Témoignages d'anciens combattants:
Michael “Mike” Sich

Forces aériennes

  • Michael Sich, octobre 2009.

    Historica Canada
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Cet épisode est dans mon esprit l’un des moments les plus intéressants. Se retrouver à Vimy le 11 novembre, les deux arrivant en même temps."

Transcription

Et bien à Vancouver, j’avais ma femme là-bas, je louais un logement à une personne assez âgée, une dame très gentille, qui était une pionnière. Elle était arrivée à Vancouver avant que ce soit, ça s’appelait encore le Northwest. Elle avait dans les 75 ans à cette époque mais c’était une sacrée lady et elle m’avait fait passé un véritable entretien avant de m’accepter parce que avec le Western Air Command qui était là temporairement, il n’y avait pas de caserne, ni mess, il n’y avait rien du tout. Vous n’étiez pas logé, vous faisiez du stop pour vous rendre au travail et il n’y avait pas de salle pour prendre une bière ou autre chose. Mais en revanche ce qu’on avait tous les mois, on allait en voiture dans un entrepôt quelque part dans Vancouver pour prendre une caisse de bière. Elle s’appelait Grand-mère Sexmith et c’était une personne merveilleuse tout simplement. Ma femme est restée avec elle du moment où je suis parti jusqu’à la fin de la guerre. Elle avait insisté pour que ma femme et ma fille restent avec elle. Elle ne nous faisait rien payer pour ça. Elle était de bonne compagnie parce qu’elle disait, j’avais l’habitude d’avoir des vieilles dames avec moi pour me tenir compagnie mais elles décédaient les unes après les autres. Et c’est agréable d’avoir quelqu’un de jeune dans mon entourage. En fait, après la guerre, chaque fois qu’elle allait rendre visite à quelqu’un dans l’est du pays, elle faisait un crochet en train depuis Calgary jusque là où on habitait en Alberta pour nous faire une petite visite. Je trouve que c’était très gentil de sa part parce qu’on l’appréciait énormément. Oh, un des trucs en Allemagne, on allait très souvent à Hambourg en camion et il y avait une colline où les gens faisaient du marché noir. Vous pouviez acheter n’importe quoi contre des cigarettes : appareil photo, bijoux et toutes sortes de choses, vous savez. Tout ce qu’ils voulaient c’était des cigarettes. Les gars qui ne fumaient pas mettaient de côtés leur ration de cigarettes, 15 cartouches par là. Pas des paquets, des cartouches. Et c’était eux les gros dealers. Ils pouvaient marchander des gros trucs. Mais c’était intéressant, moi j’avais une petite photo de notre fille et je l’avais donnée à un gars qui était un artiste. Et il a fait un croquis contre deux paquets de cigarettes ou quelque chose comme ça. Et ma fille l’a encore, dans son cadre, c’était un très bon croquis. Vraiment très bien fait. Elle l’avait fait encadrer et elle l’a toujours. C’est une photo qu’on avait prise juste à sa sortie du bain et elle avait une serviette enroulée autour de la tête et du corps et ses joues étaient toute belles et bien rouges, elle était splendide et il en avait fait une excellente reproduction. J’ai passé plusieurs mois en Allemagne avec l’armée d’occupation et les gens recevaient l’ordre de rentrer chez eux. C’était un peu la bousculade dans certaines garnisons et ils manquaient de certaines catégories de personnel, ce qui n’était pas très important à mon avis mais enfin. Alors pour garder les gens sur place, il leur offrait une permission à Paris par exemple . j’avais fait une demande pour celle-là, ils appelaient ça une « permission éducative ». Bon je ne l’ai pas eue. J’avais fait ma demande trop tard pour celle-là. Mais j’avais pu avoir une « permission éducative » à Bruxelles. Et pendant que j’étais à Bruxelles, on avait un autocar, un chauffeur d’autocar et il y avait des gens de l’armée de terre, de la marine, de l’armée de l’air et des femmes de chacun des services de l’armée. Alors on était environ 16 personnes en tout, un peu plus d’une quinzaine dans cet autocar. Bon, on a fait quelques visites dans Bruxelles et à l’université et ensuite on a fait un petit voyage en France à l’endroit où Wellington avait séjourné, là où la bataille de Waterloo avait eu lieu. Mais le truc le plus exaltant ça avait été le voyage à la crête de Vimy. Et ça s’était passé le 11 novembre. C’était notre tout premier voyage après la guerre. Et de Bruxelles on a fait le voyage jusque là-bas avec le car et on avait la larme plutôt facile ce jour-là. Il bruinait et tout et tout. Et un des gars de l’armée de l’air avait la langue bien pendue. Il n’arrêtait pas de bavarder tout le temps. Vous savez, on ne pouvait pas le faire arrêter. Mais quand on a vu le mémorial canadien de loin, ça lui a cloué le bec. Je crois qu’il était vraiment impressionné et on était présents quand les officiels ont déposé des gerbes au pied du mémorial. Et on avait assez de temps pour rester un peu et en fait trois d’entre nous ont même trouvé le moyen de monter dans le mémorial, de monter tout en haut du monument et de regarder la campagne alentour. On pouvait voir à des kilomètres à la ronde. La plupart des gens ne savaient pas qu’il était creux et qu’il y avait des escaliers pour monter jusqu’en haut. De tout ce qui s’est passé pendant mon service, cet épisode est dans mon esprit l’un des moments les plus intéressants. Se retrouver à Vimy le 11 novembre, les deux arrivant en même temps. C’était quelque chose d’unique qui vous habite pour longtemps et incidemment on avait pris beaucoup de photos du groupe. Et après la guerre, j’étais assis à mon bureau au travail, et j’avais une de ces photos là sur le bureau. Et ce gars du journal qui venait chercher une publicité, il dit, où est-ce que vous avez eu ça ? Et il était lui aussi sur la photo mais je ne le connaissais pas. Mais il faisait partie du groupe, il était lieutenant dans l’armée ou quelque chose comme ça. Et c’est là toute l’étendue de mon expérience en Europe.
Follow us