Témoignages d'anciens combattants:
Rénald Boudreau

Armée

  • Le soldat Boudreau (à droite) avec deux camarades à Kure (Japon), mai 1951.

    Rénald Boudreau
  • Soldats du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment à Fort Lewis (État de Washington), le 2 mars 1951.

    Rénald Boudreau
  • Le soldat Rénald Boudreau (à droite) et un camarade nettoyant leurs armes. Corée, août 1951.

    Rénald Boudreau
  • Le soldat Boudreau posant avec une mitraillette de fabrication soviétique. Corée, 38e parallèle, 1952.

    Rénald Boudreau
  • Le soldat Boudreau en Corée en 1952 alors qu'il suivait un cours pour devenir sous-officier.

    Rénald Boudreau
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"La Corée, ç’a été un peu comme une guerre des nerfs, mais seulement la nuit. Le jour, il n’y avait presque rien."

Transcription

Moi, ça ne m’a pas dérangé beaucoup, mais le gars qui était avec moi avait assez peur qu’il n’a pas fait longtemps dans ce coin-là, lui là. Il ne pouvait pas dormir pantoute (du tout). Il avait le « shake » souvent (tremblements), puis moi je pouvais dormir, mais lui non. Il faisait la garde à ma place. Il ne voulait pas dormir pantoute. Il y en a beaucoup qui s’étaient estropiés pour retourner. Cela n’a pas été vraiment connu, vous savez là. Personne n’en a jamais parlé, c’est resté, disons, au silence. Disons que ça se parle, mais ça ne se parle pas en dehors. Ça reste là. Toute la brigade spéciale n’a pas suivi un gros entrainement (M. Boudreau fit partie du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment attaché à la 25e Brigade d’infanterie canadienne en 1951-1952). La « drill » (entraînement préliminaire), on n’en a presque pas fait en tout, seulement le principal, le maniement des armes vous savez là, disons quand tu es en parade et ces affaires-là, là. Puis c’est à peu près tout. C’est pour ça qu’ils nous ont « shippés » (déployés). Puis surtout que pour les cours qu’on allait suivre, c’était trois mois intensifs là, six jours par semaine, cela fait que ce n’était pas un cadeau non plus. La Corée, ç’a été un peu comme une guerre des nerfs, mais seulement la nuit. Le jour, il n’y avait presque rien. Le jour, c’est correct, quand on a commencé à les repousser là, il y avait du va-et-vient pas mal. Mais après qu’on les avait envoyés, il fallait « watcher » (observer), voir ce qu’ils faisaient eux autres, voir s’ils se préparaient pour d’autres choses. Je me suis déjà fait tirer et puis ils m’ont manqué, mais il ne faut pas que ça arrive trop souvent. Il y avait des patrouilles presque toutes les nuits. Je sortais les patrouilles. Je ne faisais pas rien qu’y aller tout seul, c’est rien qu’en dernier que je faisais ça. Mais les patrouilles, au commencement, on sortait peut-être tout un groupe de cent cinquante-deux cents, et c’est moi qui sortais en premier pour les emmener ou ce qu’on allait. Je suis sorti presque toutes les nuits. Les Coréens (soldats nord-coréens) se sont aperçus que quand ils sortaient des patrouilles s’il me voyait passer, ils me laissaient passer, puis ils attaquaient ce qui venait en arrière. Cela fait que moi j’étais pris entre deux feux. C’est arrivé plusieurs fois, mais je m’en suis sorti pareille, mais 24 h en retard. Bien oui, parce que, quand ils voient un gars qui se promène tout seul, ils se disent qu’il n’est pas tout seul, il doit avoir quelqu’un qui s’en vient en arrière, parce que tu es toujours trois-quatre cent pieds en avant des autres. Cela fait que, surtout à la noirceur, il ne fait pas de train. Cela fait qu’ils me laissaient passer, moi, puis après je m’apercevais que la chicane était prise en arrière de moi. Bien là, ça commençait à tirer. Pour revenir des fois, j’ai dû passer la nuit suivante de cette journée-là. La nuit suivante, ça m’a pris 24h pour pouvoir m’en revenir. Parce que là, à part de ça, le mot de passe change quand tu arrives aux lignes canadiennes là. Quand tu t’en reviens à ton territoire, mais là le mot de passe a changé, puis on s’était fait, nous autres toute notre gang (groupe), où ce que j’étais, on n’avait rien qu’a lâché trois ou quatre sacres (jurons) puis on savait qui c’était. Ces décisions-là (d’aller en patrouille) étaient prises dans l’après-midi. On avait des « meetings » (réunions), puis on nous montrait sur la « map » (carte) à quelle place qu’on allait aller. Puis aussitôt que la brunante était prise, on décollait. Cela fait, qu’on soit 25-50 ou 150 (soldats), c’était la même chose. Disons qu’on allait voir pour déloger surtout. Sur le flanc des montagnes, eux autres là, ils avaient des trous creusés eux autres, puis ils étaient cachés là-dedans. C’est mal aisé à trouver, il faut se « watcher » (faire attention). Dans la deuxième année que j’étais là, j’étais en patrouille puis on était deux gars sur le flanc d’une montagne. On avait passé une nuit. J’avais mon poste émetteur puis tout ça. La montagne en avant de nous autres, il y avait un poste (nord-)coréen qui était là puis on les voyait puis ils nous voyaient. Il faisait un beau clair de lune. Il faisait assez beau là. Ils m’ont lâché un cri, ils m’ont demandé (…) Il y en a un qui savait parler anglais, un peu. Il m’a demandé pour voir si je voulais aller prendre le thé avec eux autres. (Rires) J’ai téléphoné à mon commandant puis je lui ai demandé (Rires), puis il a dit : « Pas question! »
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