Témoignages d'anciens combattants:
Robert “Bob” Stewart

Armée

  • Robert Stewart lors de la rencontre de l’Association des vétérans de la Corée, The Last Hurrah, à Winnipeg (Manitoba), août 2011.

    Historica Canada
  • Robert Stewart en 1953.

    Robert Stewart
  • 3 ème bataillon, arrivée des jeunes médecins du « Royal Canadian Regiment » au Japon en 1953. Robert Stewart est tout à droite.

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  • Robert Stewart et un enfant koréen à Séoul, Corée du Sud, 1953.

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  • 3ème bataillon, arrivée des jeunes médecins du « Royal Canadian Regiment » au Japon en 1953. Robert Stewart est tout à droite.

    Robert Stewart
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"Et moi, c’est ce qui me dérangeait le plus en tout cas, c’était cette impression d’échec après avoir perdu quelqu’un. Parce que vous pensez sans cesse, bon, si j’en avais su un petit peu plus, j’aurais peut-être pu le sauver."

Transcription

Et je me suis rendu là-bas pour m’engager dans la Milice et le corps de cornemuses et j’y suis arrivé de nuit. Vous êtes au courant de rien, et puis il faisait sombre et l’armée était fermée, il n’y avait qu’une seule pièce éclairée. Alors je suis descendu et j’ai dit que je voulais m’engager dans l’armée. Le gars répond : « Bien sûr. » Il m’a donné tous les formulaires et j’ai ajouté : « Bon, je veux faire partie du corps de cornemuses. » Et il a répondu : « Oh ! Pas de problème, dit-il, c’est tout pareil. » Il ajoute : « L’entrainement élémentaire est le même pour tout le monde, dit-il, donc on va s’occuper des papiers et ensuite on règlera les détails plus tard. » Alors je suis allé là-bas et j’ai signé et le lendemain je suis allé passer la visite médicale et tous ces trucs, et ils m’ont enrôlé. Et j’ai rejoint le Corps médicale et je ne le savais pas à l’époque. Et c’est comme ça que je suis entré dans le système.

L’entraînement n’était pas conçu pour la Corée, vraiment, par exemple, l’entraînement n’était pas, ce qu’on aurait dû avoir. C’était des infirmières qui s’en occupaient, et c’était surtout des trucs destinés à servir en milieu hospitalier. Vous devez vous occuper d’un bras arraché et d’un gars qui est aveugle ou, dont les vêtements sont, avec toute la peau sur le corps partie en lambeaux. On ne peut pas vous préparer à ces choses-là. Je ne crois pas en tout cas.

On (le 3e bataillon du Royal Canadian Regiment) était une division de réserve, on venait juste de s’installer, et il y avait, à trois kilomètres environ, il y avait un groupe des transmissions britanniques qui installait des lignes téléphoniques. Et un obus de mortier est arrivé et a touché trois d’entre eux. Et alors, ces trois victimes ont été transportées dans notre RAP (Regimental Aid Post). Et donc immédiatement, on a pris en charge des soldats traumatisés. Un des gars avait le bras arraché et un autre, il était mort et un autre, il n’avait plus de tête. Et il était mort évidemment. Donc ce gars avec le bras arraché, on l’a fait partir à l’hôpital de toute façon et on faisait aussi des évacuations par hélicoptère. Mais ça s’est passé le deuxième ou le troisième jour après notre arrivée. Et c’est comme ça qu’on a commencé.

Sur les lignes de front, quand quelqu’un est blessé, vous voulez surtout le garder en vie. Alors vous surveillez sa respiration, contrôlez le sang qu’il perd, et quoi d’autre. Respiration, hémorragie, et il y en a un troisième. Je n’arrive pas à me souvenir. Mais s’il ne respire pas, vous le faites respirer. Et s’il a par exemple une blessure à la poitrine, vous savez qu’il s’agit de quelque chose de sérieux et qu’il faut enrayer ça. Alors vous essayez de vous en occuper du mieux que vous pouvez. Ensuite, vous le mettez dans une ambulance pour qu’il s’en aille de là, ou bien vous le confiez à un brancardier, tout dépend de l’endroit où vous vous trouvez. Et si vous étiez au poste de secours, alors vous faisiez venir un hélicoptère. Et c’est une des choses, en Corée, ils avaient, ils avaient commencé à utiliser des hélicoptères. C’était un petit hélico Bell (H-13 Sioux), ça prenait deux malades. Mais vous aviez beaucoup de blessés, au-delà de cinq par exemple, parce qu’avec cinq ça se bouscule déjà, vous faites tout ce que vous pouvez avec ce que vous avez. Et faire ce qu’il y a de mieux, c’est donner des premiers soins d’excellente qualité. C’est un peu comme quand on se retrouve avec une victime d’accident de voiture, on n’a pas forcément le matériel qu’il faut avec soi. Vous ne pouvez pas mettre la personne en traction, alors vous faites ce que vous pouvez et vous la redirigez vers quelqu’un qui va pouvoir lui venir en aide.

On s’attendait à une attaque le 1er mai (1953) en fait, parce que c’est la fête du Travail et c’est très important pour les Chinois et les communistes, je pense. Alors comme ça n’a pas eu lieu, la nuit, c’était encore le branle-bas de combat et puis dans la matinée, branle-bas de combat. Et ça veut dire que tout le monde sort et se rassemble dans les tranchées et vous avez 100 % du personnel dehors. Ensuite de nuit, vous avez vos deux heures de service habituel ou autre, vous y allez à tour de rôle. Donc on s’attendait à ce qu’il se passe quelque chose le 1er, et comme ce n’est pas arrivé, et souvenez-vous qu’on était nouveaux, on venait d’arriver sur la ligne et, mais j’étais au le poste de secours régimentaire à ce moment-là. Donc j’étais en bas au quartier général du bataillon et j’ai su qu’il se passait quelque chose, le premier signe, c’est quand le ciel s’est illuminé comme un, vous savez, et ensuite vous commencez à entendre le bruit des obus. Et là, vous comprenez qu’il se passe quelque chose. Et vous vous préparez à recevoir les premiers blessés. Et ils ont commencé à arriver très rapidement.

Il y avait de tout, je veux dire, il y avait vraiment de tout. Des blessures à l’abdomen, il y avait des gars qui ne s’en sont pas sortis évidemment, il leur manquait la moitié de la tête. J’essaye de me souvenir de ce dont je me suis personnellement occupé. Des amputations. Et beaucoup de gars, pour certains d’entre eux, c’était presque impossible de voir la blessure. Une balle peut-être, vous savez, un tout petit trou. Et le gars était mort, vous savez. Et il y en a eu de plus en plus. Et je crois qu’on a eu quelque 23 blessés cette nuit-là. Ils ne sont pas tous arrivés chez nous parce qu’ils en envoyaient certains au (3e) PPCLI et je ne sais pas, il y avait des Chinois évidemment, vous savez, et vous ne saviez jamais vraiment combien ils étaient ou ce qui se passait ou quoi que ce soit d’autre. Vous n’arrêtiez pas de travailler.

Ce que j’ai vu de pire c’était les brûlures, les brûlures c’était horrible. Le napalm, ça me rend malade, j’en ai encore l’odeur dans les narines, une odeur un peu sucrée et c’est tout simplement horrible. Les brûlures, ça a toujours été ce qu’il y avait de pire.

Celle dont je me rappelle vraiment et il n’y a pas de raison particulière si ce n’est qu’il s’agit de la dernière personne, c’était après la fin de la guerre, de fait je me préparais à rentrer au pays, et j’étais dans l’ambulance de campagne. Et à ce moment-là, je travaillais comme laborantin. Alors je suis entré dans le labo ce matin-là, et il y a un brancard là et un gars sur le brancard et il est recouvert d’une couverture. Et il fallait que je les dégage alors je suis entré et j’ai donné un coup dans le brancard et j’ai dit : « Hé toi, tu ferais mieux de te lever ; c’est l’heure du petit-déj ou quelque chose comme ça. » Mais il n’a pas bougé. Alors je me suis approché et j’ai tiré ce truc, et je m’en souviens encore aujourd’hui, le gars était allongé là et il avait un œil sorti de son orbite. Et un camion lui avait roulé sur la tête. Ce qui s’était passé, c’était un jeune gars qui venait d’arriver, Queen’s Own Rifles et il a sauté de l’arrière du camion et son anneau s’est coincé dans le hayon du camion et il s’est retrouvé sous le camion et les roues lui sont passées sur le visage. Et c’était le dernier blessé que j’ai vu.

Tout d’abord, en tant qu’infirmier j’avais toujours le sentiment de ne pas être à la hauteur parce que si vous perdiez quelqu’un, c’était comme une offense personnelle, comme si vous aviez trahi ce gars. Et moi, c’est ce qui me dérangeait le plus en tout cas, c’était cette impression d’échec après avoir perdu quelqu’un. Parce que vous pensez sans cesse, bon, si j’en avais su un petit peu plus, j’aurais peut-être pu le sauver.

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