Témoignages d'anciens combattants:
Norman McGugan

Armée

  • Page du livret de bord de Norman McGugan, registrant l'entraînement qu'il a reçu.

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  • « Hill 166 » un poème écrit par Norman McGugan en janvier 1953, alors qu'il était en Corée.

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  • Plaques d'identité de Norman McGugan.

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  • Norman McGugan à The Last Hurrah, Winnipeg, Manitoba, août 2011.

    Historica Canada
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"J’ai senti quelque chose dans mon talon droit et la mitrailleuse Bren. L’antenne de la radio avait été arrachée et on n’avait plus de moyens de communications du tout. Ma mitrailleuse avait pris la forme d’un bretzel et les éclats d’obus avaient entaillé mon gilet pare-balles."

Transcription

L’un de mes souvenirs les plus vifs c’est celui de ma première patrouille. La compagnie Charlie était la compagnie qui contre-attaquait pour le compte du British Royal Black Watch, qui avait été durement touché par l’ennemi dans le Crochet (the Hook une ligne de crête de 3 km de long qui faisait l’objet de nombreuses batailles entre les Chinois et les soldats du Commonwealth). Environ deux semaines après mon arrivée en Corée, alors que je suivais encore mes cours de patrouille, on a été réveillés par un haut-parleur disant : « Tous les gens de la compagnie Charlie, rassemblez-vous au quartier général de l’Échelon B avec votre équipement, sur le champ. » Et c’est ainsi que j’ai fait connaissance avec les lignes de front. Trois d’entre nous ont été désignés pour se rendre à la portion Varsovie, une section du Crochet dont on pensait qu’il était entre les mains de l’ennemi et voir s’il y en avait quelques uns là-bas.

La radio que j’avais était un poste 88 que je portais à l’épaule. La radio datait de la Deuxième Guerre mondiale et avait des piles sèches dedans. Elles ne pouvaient pas être rechargées et en conséquence, d’un usage très limité. Je transportais également le matériel réglementaire habituel, une mitrailleuse légère Bren (9mm). On a commencé par la route où il y avait un boyau de communication qui était devenu pratiquement inexistant à cause des bombardements. C’était difficile de marcher par là parce que tout avait sauté. Il y avait des bouts de barbelés qui se prenaient dans nos vêtements et il fallait qu’on s’arrête tout le temps pour arriver à se libérer. On a réussi à rejoindre la zone de notre patrouille et on s’est terrés.

J’ai senti quelque chose dans mon talon droit et la mitrailleuse Bren. L’antenne de la radio avait été arrachée et on n’avait plus de moyens de communications du tout. Ma mitrailleuse avait pris la forme d’un bretzel et les éclats d’obus avaient entaillé mon gilet pare-balles. On est retournés au poste de commande, on a fait notre rapport, pris une autre radio et une autre mitrailleuse et on est repartis en patrouille sans rencontrer d’autre incident cette nuit-là. C’est ainsi que ma vie de soldat en Corée a commencé.

(En patrouille dans le Crochet) « L’horreur de la guerre. » Rien ne nous avait préparés à voir ce qu’on a vu, des cadavres partout. Des tranchées de deux mètres, deux mètres cinquante de profondeur, effondrées. Des morceaux d’équipement partout. Il y avait des armes cassées, des outils de toutes sortes. Même les poutres de 20 cm de section qui servaient pour les bunkers étaient en mille morceaux. Il y avait un endroit où la tranchée formait un T. Elle était désormais très peu profonde et quiconque se mettait dedans n’était pas à l’abri des tirs. Un groupe de gars américains s’est fait prendre en traversant cette zone et ont été descendus. Le Caporal H, notre premier soldat à être tué dans le Crochet. Il avait suivi la même formation de sous-officier que moi. C’était un gars très drôle, il racontait toujours des blagues. En traversant la zone de notre peloton pour aller sur notre colline, j’ai croisé Jovan Campbell. Il déplorait la même chose : « Norman, qu’est-ce que je fais ici ? »

(Bataille de la Colline 187 ; les 2 et 3 mai 1953) Dans la soirée du 2 mai (1953) je crois, les Chinois étaient actifs, il y avait des gens dans la vallée, ils interféraient dans nos communications radio sur la 88 (radio) et la radio 300, pour interrompre nos conversations. Et dans certains messages ils disaient : « le Canadien blanc, rentre chez toi, il y a quelqu’un qui couche avec ta petite amie, » et ainsi de suite. Et puis la bataille a commencé et ils avaient positionné, et avaient pris comme cible notre première mitrailleuse, celle qu’on avait. Et ils ont tiré sans interruption à travers le parapet. Et alors on ne pouvait pas l’utiliser. Mais à une centaine de mètres du boyau, on en avait disposé une deuxième et on a tiré avec pendant pratiquement toute la nuit. Et sur la colline où la compagnie Baker a été frappée, ils avaient aussi, les Chinois avaient aussi ciblé les différentes mitrailleuses des Canadiens et n’ont cessé de les arroser à travers les parapets. C’était facile pour eux de faire ça parce qu’il y avait des gens qui travaillaient pour nous dans la journée la nuit ils travaillaient avec l’ennemi. Je sais que plusieurs d’entre eux se sont faits prendre à différents moments. Alors la deuxième mitrailleuse a été bien utile.

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