans les moteurs.

Toutes les sections ont leur mess attitré. Par exemple le mess des chauffeurs, le mess des marins, et bien-sûr les officiers ont leur propres quartiers. Et les chefs et les quartiers-maîtres eux aussi ont leur mess. Et ils dorment et ils mangent dans ces quartiers vraiment exigus, vous savez. Malgré ça, tout le monde s’entend bien et il y a une atmosphère de camaraderie, ce qui se voit bien par le fait qu’on est restés en contact toutes ces années, pendant ces soixante et quelques années d’années, vous savez.

Et ils – on a ce qu’on appelle des quarts, quand vous êtes en service. Dans la salle des machines, on a deux quarts de 4 heures par 24 heures. Mon quart, disons que c’était de quatre à huit heures du matin et de quatre à huit heures du soir, c’était mes deux quarts. Et c’était sept jours sur sept. Il n’y avait pas de jour de repos. Il n’y avait pas de jour de repos sauf quand vous rentriez au port pour l’eau claire ,[nettoyer la chaudière] ou quelque chose comme ça, là vous aviez quelques jours de repos. Et après ça reprenait.

J’avais un très bon copain en particulier. Il était mécanicien dans la salle des machines, il venait de Canmore en Alberta. Et il s’appelait Joe Hélis. Et Joe était en service quand le bateau [NCSM Regina] a été torpillé et bien-sûr il est mort. Tous ceux qui étaient dans la chaufferie et dans la salle des machines sont morts, personne ne s’en était sorti. Et Joe était un très bon ami à moi.

J’avais senti un grondement, comme une explosion ou quelque chose comme ça, dans l’eau. J’avais attrapé mon gilet de sauvetage je suppose et j’étais monté en courant sur le gaillard d’arrière. On regardait le convoi derrière nous et on apercevait un des bateaux qui coulait devant, à la proue. On est retourné par là et je suppose que l’idée c’était de récupérer les survivants du bateau. Et c’était un cargo Liberty de 10 000 tonnes et on est retourné là et on se tenait sur le gaillard d’arrière de notre bateau, et on regardait… le nom du bateau c’était le Ezra Weston et c’était un cargo américain. Et il sombrait lentement par l’avant. Et il y avait une pontée de camions, voitures et tout et comme la pente augmentait, les véhicules ont commencé à rouler et tomber dans l’eau. C’était un sacré spectacle de voir ça. Et dans les quelques minutes qui ont suivi on a vu un canot de sauvetage arriver de l’Ezra Weston et il y avait l’équipage du Ezra tout entier dessus. Et ils ramaient dans notre direction. Et on se tenait là debout sans bouger, on les attendait, et tout à coup, cette explosion énorme. Incroyable.

Plus tard les gars qui étaient assis dans cette embarcation nous ont dit, ils étaient assis là et avaient vu ça, des débris qui volaient partout et au moment où ils étaient retombés, dans les 30 secondes à peu près, il n’y avait plus une trace de notre bateau. Il avait tout simplement explosé. J’étais sur le gaillard d’arrière et je me souviens de l’explosion, d’un rideau immense et blanc, et c’est tout ce dont je me souviens jusqu’au moment où j’étais dans l’eau. Alors j’avais dû être projeté hors du bateau, je ne l’avait pas quitté par moi-même. Au fond de l’eau, je me suis dit, ça y est c’est ça, mais tout à coup j’ai resurgi à la surface et par chance j’avais mon gilet de sauvetage sur moi, parce que je ne sais pas nager du tout, je n’ai jamais su.

On ne pouvait pas comprendre vraiment l’ampleur de ce qui s’était passé – cette énorme bombe – et on n’en pensait pas grand-chose quand ils ont fait sauter la première, mais à peu près un jour plus tard, on a entendu dire qu’ils avaient largué la deuxième sur le Japon et que le Japon avait jeté l’éponge. On était bien content que ce soit fini parce qu’il était devenu très clair, que si nous étions allés dans le Pacifique il y aurait eu un nombre impressionnant de victimes je suppose. C’est ce qui avait pesé dans la balance quand le Président Truman avait pris sa décision, les pertes en vie humaine des deux côtés ; la meilleure chose à faire était d’en finir de la manière dont il en a fini. Et pour ça je dis, que Dieu bénisse Harry Truman. Je pense qu’il avait pris la bonne décision. En fait, je pense qu’un bon nombre d’entre nous s’accorde à penser que nous ne serions pas tous là aujourd’hui si Harry Truman n’avait pas largué cette bombe.

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