Témoignages d'anciens combattants:
George Kinnear Grande

Forces aériennes

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"Seulement à partir de là avons-nous su que nous allions en Inde. J’étais très excité à ce propos parce que je n’étais jamais allé en Inde et pas beaucoup de canadiens étaient allés en Inde, de mon âge en tout cas à cette époque et c’était une expérience toute nouvelle qui nous réjouissait à cet âge-là je pense."

Transcription

J’ai décidé de m’engager dans l’ARC plutôt que dans la marine ou l’armée de terre parce que c’est ce que faisaient mes amis et l’armée de l’air paraissait être une aventure plus excitante que l’armée de terre. J’étais coincé en Angleterre à l’époque et la marine, je ne connaissais rien à la navigation, vraiment très peu en fait. Donc je suppose que c’est pour ça que je me suis engagé dans l’armée de l’air. Mais je suis allé au bureau de recrutement à Montréal avec un bons ami à moi et on voulait tous être pilotes ou mitrailleurs évidemment. Mais ça n’allait pas être le cas. D’une part, notre vue n’était pas assez bonne ont-ils dit sur le moment, on était en 1941. Et de plus, ils ont dit qu’ils avaient quelque chose de tout à fait passionnant pour nous, quelque chose de nouveau, quelque chose qu’on pourrait avoir et on a dit : « Est-ce qu’on ça va nous emmener outre-mer ? » « Oui monsieur, ça vous fera aller outre-mer immédiatement. » Et alors on a demandé : « Qu’est-ce que c’est ? » « Et bien on ne peut pas vous en dire grand-chose, on ne sait pas grand-chose mais il y a le DF, la radiogoniométrie, et on veut que vous vous inscriviez pour faire ça. Et, et ensuite vous en apprendrez plus long là-dessus au fur et à mesure. » Alors c’est comme ça que je me suis retrouvé dans l’armée de l’air. Et puis ils nous ont envoyés dans différentes universités parce qu’il fallait qu’on apprenne certaines bases en physique, qu’on les connaisse déjà ou pas, il fallait qu’on suive des cours spéciaux qui, dix ou douze universités à travers tout le Canada étaient prêtes à assurer l’enseignement des principes de base de la physique et radio aux nouvelles recrues avant qu’on nous envoie dans une école secrète pour apprendre tout ce qui concernait les radars eux-mêmes. J’ai réussi et ensuite ils nous ont envoyés, c’était la porte ouverte pour Clinton en Ontario, qui était une station de la RAF, anglaise, du Royaume Uni, dont ils s’occupaient pour que les nouvelles recrues puissent apprendre tout ce qui concernait les radars, qu’on appelait à l’époque, je crois que je l’ai déjà dit, DF, radiogoniométrie. La formation était excellente, une formations d’experts et c’était tenu secret, alors on ne pouvait même pas emporter nos cahiers hors de l’enceinte où avait lieu la formation, il y avait des clôtures tout autour et il fallait qu’on laisse nos cahier et tout le reste à l’intérieur quand on partait à la fin de la journée. On nous a fait monter sur un énorme navire de troupes, c’était pour la plupart des gens de la RAF avec quelques passagers canadiens, qui a pris la mer en direction de Gourock en Écosse, et puis on a commencé à contourner l’Irlande et à se diriger vers le sud. Il s’est avéré que, il se dirigeait vers l’Afrique du Sud. Et ça nous a pris plusieurs semaines pour arriver en Afrique du Sud parce qu’il y avait de nombreuses meutes de sous-marins allemands par là à l’époque et ils ont suivi un itinéraire indirect. Et on s’est retrouvés à Durban en Afrique du Sud sur l’autre côte. Et puis à Durban, en ce qui me concerne, j’ai été transbordé, je suis resté à Durban pendant dix jours et on est monté à bord d’un autre navire qui partait pour Bombay, pour l’Inde. Seulement à partir de là avons-nous su que nous allions en Inde. J’étais très excité à ce propos parce que je n’étais jamais allé en Inde et pas beaucoup de canadiens étaient allés en Inde, de mon âge en tout cas à cette époque et c’était une expérience toute nouvelle qui nous réjouissait à cet âge-là je pense. On est arrivés à Bombay (Inde) et on m’a envoyé à Bangalore (Inde), à l’intérieur des terres. Accessoirement, Bangalore est aujourd’hui une des capitales de la technologie de pointe en Inde, enfin ils appellent ça technologie de pointe. À cette époque, ce n’était pas le cas, il n’y avait pas grand-chose là-bas. Bangalore est à l’intérieur des terres et j’étais là-bas juste en attendant une affectation. Ils n’avaient pas tellement d’équipements radar en attente de personnel en Inde, des radars qui ne servait pas déjà. Alors ils m’ont affecté à, les Anglais m’ont affecté à une poste d’officier des transmissions dans une petite station dans la jungle appelée Avadi à l’extérieur de ce qui était à cette époque Madras, maintenant ça a changé de nom (Chennai) sur la côte est de l’Inde. Mais c’était pour l’arrière-pays, dans la jungle. Je suis resté là pendant quelques temps et ensuite j’ai été transféré à l’aéroport de Madras qui n’était pas très loin, qui s’appelait le Mont St Thomas du fait d’un précédent religieux. St Thomas aurait été là-bas de très nombreuses années auparavant. Et je faisais l’assistant officier des transmissions parce que je ne connaissais pas le boulot d’un officier des transmissions si bien que ça, c’était très différent du radar. Et j’en ai eu assez d’attendre et je me souviens avoir écrit au colonel d’aviation de la RAF à Bangalore disant : « Je suis mal employé et je devrais être sur un équipement radar ou avoir une affectation relative aux radars. » Et j’ai vu très vite le résultat. On m’a transféré à Ceylan, c’est aujourd’hui le Sri Lanka et j’ai eu ma première vraie affectation dans le sous-continent indien à Ceylan, ma première affectation réelle depuis l’Angleterre. J’étais sur cette plantation de thé habitant avec un planteur, avec quelqu’un d’autre de ma station. C’était ma première expérience évidemment sur une plantation de thé et c’était un bel endroit, un très bel endroit vraiment. Mais on commençait aussi à s’acclimater à ça après plusieurs mois au contact de la pauvreté, pas sur la plantation mais aux alentours, la pauvreté et aussi la chaleur, je me souviens de la chaleur. On trouvait la chaleur quasiment insupportable par moments à certaines périodes de l’année. Et puis la différence de culture. Mais on vivait dans ce qu’ils appelaient des cases, des cabanes délabrées en paille et on avait des sortes de lits faits avec des lanières de lins en travers, c’était en quelque sorte la partie matelas. On avait des moustiquaires, il fallait avoir des moustiquaires autour de nos lits en permanence la nuit et rentrées en bas parce l’un des gros soucis c’était de se faire piquer et d’attraper la dengue ou la malaria. Ce sont les deux maladies dont ces insectes sont porteurs et pratiquement tout le monde finissait par attraper l’une ou l’autre. J’ai attrapé la dengue et personne n’en savait très long à son sujet, sûrement pas au Canada mais là-bas, ils vous mettaient au lit et vous donnait un équivalent de l’aspirine et vous espériez que ça passerait et en général ça passait. Les conditions de travail… On avait des ateliers dans chaque station, que ce soit des escadrons ou des stations au sol, des ateliers avec tout l’équipement pour tester et ainsi de suite, par exemple des tubes cathodiques et puis des oscilloscopes et différentes choses. J’en ai oublié pas mal. Et on avait généralement un sous-officier supérieur, SNCO, qui en connaissait beaucoup plus long que nous sans doute et puis aussi quelques techniciens spécialisés, certains étaient canadiens d’autres non, et à eux tous ils arrivaient à maintenir les choses en état. Et à la fin, une certaine partie de l’équipement ne fonctionnait plus et ils n’arrivaient pas à le réparer et on avait l’habitude de le renvoyer et de recevoir des pièces de rechange, des sections, des morceaux entiers de radars. À la fin ils arrivaient à nous approvisionner et on les mettaient en place et on se débarrassait de ce qui ne fonctionnait pas. Souvent il fallait tester ces équipements, si c’était du matériel de vol il fallait le tester dans les airs, alors on faisait quelques vols d’essai pour tester l’équipement radar. J’ai accompagné une, je me souviens d’une longue patrouille, qui a duré 30 heures ou plus, parce qu’on avait des réservoirs de fuel supplémentaires sur les Catalina (Hydravions Catalina, à voilure fixe). Je me suis retrouvé dans un escadron de Catalina, qui s’occupe du sauvetage air/mer. En premier au large de, la côte ouest, remontée près de Karachi, qui est maintenant au Pakistan, et puis détachement à, c’était au large de la côte est, notre base près de Calcutta remontant la rivière Hooghly depuis Calcutta et cette longue patrouille est descendue dans la Baie du Bengale pour repêcher des survivants ou des gens qui avaient été descendus par les Japonais au dessus de la Baie du Bengale. Et c’était un voyage passionnant pour moi parce que je n’étais pas un membre d’équipage mais je m’étais porté volontaire pour monter là-haut et j’étais content que le capitaine, et c’est tout à son crédit, ait dit : « Une paire d’yeux supplémentaires ne sera pas de trop. » Juillet 1945 j’ai été affecté. On m’a dit en Inde, j’étais alors dans cette station de Red Hills Lake près de Madras et cet escadron de la RAF. On m’a dit que j’allais être rapatrié. À ce moment-là, tous les Canadiens tout autour du globe ont soudain été rapatriés quand la guerre en Europe s’est terminée. On se battait dans une guerre différente mais les canadiens nous ont ramenés tous chez nous parce qu’ils voulaient qu’on s’engage et nous proposer une aventure dans le Pacifique si vous voulez, pour combattre les Japonais dans des unités canadiennes. Ça s’appliquait au radar aussi bien qu’à d’autres parties et à l’armée de terre. J’étais à bord du navire qui faisait le voyage d’Inde en Angleterre, ça faisait partie du truc de rapatriement, quand la bombe atomique a été larguée, la première, sur les Japonais. Et on n’a pas su grand-chose à ce propos sur notre navire de troupes, on a juste appris qu’une nouvelle sorte de bombe avait été larguée sur les Japonais et puis un jour ou deux après, une autre et immédiatement, la guerre contre les Japonais était terminée elle aussi. On était toujours en haute mer.
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