Phillip Doucette

Ville d'origine: Terre-Neuve et Labrador Conflit: Corée Branche: Armée

  • Une photo de Phil Doucette prise à l'Association Canadienne de Vétérans de la Corée « Last Hurrah » en août 2011.
Une photo de Phil Doucette prise à l'Association Canadienne de Vétérans de la Corée « Last Hurrah » en août 2011. Phil Doucette
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C’était bon de voir mes amis, ma famille, ma fiancée et de savoir qu’il y avait un endroit sans danger, que je n’avais pas à m’en faire en marchant dans les rues, pas de pression. Juste la vie tout simplement. Vivre sa vie comme elle vient. Et pour moi, ça valait de l’or. Et encore aujourd’hui.

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Ils m’ont fait suivre la voie rapide en quelque sorte, après avoir fait mes classes et suivi une ou deux formations en accéléré, j’étais en route pour la Corée. Malheureusement, je suis arrivé là-bas juste après que la guerre soit terminée mais on était toujours dans la zone de danger et ce n’est pas seulement, la guerre s’arrête mais il y a beaucoup, de nombreux dangers qui menacent. Et là aussi, c’était bien le cas.

Ces dangers comprenaient les mines, c’était le terrain chaotique, les route sur lesquelles on conduisait qui étaient plus ou moins des chemins, et il y avait beaucoup de gens qui fuyaient la Corée du Nord et qui traversaient en permanence différentes parties de notre secteur et on ne savait jamais quand on allait se trouver nez à nez avec l’un d’entre eux. Et puis il fallait aussi qu’on, à ce moment là de la partie, et les coréens du sud qui étaient nos alliés mais ils étaient, c’est la loi du plus fort. Donc ces gens essayaient de s’introduire dans nos logements, notre campement, et ils venaient armés, évidemment parce que s’ils se faisaient prendre, ils allaient se défendre. Donc il nous fallait rester vigilants et faire des gardes constantes et toujours être vigilants au sujet de ce qui risquait de se passer autour de vous.

Bon, il y a eu des choses qui se sont produites qui n’avaient pas, à cette époque, n’avaient pas beaucoup de sens pour moi. Mais j’ai vu un sud-coréen se prendre une balle dans l’estomac, en volant une serviette sur un fil à linge dans notre unité. C’est quelque chose dont on ne parlait jamais à l’époque. Les deux gars qui étaient, un des gars, les deux personnes en question s’occupaient de notre lessive. On avait mis en place une équipe pour la lessive. Notre unité à nous était partie dans un autre coin, donc il n’y avait que ces deux gars sur place. Et il s’est trouvé que je passais par là avec un ami juste le temps de prendre une douche, on avait une douche et la laverie, tout au même endroit. Et ça venait juste de se produire. Et mon sentiment sur le moment, c’est qu’il y avait un meilleur moyen de régler le problème, ils auraient pu arrêter le gars et le livrer à l’armée sud-coréenne. Et c’est ce qu’ils auraient dû faire. Mais ce n’était pas ce qu’ils ont fait, ils l’avaient déjà descendu. Et puis on était, nous deux on était jeunes, de jeunes soldats, on avait 19 ans, et ces deux là étaient un peu plus âgés et nous, évidemment, on a dû les aider pour enterrer le corps. C’est quelque chose qui m’a causé pas mal de problèmes et pendant longtemps. De fait, à la suite de ça, j’ai souffert de névrose post traumatique et c’était en partie dû à ça.

Un autre incident. J’ai vu une femme se faire violer sous la menace d’une arme. Ils étaient deux (soldats canadiens) là dedans, dans ce village et avec mon ami on est arrivés et on était loin et on a entendu du grabuge. Et un gars tenait le mari sous la menace de son arme pendant que l’autre violait sa femme. Et je ne sais pas combien de gens ont vu ça, moi évidemment et un autre. Et ce genre de choses, vous ne dénonciez pas, comment vous prouvez ce genre de chose ? Pour commencer on n’aurait pas dû se trouver dans ce village. Ça c’est la première chose, on n’aurait pas dû être là cette nuit-là.

C’était une autre chose dont j’ai été le témoin et que je n’aimais pas. Ça faisait du bien d’être de retour, c’était bon de voir mes amis, ma famille, ma fiancée et de savoir qu’il y avait un endroit sans danger, que je n’avais pas à m’en faire en marchant dans les rues, pas de pression. Juste la vie tout simplement. Vivre sa vie comme elle vient. Et pour moi, ça valait de l’or. Et encore aujourd’hui.