Témoignages d'anciens combattants:
Herménégilde Dussault

  • Soldats de la compagnie de soutien du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment. De gauche à droite: le sergent quartier-maître de compagnie R. Daigle, le sergent J. Chatilly, le sergent-major de compagnie H. Dussault et le sergent Mainguy. Corée, juillet 1952.

    Herménégilde Dussault
  • Le sergeant-major de compagnie H. Dussault posant devant l'entrée de son abri ("dugout"). Corée, décembre 1952.

    Herménégilde Dussault
  • Le sergent-major de compagnie Herménégilde Dussault du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment posant devant l'entre d'un abri ("dugout"). Corée, 1952.

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  • Sur la ligne de front en Corée, septembre 1952. De gauche à droite: le sergent quartier-maître de compagnie Vallières, le sergent-major de compagnie H. Dussault et le major Harry Pope. Compagnie C, 1er Bataillon, Royal 22e Régiment.

    Herménégilde Dussault
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"Les Chinois sont particulièrement actifs la nuit. Ils essayent d’infiltrer nos positions. Le lieutenant-colonel Trudeau organise jusqu'à sept patrouilles par nuit et durant ses patrouilles, il y a des pertes."

Transcription

En mars (19)52, j’occupe le poste de sergent-major de la compagnie de soutien au 1er Bataillon du Royal 22e (Régiment). Le 21 mars, le 1er Bataillon du Royal 22e commandé par le lieutenant-colonel (Louis Frémont) Trudeau, DSO, OBE, (Distinguished Service Order, Order of the British Empire, deux décorations britanniques) quitte Valcartier (Québec) pour la Corée.

À notre arrivée en Corée à la mi-avril, les forces des Nations-Unies occupaient la ligne de défense surnommée Jamestown (Jamestown Line, une série de positions défensives occupées par les forces onusiennes en Corée). Le conflit de Corée était devenu une guerre de tranchées. Le 24 avril, le (1er) Bataillon remplace le 2e Bataillon du Royal 22e Régiment. Le bataillon occupe une position à l’est de la (rivière) Samichon. La pose de mines et l’amélioration des tranchées mobilisent une bonne part de nos énergies, mais ce sont les patrouilles d’embuscade, stationnaires, et les combats qui sont notre activité principale.

Les Chinois sont particulièrement actifs la nuit. Ils essayent d’infiltrer nos positions. Le lieutenant-colonel Trudeau organise jusqu'à sept patrouilles par nuit et durant ses patrouilles, il y a des pertes. Les pelotons de la compagnie de soutien, les mortiers, les mitrailleuses et les canons sont en ligne avec le bataillon. Le p.c. (poste de commandement) de la compagnie de soutien est au « F1 » (quelque peu à l’arrière des premières lignes) avec le peloton de pionniers et les quartiers-maitres de compagnie. À la fin juin, le bataillon est relevé et placé en réserve. En réserve, le bataillon s’entraine. L’entrainement est surtout axé sur les exercices de patrouille. Les compagnies fournissent aussi des hommes pour travailler sur la 2e ligne de défense surnommée « Kansas ». Notre tâche : renforcer les systèmes de défense. En août, le bataillon retourne en ligne à la droite du « Hook », le « Hook » est la colline la plus élevée du secteur (près de Kaesong, actuelle Corée du Nord). Les Chinois ont plusieurs fois tenté de s’en emparer. Début septembre, le bataillon est relevé par un bataillon anglais et retourné en réserve.

En septembre, je suis muté à la compagnie C. La compagnie C est commandée par le major Harry Pope, Croix Militaire (une décoration britannique), vétéran de la campagne d’Italie, de Hollande et d’Allemagne (pendant la Seconde Guerre mondiale). Les trois bataillons de la brigade canadienne (25e Brigade d’infanterie canadienne) manquaient de renforts. Suite à une entente entre les Nations-Unies et le gouvernement coréen, la brigade reçoit un renfort de soldats coréens. Le bataillon en reçoit cent et la compagnie C vingt qui sont intégrées aux sections.

Au début d’octobre, le bataillon retourne en ligne sur la gauche de la 355 surnommée le Petit Gibraltar (en référence à la colline 355, une position clé du système défensif canadien). Ma compagnie, la C, est sur la gauche de la 355, sur la 210 (colline 210). La 355 est occupée par le 1er Bataillon du RCR (Royal Canadian Regiment). Dès notre arrivée sur la 210, le commandant de compagnie retire les mortiers des pelotons pour les garder au p.c. de la compagnie. Les mortiers sont installés en bas de la pente renversée de la 210, « reverse slope ». Les équipes de mortiers sont sous mes ordres. Le major Pope enregistre avec les canons des deux blindés, les mortiers et les mitrailleuses, (de calibres) .50 et .30, les cibles situées devant la compagnie et celles situées devant les postes avancés de la 355. Le commandant du RCR (le lieutenant-colonel Peter R. Bingham) n’a pas apprécié les tirs de la compagnie devant sa position. Il porte plainte à la brigade.

Le brigadier (Mortimer Patrick) Bogart, commandant de la (25e) brigade, donne l’ordre au lieutenant-colonel Trudeau de cesser les tirs sur les cibles situées devant les avant-postes du RCR. Le 23 octobre (1952) vers 18 heures, l’ennemi attaque avec succès la 355. En même temps, un nombre impressionnant d’obus et de bombes tombait sur la compagnie. Durant l’attaque, le régiment essuyait un bombardement de 257 obus (sic, 1,250 obus) qui firent cinq blessés en plus de détruire ou endommager les lignes téléphoniques, les tranchées, les barbelés et les casemates. Sans recevoir d’ordres, le major Pope fait tirer toutes les armes de la compagnie sur les cibles pré-enregistrées situées devant la 355. Les canons des deux blindés durant l’attaque tirèrent tous leurs obus explosifs et les mortiers de la compagnie 400 obus. Le RCR réussit à repousser l’attaque, mais subit de lourdes pertes. Fin novembre, on est relevé par un bataillon anglais et on retourne en réserve. Quel que soit le secteur en ligne occupé par le bataillon, les tirs de harassement de l’ennemi sont routine et plusieurs de nos pertes sont causées par ces tirs.

En janvier (19)53, de retour en ligne, il y a moins d’activités. Le froid et la neige nous forcent à rester dans nos trous. Au début de février, le bataillon est placé en repos. C’est la première fois, depuis notre arrivée en Corée en avril (19)52, que le bataillon est en repos. Un repos bien mérité. Le bataillon devait quitter la Corée en mars (19)53, mais les autorités ont décidé de rapatrier un bataillon à la fois. Le RCR quittera la Corée en mars et le 1er Bataillon du 22 (Royal 22e Régiment) en avril.

Le bataillon servira 13 mois en Corée. En mars, le bataillon retourne en ligne, relevant un bataillon américain. La compagnie C occupe les avant-postes situés sur les collines 127 et 97. Les Chinois occupant des positions plus élevées sont bien placés pour observer nos positions. Pour éviter des pertes le jour, les hommes, sauf ceux occupant des postes de guet, sont à l’abri dans les casemates. Depuis notre arrivée en ligne, les repas chauds sont remplacés par des « C-Rations » (rations militaires).

Le seul accès à la (colline) 127 est une longue tranchée nous reliant à la colline située à l’arrière de notre position. Le ravitaillement en munitions, en rations, etc., est fait la nuit par notre sergent quartier-maitre Vallières aidé par des porteurs coréens. Au début d’avril, le bataillon est remplacé par le 3e bataillon du RCR. Quelques jours plus tard, nous quittons la Corée pour rentrer au pays, mission accomplie.

En terminant, je souligne le fait suivant. En mars (19)52, le bataillon est un bataillon de parachutistes. Les paras recevaient une allocation de 35 dollars par mois. En quittant le Canada pour la Corée, on perdait notre allocation. En Corée, on recevait une allocation de 50 cents par jour, soit 15 piastres par mois. C’est-à-dire que pour chaque mois en Corée, les paras perdaient 20 dollars par mois. En terminant, les pertes du 1er Bataillon en Corée : 33 tués au combat, 11 morts par accident et un fait prisonnier par les Chinois (le lance-caporal Paul Dugal de Québec).

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