Témoignages d'anciens combattants:
William “Bill” Lappan

Armée

  • William Lappan à The Last Hurrah, Winnipeg, Manitoba, août 2011.

    Historica Canada
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"On était à court d’hommes et à court de tout en fait. Ce n’est vraiment pas passé loin et puis finalement ils ont abandonné et il a fallu tout reconstruire. Bon, ça avait été bien arrosé et ça et alors on a vu plein de cadavres au pied de la colline."

Transcription

Le lendemain je suis juste descendu et j’ai pris le train pour London (Ontario) et j’y suis allé et me suis engagé dans l’armée. Et tout s’est bien passé. Ils m’ont mis dans le RCR, qui est le Royal Canadian Régiment, et j’ai été très satisfait avec, c’était un bon régiment. C’est comme ça que ça a commencé.

Alors on a commencé à marcher en direction de nos positions dans la montagne et ça nous a pris je ne sais pas combien, on n’a atteint le sommet que vers 10 heures, 10h30 le soir. Et puis on a balancé tout notre barda dans un bunker, les gars avaient construit des bunkers, les gars qui étaient là avant nous. Alors on a balancé nos sacs et tout ça dans le bunker et ils ont dit qu’on nous avait appelés, et entre temps, ils voulaient nous parler. Alors on s’est couchés dans ces bunkers et tout ce qu’on voyait c’était des rats qui couraient autour du bunker au dessus et à l’intérieur. J’ai pensé : « Oh, mon Dieu » et je détestais les rats. Et on est restés là pendant un moment, je crois qu’il était minuit à peu près quand ils sont venus et ils ont dit : « Levez-vous, vous êtes de garde. » Alors, et il pleuvait, première fois dans les montagnes, de la pluie et du froid. Ça m’a foutu une trouille bleue la première fois.

Avec cet autre type, on était là debout et les Coréens (du nord) ont commencé à nous envoyer des mortiers et tirer avec des mortiers sur nous. Et on les a observés pendant un moment pour voir où ils atterrissaient et puis tout à coup, ils ont commencé à nous arriver dessus. Alors j’ai dit à ce gamin qui était avec moi, il était plus jeune que moi et je lui ai dit, je dis : « Tu ferais bien de t’aplatir sur le sol. » On était dans une tranchée alors j’ai dit : « Jette-toi par terre, au cas où il y en ait un qui atteigne le haut du bunker. » et ceci et cela. Alors je me suis jeté par terre, me suis allongé là, et couvert. Je ne sais pas ce qu’il faisait, tout ce que je sais c’est que j’ai entendu un cri et j’ai regardé et là, la moitié de son corps avait sauté. Il était debout pour voir où ils atterrissaient et le pauvre gamin a été tué. Et moi je suis allongé là, je me dis : « S’il en est tombé un là, que ça continue comme ça il pourrait y en avoir un qui tombe là où je me trouve » alors j’ai voulu décamper. Il fallait que je l’enjambe pour pouvoir m’en aller et je suis parti plus loin dans la tranchée et pour sûr, ils en ont envoyé d’autres, juste à l’endroit où j’étais allongé.

La patrouille de nuit, il y avait environ, bon, la plupart du temps c’était une douzaine de gars et on allait sur les autres montagnes et on essayait de faire sortir les Chinois et les Coréens, ils étaient devant. Et parfois on était tout près d’eux et ils ne nous voyaient même pas et ils ne nous tiraient pas dessus sur le champ. Et alors le sergent, la plupart du temps c’était le sergent et un lieutenant nous accompagnait de temps en temps. Et on allait sur leur territoire, on regardait aux alentours pour voir si on pouvait… Ce qu’on faisait vraiment là-bas c’était d’attraper des prisonniers pour voir s’ils avaient des choses à dire et on les remettait entre les mains des officiers et ils essayaient d’en tirer des renseignements, mais ça n’a jamais vraiment marché. Un type qu’on avait ramassé, il n’arrêtait pas de dire qu’il était capitaine dans l’armée et il ne l’était pas, c’était juste un Chinois ordinaire. Il mentait. Il pensait sans doute qu’en disant qu’il était capitaine il serait mieux traité. Et l’interprète dit : « Oh, il ment, il n’est pas capitaine, il n’est personne. » Et on s’est bien marrés avec ça.

Et ils venaient nous attaquer sur nos collines, de notre côté on était à, ils (les soldats chinois) ont fait sonner le clairon ou quelque chose, peu importe ce que c’était. Et tout à coup, vous pouviez les voir arriver sur nous, une centaine d’entre eux. Et ils étaient dingues, ils nous annonçaient leur arrivée, alors on s’est tenus prêts avec nos mitraillettes et tout, fins prêts, on les attendait. On les a simplement fauchés sur place. Juste après, ils reculaient, et quelqu’un dit : « Bon, attendez un petit peu, et peu de temps après ils sonnaient le clairon à nouveau. »

Mais une fois, ils ont vraiment renvoyé des trucs sur nous, pendant presque deux jours, ils nous ont bombardés encore et encore sans arrêt pendant deux jours? Et il a fallu qu’on se prenne tout ça, allongés dans la tranchée. Et on a pensé qu’elles venaient, les bombes qu’elles arrivaient sur nous et ça a été une sacrée expérience. On a bien failli la perdre, la (Colline) 355 (du 22 au 24 octobre 1952; les soldats chinois et nord-coréens ont essayé de se rendre maitres des cinq compagnies d’un bataillon du Royal Canadian Régiment, retranchés sur la colline), il s’en est fallu de peu. Parce qu’on était à court d’hommes et à court de tout en fait. Ce n’est vraiment pas passé loin et puis finalement ils ont abandonné et il a fallu tout reconstruire. Bon, ça avait été bien arrosé et ça et alors on a vu plein de cadavres au pied de la colline. Ils (les soldats chinois) ont essayé d’emmener la plupart des corps, mais un paquet d’entre eux étaient toujours allongés là. Nos petits copains se sont régalés, les rats, avec les cadavres. Et puis l’officier se fâchait et disait : « Descendons de la colline et enterrons une partie de ces cadavres, pour évacuer la puanteur. » Alors il a fallu qu’on descende et enterre une demi-douzaine ou plus, peu importe combien, pour essayer de les enterrer.

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