Témoignages d'anciens combattants:
Pamela MacLeod (née Whitehead)

Civil

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  • Prisonnier de la guerre australien John Meanly.

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"Pam, il faut vraiment que je vous remercie vous et votre Croix Rouge pour l’excellent travail que vous faites avec nous quand on passe par vos postes de secours, sur le chemin du retour de Corée."

Transcription

Je travaillais pour la Croix Rouge (australienne) depuis des années. J’ai suivi ma, ma formation avec la Croix Rouge et à l’époque ça s’appelait thérapie récréative. C’était une formation d’un an, c’était avant que la formation d’ergothérapeute existe à l’université et la Croix Rouge proposait une formation équivalente à celle d’ergothérapeute.

Et à la fin, j’ai travaillé dans un hôpital de l’armée de l’air australienne à Laverton et de là on m’a affectée là-bas, un grand changement entre les visites hospitalières et les activités manuelles et l’unité de campagne et on m’a demandé si j’accepterais de partir au Japon et en Corée. Et même si j’avais deux ans de moins, ils préféraient les gens de 25 ans et j’en avais 23. Mais j’avais déjà eu l’expérience et je pense qu’ils avaient le sentiment que je n’allais pas être déchainée avec tous ces hommes là-bas. Alors c’est ce qui s’est passé et donc j’ai été affectée dans l’unité au Japon et en Corée. Je suis partie en avion et je ne suis restée qu’une semaine au Japon pour rencontrer le commandant et l’infirmière en chef et recevoir mon équipement et ensuite je suis partie en Corée et suis restée là-bas pendant cinq ou six mois environ.

L’ergothérapie ça n’avait pas tenu en réalité, il y avait tellement d’autres choses qui se passaient. On, quand les blessés arrivaient, on, en général ils arrivaient sans rien, on s’efforçait de leur procurer des kits de rasage, du savon et des choses comme ça et vraiment, s’ils étaient l’objet d’une évacuation médicale au Japon pour aller à l’hôpital là-bas, on faisait attention à ce qu’ils se sentent bien et qu’ils aient tout ce dont ils avaient besoin. Et ensuite on allait à l’aéroport avec eux et on les voyait dans les avions qui servaient à l’évacuation au retour du Japon. Et aussi s’ils ne pouvaient pas écrire, j’écrivais des lettres à leurs familles et aussi nombre de commandants ne savaient pas où leurs hommes étaient partis après la bataille, alors j’écrivais aux commandants pour leur faire savoir où ils étaient et ce qui leur était arrivé.

Et aussi on, c’était un Britcomm (hôpital anglais du Commonwealth) parce qu’à ce moment-là, le poste de secours en campagne canadien (poste de secours situé à proximité des lignes de front) n’avaient pas d’endroit pour loger les infirmières et la Croix Rouge. Donc en général on allait du Britcomm à Séoul au 25ème poste de secours en campagne, deux fois par semaine. Et on devait aussi jeter un coup d’œil sur le 121ème hôpital d’évacuation qui était un hôpital américain parce que quelquefois, certains garçons étaient transportés en hélicoptère jusqu’à l’hôpital. Et on ne nous le faisait pas toujours savoir, alors on y allait pour se renseigner. Et si on en trouvait, on prenait alors les dispositions pour les rapatrier sur l’hôpital anglais du Commonwealth.

Mais c’était surtout je pense il fallait faire tout ce qui avait besoin d’être fait. Et bien sûr, il fallait rendre visite aux patients tous les jours et le, sans aucun doute ceux qui étaient mobiles aussi. Et ça prenait beaucoup de temps. Et on organisait aussi des jeux pour eux et ils adoraient le Bingo. Et des choses comme ça, tout ce qui les aidait à penser à autre chose. La lecture pour ceux qui ne pouvaient pas lire tout seuls et les journées passaient vite.

Quand il y a eu de quoi se loger au 25ème poste de secours en campagne, alors on m’a affectée là-bas et j’y suis restée plusieurs mois et on allait rendre visite de temps en temps aux ambulances de campagne (unités médicales mobiles à proximité des lignes de front) et on faisait le même genre de choses. On avait une baraque pour la Croix Rouge, c’était seulement une sorte de bâtiment de type Quonset et les patients mobiles pouvaient venir là et écrire des lettres ou jouer au ping-pong ou faire ce qu’ils voulaient. Et il y avait toujours une d’entre nous de garde là-bas.

Je me souviens que tout était kaki et l’ensemble était peu flatteur et j’ai demandé au quartier-maître de me donner de la peinture et une brosse et j’ai dit que j’allais faire la peinture moi-même. Mais il a répondu non, qu’il ne me donnerais ni peinture ni brosse, alors je suis sortie et j’ai réussi à grappiller un peu de peinture verte et j’ai tout repeint avec un blaireau. Et c’était beaucoup plus joli.

Une des choses qui étaient vraiment, très intéressante c’est que je me suis occupée des échanges de prisonniers de guerre. Alors c’était plutôt, c’était quelque chose. Et j’ai apporté un livre qui, on est allés, on ne savait pas quels étaient les prisonniers qui allaient être relâchés chaque jour et vous espériez toujours que quelques uns de vos patients du British Commonwealth allaient en faire partie. Mais bien sûr, il y avait beaucoup d’Américains et il y avait, ensuite beaucoup de British Commonwealth ont commencé à sortir. Et on passait notre temps au 121ème (hôpital d’évacuation), juste pour voir qui sortait. Et puis un jour, un des Américains m’a interpellée : » Vous allez être contente demain Oz ! » Et je suis allée vers lui pour lui parler et j’ai dit : « Pourquoi ? » Et il a dit : « Il y a des gars à vous qui vont sortir demain. » Il a dit : « Ils venaient d’arriver à Munsan-ni (Corée du Sud, aujourd’hui appelée Munsan) quand je suis parti. » Alors je suis montée à Munsan-ni le lendemain et j’ai pu les retrouver à leur sortie. C’était le point d’échange, ils les faisaient venir de Panmujom (village situé sur le 38ème parallèle) et à Munsan-ni et puis je suis allée là-bas. Et vous devez avoir toutes sortes de papiers d’identité pour monter le et tout le reste, alors j’ai apporté tout ce que j’avais.

Et on leur donnait, les gars du Gloucester (Régiment, le régiment avait été encerclé par un nombre de soldats chinois très supérieur au leur sur la Colline 235 pendant la bataille de la rivière Imjin, du 22 au 25 avril 1951) avaient été rudement touchés au tout début de la guerre et alors ils étaient prisonniers depuis très longtemps. Et je les ai retrouvés alors qu’ils sortaient et il y avait, quand ils quittaient les Nord-coréens, ou les Chinois, on leur donnait un petit livre du souvenir. Et la plupart d’entre eux les jetaient du camion dès qu’ils s’éloignaient de Panmunjom. Et on leur donnait aussi ces avec ces (un tissu brodé avec une colombe et une baie). Or, je pense que c’est censé être une baie mais je le regarde à chaque fois et je pense que ça ressemble à du sang et je me demande si ça voulait dire une colombe de la paix mais on pourrait bien revenir, vous savez.

Chaque groupe de prisonniers de guerre qui sortait n’avait jamais vu le couronnement de la Reine (la Reine Elizabeth II dont le couronnement eut lieu le 2 juin 1953). Alors on montrait à chaque groupe le couronnement et c’était un de ceux qui attendait de voir le film. J’ai dû le voir une centaine de fois.

(Conditions de vie dans le 25ème poste de secours) C’était simplement des petits bâtiments de type Quonset et on en avait un pour les sœurs infirmières et la Croix Rouge et il y avait généralement la Croix Rouge canadienne et moi-même et de temps à autres la Croix Rouge anglaise mais ils restaient principalement au Britcomm à Séoul et ils étaient chauffés avec des poêles genre Godin et on avait des toilettes avec trois trous. J’évitais toujours de m’en servir quand il y avait déjà quelqu’un. Ce n’était pas trop mon style. Et la salle à manger des officiers c’était un autre baraquement de type Quonset et on prenait tous nos repas là-bas. Et puis j’avais ma Croix Rouge. C’était une grande tente plutôt qu’une structure Quonset et l’hôpital en fait c’était plusieurs baraques de type Quonset rassemblées, mises ensemble. Et c’était vraiment basique tout ça.

Je veux dire, quand les choses s’étaient calmées et que ça parlait à tout va, il y avait des choses à faire. Je me souviens d’un dimanche matin, un des docteurs avait entendu parlé de quelqu’un qui faisait de bonnes glaces quelque part dans le centre ville. Je crois que c’était à une demi-heure de marche à peu près. Alors tous les deux on est partis à pied pour manger une glace et on s’est retrouvés au milieu d’une des émeutes d’étudiants. Ils font très fort côté émeutes estudiantines en Corée. Encore aujourd’hui. Et en tout cas, on a acheté nos glaces et on est partis de là au plus vite. Mais ils avaient l’habitude d’organiser des soirées dansantes à l’hôtel Chosun qui était le meilleur hôtel, un grand, à Séoul, tenu par les Américains. Et alors il y avait toujours des soirées dansantes le samedi soir, alors quand tout était calme, quelques uns d’entre nous pouvait aller là-bas en groupe et se détendre et tous les différents mess avaient plus ou moins un club ou quelque chose comme ça. Les clubs américains étaient assez différents de nos mess mais, bon, bien mieux meublés pour commencer. Et aussi ils organisaient des parties de Bingo là dedans et souvent il y avait quelqu’un qui jouait du piano. Et les nôtres c’était juste le minimum, vraiment.

Je ne buvais pas d’alcool et je crois que l’une des choses que j’ai toujours pensé c’est qu’ils nous respectaient beaucoup et personne n’a jamais essayé de mettre quelque chose dans ma boisson. Et je pense que ça veut tout dire, vraiment. Et personne ne m’a jamais fait des avances. Je crois qu’ils nous respectaient à cause du travail qu’on accomplissait. La lettre que j’ai reçue de ce jeune soldat, raconte bien ça aussi je pense : « Chère Pam, juste quelques mots pour vous dire que je vais bien et que je passe la journée en visite, en attendant le jour où je vais retourner chez moi en permission. Pam, il faut vraiment que je vous remercie vous et votre Croix Rouge pour l’excellent travail que vous faites avec nous quand on passe par vos postes de secours, sur le chemin du retour de Corée. »

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