Témoignages d'anciens combattants:
Roméo Gilbert

Armée

  • Défilé de la première classe de candidats parachutistes à graduer du Centre S-14 de l'École canadienne d'entraînement de parachutistes, Camp Shilo, Manitoba, le 13 septembre 1943. M. Gilbert y travailla comme commis à la paie du Corps médical militaire royal du Canada attaché au Camp Shilo pendant la guerre.

    Crédit: M.D. 10 Section des Relations publiques / Bibliothèque et Archives Canada / PA-209386
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"J’ai même sauté une fois en parachute, mais attaché avec le ministre de la Défense. On avait embarqué tous les deux sur une espèce de fauteuil. Il l’avait monté en l’air et puis là ils nous avaient laissés aller."

Transcription

Moi, j’étais dans la comptabilité. Je m’occupais de la paye des employés, parce que j’avais travaillé à la banque, ils savaient que je connaissais comment l’argent se manipulait. Et puis j’habitais à Joliette (Québec), j’ai été là tout près d’un an. On avait un groupe d’employés, moi, je ne m’occupais pas d’eux autres beaucoup. Je ne m’en occupais pas vraiment de ces gens-là. Ce n’était pas mon domaine. Ah bien là, j’ai été transféré après ça à Shilo, Manitoba, pour trois ans. Ils nous avaient envoyés là dans le corps médical (le Corps médical militaire royal du Canada). Mais, moi, je parlais anglais. Cela fait que j’ai été transféré là trois ans avec les parachutistes, l’infanterie puis l’artillerie. À Shilo, j’étais dans les bureaux. Ils m’ont organisé dans les bureaux. J’en ai fait des jobs. Pas longtemps après au M.I.R, Medical Inspection Room (salle d’inspection médicale). Tous les patients qui rentraient à l’hôpital, il fallait qu’ils passent par moi puis je les dirigeais à l’endroit où il y avait les médecins qu’il fallait qu’ils voient. Première question qu’on leur demandait, les patients, quand ils arrivaient blessés. Les parachutistes, il y en a qui se cassaient le cou. Ils étaient ramassés par les ambulances et des médecins. Puis là, ils leur perçaient des trous chaque bord de la tête quand ils se cassaient le dos, puis ils les mettaient sur une espèce de (planche de vinyle) en montant. Ils leur mettaient une pesée pour les étirer, parce qu’il y avait beaucoup de bombes qui éclataient. Les Américains qui étaient venus, ils venaient de Fort Benning, Georgia, pour installer les tours à sauts. Et puis, là, ils avaient envoyé des bombes, je ne sais pas en quel honneur, pendant les pratiques. Il y avait beaucoup de bombes qui n’avaient pas éclaté et puis les soldats les ramassaient comme souvenir et puis les bombes éclataient. Il y en a énormément qui se faisait tuer. J’ai même sauté une fois en parachute, mais attaché avec le ministre de la Défense. On avait embarqué tous les deux sur une espèce de fauteuil. Il l’avait monté en l’air et puis là ils nous avaient laissés aller. Le fauteuil se trouvait comme attaché. En arrivant proche de la terre, ça diminuait et puis on débarquait. Puis les parachutistes, comme de raison, ils n’avaient pas le droit de marcher eux autres. Ils n’avaient pas le droit de marcher. S’ils sortaient de la porte, s’ils faisaient cent pieds, il fallait qu’ils le fassent en courant. Il y avait un petit village pas loin à une dizaine de miles de Shilo. Le soir, il y en a qui partaient à la course. Ils allaient veiller au village à la course, dix miles, puis ils revenaient après la veillée à la course. Ils n’avaient pas le droit de (…), ils étaient payés 75 cents de plus par jour, les parachutistes. Dans les pratiques, ceux qui pratiquaient le champ de bataille, il fallait qu’ils s’accroupissent à quatre pattes puis il y en a qui tiraient au-dessus d’eux autres, des vraies balles. Il y en a qui se faisaient attraper, ils avaient des balles dans le dos. J’avais beaucoup d’influence parce que je rendais service à certains officiers, parce que quand ils venaient à l’hôpital, un officier, des fois ils avaient une semaine de Light Duty (travaux légers) ou sans travail pendant une semaine ou quinze jours. Puis moi je leur rajoutais May Go Home, (ils peuvent) aller chez eux. Cela fait qu’ils s’en allaient chez eux, dans leurs maisons où ils demeuraient, leurs résidences. Ça fait que, moi, quand je voulais quelque chose, je l’avais. Le soir, le commandant de l’hôpital était un gros joueur de bridge et puis moi aussi. Cela fait qu’on se réunissait le soir, mais lui il ne pouvait pas avoir de bière envoyée du mess d’officiers. C’était trop gênant pour eux autres. Il disait : « Roméo, bring me a case of beer ». J’apportais une caisse de bières, mais je téléphonais au mess des officiers, c’était un de mes chums qui travaillait là. Puis j’envoyais l’ambulance y chercher une caisse de bières par ambulance. On était à peu près dix mille soldats (au camp militaire de Shilo, Manitoba). J’avais vu dans un livre de l’armée que l’hôpital avait droit à avoir un bicycle à pédales. Je l’avais fait venir, j’étais le seul dans le camp. Mais j’avais toute sorte de privilèges, comme ça. Non, non, dans l’armée tu suivais les règlements. Il fallait s’occuper, prendre le système D (se débrouiller).
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