Témoignages d'anciens combattants:
Frank Dyke

Armée

  • Médailles russe que Frank Dyke reçu pour avoir capturé un soldat allemand en France en 1944.

    Frank Dyke
  • Ceinture d'un prisonnier de guerre allemand : Frank Dyke la lui réquisitionna dans la forêt d'Ardenne en Belgique en 1944. Le soldat fut forcé de tenir son pantalon pour que Frank Dyke puisse le controler plus facilement.

    Frank Dyke
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Il y avait un chauffeur de chenillette Bren sans le dessus. Et le gars était encore au volant, hein. Il était là depuis une trentaine de jours à pourrir."

Transcription

…Des cadavres qui pourrissaient de tous les côtés. Et dès que nous avons commencé à sortir du chaland de débarquement, ça vous tombait dessus. Je peux encore le sentir, presque, la pire odeur que vous, et vous ne pouviez pas vous en éloigner. Il y a eu 5000 personnes tuées là le jour J et les Américains, je ne me souviens pas, 15 000 ou 20 000 au total. Et juste quand on a débarqué du NSM Rodney, un navire de guerre britannique, avec des canons de 40 cm qui ont commencé à tirer au dessus de nos têtes, tirant des obus de 450 kilos sur une cible dans la région de Caen… Se faire bombarder comme ça, des obus de 450 kilos qui vous passent juste au dessus de la tête, ça crée comme un vide. Et on ne savait pas ce qui se passait, alors on est allés sur le rivage et on s’est relevés et dès que vous arriviez sur le rivage, vous juste, ça imprégnait tout, hein, l’odeur. Presque assez puissant pour vous étourdir, c’était juste un épouvantable, tous ces gens morts, nombre d’entre eux étaient enterrés, certains étaient tout près de, il y avait un chauffeur de chenillette Bren (porteur universel, véhicule chenillé léger), ça ressemble à un char sans le dessus. Et le gars était encore au volant, hein. Il était là depuis une trentaine de jours à pourrir. Et je pensais que je n’arriverais jamais à me débarrasser de l’odeur mais on a avancé à l’intérieur des terres, en approchant de Caen (Normandie, France), il semblait, il n’y en avait plus autant allongés par terre à pourrir sur place, et puis il y avait la distance en question. Vous voyez, Caen devait tomber, Caen était la capitale de la Normandie, elle aurait dû être prise par Montgomery (Maréchal Bernard Law Montgomery, commandant de toutes les forces alliées durant la bataille de Normandie) mais il ne l’avait pas prise. Il n’arrivait pas à comprendre d’où ils tenaient tous ces soldats jusqu’au-boutistes par là autour.

Et on s’est éloignés de l’odeur et puis dans la deuxième position où on se trouvait, ils ont amenés un nouveau général, le Général Crocker (Officier Général Commandant John Crocker, commandant du 1er corps, Armée britannique, dont la tâche était de capturer Caen.) Et il, CROCKER et il a décidé d’une nouvelle approche ce qui fait que les bombardements qu’on entendait c’était la première partie de la nouvelle attaque sur Caen.

Les Britanniques envoyèrent des bombardiers de la RAF, 400 je crois, et je suis resté assis dans mon camion à les regarder venir, je l’ai vus arriver. Et le ciel était noir de tirs de DCA, tirs antiaériens, et ces avions sont allés jusqu’au bout et ils volaient presqu’au ras des arbres. Et ils ont, ils ont largué 2000 tonnes, oh j’ai oublié, j’ai oublié combien. Mais ils sont venus et ils ont tout largué sur, un sacré chargement de bombes dans les alentours de Caen, ils ne voulaient pas détruire Caen plus que de raison. Et je me rappelle en voir un descendre en flammes, dans les arbres. Et puis on est arrivés. On avait 600 canons qui ont tiré pendant toute la nuit, ce genre d’obus, 17.5 centimètres, 656 canons qui les pilonnaient. Et puis le jour de mon anniversaire, Caen est tombée (9 juillet 1944, les allemands quittèrent la partie nord de la ville ; le sud ne sera libéré que le 18 juillet).

Le grand truc là-bas après c’est la plus grande bataille qu’ils aient eue pendant la guerre et c’était la bataille de la poche de Falaise, FALAISE, la poche. Il y a eu 80 000 tués et blessés du côté allemand et nous avons perdu, ils avaient trois armées là-bas, leur idée, ils voulaient séparer les, les Britanniques et les Canadiens sont ici, les Américains étaient là. Et ils voulaient que, Hitler voulait séparer les, le cordon britannique ici, pour pouvoir aller à Anvers (Belgique), ouvrir Anvers à la marine marchande, la plus grande côte, vous voyez ce que je veux dire. Et l’idée derrière tout ça c’était d’essayer de vaincre les alliés pour pouvoir aller de là jusqu’à la mer par la route. Ça n’est pas arrivé. Et j’arrive à me souvenir d’une chose, je me souviens regarder nos Typhons, des avions de chasse, la toute première fois où ils ont utilisé des roquettes, quatre dans chaque aile, c’était pendant la bataille de Falaise. Tous ces allemands s’étaient rendus, ils n’avaient pas de défense et on les pilonnait jour après jour.

Et quand nous sommes passés, je l’ai dit, c’était comme l’enfer de Dante. Et l’odeur à nouveau. Et les allemands se servaient de chevaux pour tirer leurs canons et tous les chevaux ont été tués, vous les poussez dans une grande fosse, mettez de l’essence par dessus et mettez le feu. Et il y avait des soldats allemands aussi là-dedans. Et ça a été la plus grande bataille de la poussée de Normandie. Après ça, il n’y avait plus rien, les allemands se sont rendus là-bas et ils ont capitulé là-haut dans le…

Follow us