Témoignages d'anciens combattants:
Marcel Morissette

Armée

  • Jour de lavage le dimanche. Les soldats disposaient de laveuses automatiques, mais ils devaient faire sécher leur linge à l'extérieur. Marcel Morissette se trouve à droite avec son compagnon Marcel Dandurand. Camp Borden (Ont.), 1944.

    Marcel Morissette
  • Marcel Morissette à bord d'une jeep un dimanche pendant un jour de congé. Les heures travaillées au garage étaient essentiellement en semaine, du lundi au vendredi. Camp Borden (Ont.), juillet 1944.

    Marcel Morissette
  • Ce genre de camion avec une remorque servit en train pour le remorquage de blindés en panne ou autre véhicule accidenté ou en panne mécanique. Camp Borden (Ont.), automne 1944.

    Marcel Morissette
  • Photo prise à l'extérieur du Camp Borden (Ont.). Ce type de camion servait au transport des outils utilisés par les mécaniciens comme Marcel Morisette afin de réparer les véhicules endommagés lors de convois.

    Marcel Morissette
  • Montage montrant les plaques d'identification de Marcel Morissette. Comme il le mentionne: "J'ai demandé à l'officier ce que je dois faire de ces médailles faites de fibre et non de cuivre. Il m'a dit: Lorsque tu seras tué, on va envoyer une plaque à tes proches." M. Morissette d'ajouter: "Tu parles d'une réponse à donner à un jeune de 19 ans qui n'a jamais quitté son village!"

    L'autre objet est un livret de retour à la vie civile. M. Morisette: "Ce livre m'a permis d'acheter ma maison, car j'ai appris dans ce livre à l'article 102 que je pouvais le faire. Je l'ai achetée avec l'aide du gouvernement du Canada en 1950 au prix de 5 500$, que j'ai réparé et agrandi. Aujourd'hui, la maison est évaluée à 156,000$. Merci à l'armée."

    Marcel Morissette
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Là ma mère a dit : « Ce n’est pas drôle il y en a déjà un qui est parti, Louis-Georges est parti, là ça va être Marcel à son tour, puis là, il va se faire tuer dans la guerre. »"

Transcription

Bien, ma mère était au désespoir (en apprenant que son fils s’était enrôlé). Elle dit : « Ce n’est pas drôle, mon fils qui s’en va se faire tuer. » Pour elle, ma mère, je m’en allais me faire tuer. Je me rappellerais toujours, j’ai pris l’autobus chez nous à partir de Saint-Georges (Québec). Dans ce temps-là, des automobiles il n’y en avait pas trop. Mon père en avait une, je pense une automobile dans ce temps-là. Je ne me rappelle pas trop, trop, oui il en avait une. Mais j’avais pris l’autobus pour m’en aller vers Québec. Puis là, ma mère elle n’en revenait pas. Puis là, à Québec, quand ils ont décidé que je restais là… Là ils m’ont donné deux jours de pause pour me débarrasser de mon linge civil. Là, j’étais revenu à la maison habillé en soldat. Ma mère avait été au désespoir, c’est épouvantable. Parce qu’elle en avait déjà un qui était parti. J’ai un de mes cousins que sa mère était morte et c’est chez nous (notre famille) qui l’avait élevé. Il avait un an ou deux de plus que moi et il était déjà dans l’armée. Ça fait que... Là ma mère a dit : « Ce n’est pas drôle il y en a déjà un qui est parti, Louis-Georges est parti, là ça va être Marcel à son tour, puis là, il va se faire tuer dans la guerre. » Eux autres, ils y pensaient, moi, je m’attendais à partir en Europe. Ils vont m’envoyer où ce qu’ils veulent. Mais quand je suis arrivé au camp Borden (Ontario), je me souviendrais que l’officier m’avait dit : « Mon jeune là, fais comme du monde puis tu vas rester avec nous autres ici parce qu’on en a besoin.» Puis là, il m’avait donné une boîte puis c’était marqué Home War Establishement, Home War Establishement (Effectif de guerre territorial, un détachement de l’armée affecté à la défense du territoire national, canadien), tu étais installé là pour la durée de la guerre. Ça prenait un ordre d’Ottawa pour te changer de place. Comme là, j’étais rentré dans le Home War Establishement, j’étais là pour la durée de la guerre. À moins qu’il y ait eu une complication épouvantable. S’il y avait une complication, c’était Ottawa qui décidait qu’on changeait de place, ils m’envoyaient en Europe. Puis dans ma gang (groupe) qui était avec moi au camp Borden dans le temps, on n’est pas allé en Europe, personne, parce qu’ils avaient besoin de nous autres. Ceux que j’ai connus beaucoup, mon meilleur chum c’est un nommé (Marcel) Dandurand. Ce Dandurand-là, il avait été dans l’armée de réserve à Montréal, lui. Il avait été sergent. Mais quand il est revenu à Borden, dans ce temps-là, les grades se perdaient. Si tu changeais de camp et si tu n’étais pas conformé dans ton grade, tu tombais Private (soldat). Alors il est tombé Private avec moi. J’ai fait tout le temps de mon terme avec lui et des gars de Montréal. Des gars, c’était dans mon groupe, c’était à peu près tous des gars qui avaient à faire avec la mécanique (M. Morissette servit dans le Corps royal d’intendance de l’Armée canadienne). Soit des chauffeurs de camion, ou encore des mécaniciens. L’Army Service Corps c’était à peu près ça l’affaire. On ne faisait pas beaucoup d’entraînement parce qu’on n’était pas dû pour l’entrainement. Ils avaient besoin de nous autres dans les garages. Entretenir ces véhicules-là. Puis les véhicules, dans le temps, ils n’étaient pas bons comme ceux d’aujourd’hui là. Nous autres, on avait des trucks (camions) anciens, avant qu’ils sortent le modèle nouveau là. Avec nos grosses bottes, on ne pouvait pas conduire, on ne pouvait pas mettre nos bottes l’une à côté de l’autre, parce que le trou était trop petit en avant. Puis là, ce qui arrivait, nous autres au garage, on venait les fins de semaine. Si la fin de semaine le garage n’avait pas eu le temps d’essayer les véhicules qu’on avait réparés là, on partait en convoi. On allait à l’entour du camp Borden, des petits villages qu’il y avait aux alentours, faire une tournée puis ils nous ramenaient. Disons que c’était pour nous tenir peut-être en forme, je ne sais pas, quelques patentes de même (quelque chose du genre). Peut-être nous tenir occupés parce que le dimanche on ne travaillait pas, puis le samedi on arrêtait à midi. On était quasiment comme des civils nous autres notre affaire. Moi, je prends ça quasiment comme la vie civile. On se levait le matin, ils nous sonnaient l’alarme vers six heures. Oui, il me semble que c’est ça. Six heures du matin, ça sonnait. Ils venaient sonner ça à la porte. Là on se levait, on allait déjeuner. On revenait de déjeuner à nos huttes. Puis là l’officier venait puis il disait : « OK, les boys on s’en va! » On partait en rang. Il faut commencer par dire qu’on était à côté, on appelait ça A-19. Nos huttes, on avait deux huttes, ça, c’était pour les gars de garage. On était complètement isolés des autres. Isolés dans le sens qu’on avait notre cantine, notre salle à diner, notre chambre pour manger. On avait notre bar à bière. Mais on avait tout ça à part nous autres là. Parce qu’on était comme des employés si tu veux. Et puis, là, on s’en allait au garage. Un à côté de l’autre, on marchait à la marche militaire. Ce n’était pas absolument loin. Ça pouvait prendre à peu près… je dirais à partir de nos huttes à aller au garage… pas cinq minutes peut être. Puis là, en arrivant au garage. Ils faisaient un Roll Call (appel nominal), pour être certains que tout le monde était là. Ils donnaient notre nom, notre numéro de matricule. (…) puis là on disait « yes » ou bien « sir », et là on se mettait à travailler. Pour travailler, moi, j’avais des jetons. Ma place, pour travailler c’était comme dans un garage civil là. J’arrivais là et mon camion était là que j’avais à travailler. C’était écrit après ce que j’avais à faire après ce camion-là. Par exemple, moi j’ai fait beaucoup, beaucoup de… comment ce qu’ils appelaient ça? Des transferts pour mettre en avant sur les quatre roues là. J’en ai fait beaucoup de ça. Ensuite de ça j’ai posé des pointes dans des (camions) Ford. Des maudites jobs. Là, moi, je partais avec mes jetons. J’allais au comptoir puis je donnais mon jeton. Si je me souviens bien c’était le numéro 22. Là, le gars me donnait ma boîte d’outils. La boîte d’outil c’était une petite boîte de mécanicien qui avait dans ça, un marteau des wescott des box (variétés d’outils). C’était une bonne petite boîte d’outils. Mais j’avais des jetons, j’en avais sept ou huit si ce n’est pas plus. Supposons que j’avais besoin d’un outil spécial, j’allais au comptoir avec mon jeton puis ils me donnaient ça puis ils me prêtaient l’outil. Mais le soir les jetons qui étaient marqués 22, si Morissette n’avait pas rapporté ses outils, ils me lâchaient un cri : « Heille! Emporte-nous ton outil! » Fallait le remettre à l’heure. Là, on travaillait jusqu'à midi moins quart à peu près. Là, à midi moins quart, ils nous appelaient, on s’en allait tous en rang, puis là on s’en allait diner. On finissait de diner vers une heure aux alentours de ça. Là, à une heure et demie, on rembarquait pour le garage. On travaillait jusqu'à quatre heures. À quatre heures, on s’en allait au camp, puis notre journée était finie. Notre journée était finie, ils nous restaient à penser d’aller souper et d’aller à la bière bien entendu. Et puis c’était notre journée, ça. Et puis le lendemain on recommençait la même routine. J’ai fait un an et demi de garage. Puis l’Army Service Corps aujourd’hui ça n’existe plus, c’est fini ça. Puis j’étais ici à Saint-Georges, moi (le 8 mai 1945, à la fin de la guerre en Europe). Puis je m’en souviendrais toujours comme hier sur la 1ère avenue aujourd’hui, où il y a la Banque de Montréal, il y avait Nicolas Tawell qui était là, le magasin.
Follow us