Témoignages d'anciens combattants:
Marcel Labelle

Armée

  • Marcel Labelle sur une moto Harley Davidson pendant son entraînement comme policier militaire à Valcartier (Québec) en 1951.

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  • Marcel Labelle, Kure (Japon). 23 octobre, 1954.

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  • M. Marcel Labelle, novembre 2011.

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  • Quelques policiers militaires de la No. 3 Section, British Commonwealth Base Provost Company qui servirent au Japon avec M. Labelle pendant les années de la Guerre de Corée. M. Labelle figure à droite. Janvier 1955.

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"Dans ce temps-là, des gros quartiers. Des quartiers de bordels légaux. C’était marqué dessus, Interdit aux troupes alliées. Alors notre job à nous autres c’était d’aller vérifier qu’il n’y avait pas de militaires là."

Transcription

Je m’appelle Marcel Labelle. Je suis né à Montréal le 20 mars 1933. À Kure (Japon), c’était une grosse base du Commonwealth britannique. On était avec les Anglais d’Angleterre, Australiens et puis la Nouvelle-Zélande. Puis là, moi ma job, une fois rendu là, ben on avait différentes tâches, soit le patrouilleur de jour (M. Labelle servit au Japon dans la police militaire), le patrouilleur de soir, l’escouade de mœurs, comme ramasser des putains sur la rue. Ensuite, il y avait la police de port. Moi ma « job » à moi, c’était de travailler comme police du port, à Kure, au Japon. Nous autres, notre tâche, c’était de vérifier les chargements, le stock qui venait de la Corée ou qu’ils envoyaient de la Corée, le matériel qui rentrait. On rentrait dans les cales de bateau pour vérifier que tout soit sorti en bon état et que personne ne vole rien. Ça marchait de même. Puis on avait un yacht, un yacht marqué « Police Militaire » dessus, écrit en anglais naturellement. On faisait nos patrouilles en bateau pour faire les vérifications. Là, j’ai fait application pour aller travailler à Tokyo. Parce qu’à Tokyo là, tout le monde a demandé et ils ont tous été refusés. Alors dans mon genre de CV, dans ma lettre, j’ai écrit que j’étais parfait bilingue et j’ai eu la job. Je travaillais avec les Anglais, j’étais seul de francophone. Il n’y en avait pas de français là, j’étais « The only one! ». Parmi nous, on était deux Canadiens puis 14 Britanniques puis deux Australiens. Il n’y a pas un mot français là. Notre job c’était de travailler le soir et « checker » (vérifier) les bars, puis répondre, on faisait les enquêtes d’accidents. C’est ça, notre job, ça. Bien moi, on se mêlait beaucoup avec les Américains qui étaient là, mais on ne les voyait pas. On allait souvent à leurs magasins à eux autres parce que ce n’était pas cher. Mais avec les gens des clubs et des bars, ça marchait très bien. On rentrait là, on avait notre drink (boisson) gratuit puis ils nous portaient à la main. Même, j’ai déjà eu un accident avec une jeep, le bumper (pare-chocs) enlevé. J’ai pris mon bumper, je ne l’ai pas dit à mon boss. Je l’ai fait souder, il ne m’a rien chargé. Il m’a dit : « Bonjour! » Quand je suis revenu au bureau, j’ai tout peinturé. Parce que nous autres on avait nos jeeps sélectionnées. Chaque personne était responsable de son jeep complet. Il n’y a personne qui le prenait, à part de toi. Tokyo, c’était une place de vacances. Quand les gens venaient de la Corée (les permissionnaires arrivant du front), ils venaient à Tokyo pour se reposer une semaine, dix jours. Ils s’en allaient dans les bars, où les filles étaient, les prostituées, puis ils choisissaient la fille qu’ils couchaient avec. Ça marchait de même. Leurs vacances finies, ils retournaient en Corée. Nous autres on avait un club canadien aussi à Tokyo. Ils appelaient ça le Maple Leaf. C’est des volontaires de la Croix-Rouge qui travaillaient là, c’était une place pour aller prendre un verre ou jaser avec le monde, les Canadiens, tout ça. Il y avait eu une fête une fois, dans le temps des Fêtes, Noël. L’ambassadeur était venu faire son tour puis tout ça. Et même j’ai passé à la radio de Tokyo pour envoyer un message au Canada. Il n’y a aucune place pareille. Nous autres, le matin, on prenait notre véhicule puis on s’en allait faire la patrouille à Tokyo. Là, tu parles de Tokyo, o.k.? On travaillait plutôt le soir que le jour. Il y avait deux shifts (quarts de travail), puis on patrouillait même dans les quartiers, ils appellent ça des bordels là. Dans ce temps-là, des gros quartiers. Des quartiers de bordels légaux. C’était marqué dessus, Interdit aux troupes alliées (au personnel des forces des Nations-Unies servant dans le théâtre d’opérations asiatique). Alors notre job à nous autres c’était d’aller vérifier qu’il n’y avait pas de militaires là. Dans ces endroits-là. Ce qu’ils faisaient les gars, la majorité des gars, ils prenaient un taxi puis ils s’en allaient à l’extérieur. À l’extérieur de Tokyo même, puis ils prenaient un hôtel puis ils restaient là. Ils avaient le choix des femmes, quelles femmes qu’ils vont prendre, puis ils passaient leurs cinq jours avec eux autres. Puis tout était payé, eux autres. Ils ne payaient pas un cent. Dans le temps que je travaillais au port, bien on avait un shift jour et un shift de soir, puis on partait de notre baraque où on restait, on s’en venait en bateau en yacht. On traversait l’eau, je ne sais pas, la rivière. On se ramassait où était le port, puis là on faisait des échanges d’informations, puis là on faisait la patrouille de nuit sur le quai. On était deux, un Anglais puis un Canadien. On faisait des tours, on se faisait des tours entre nous autres. Parce que moi j’ai appris un couple de mots japonais. J’appelais l’autre barrière, puis là c’est le militaire qui répondait et je lui parlais en japonais, il passait son téléphone au japonais et je lui parlais en anglais. On se faisait des petits tours de même. La police militaire est responsable aussi des prisonniers de guerre. Pas des prisonniers canadiens, mais mettons des prisonniers coréens (nord-coréens et chinois), c’est eux autres qui s’occupe de ça. Puis ensuite de ça à Séoul, en Corée, il y avait le Field Detention Barracks (baraquements de détention) pour les Canadiens qui n’étaient pas corrects, qui faisaient des coups puis tout ça (pour les soldats ayant fait l’objet de sanctions disciplinaires). C’est la police militaire qui s’occupe de ça aussi.
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