Témoignages d'anciens combattants:
Rudolf “Rudi” Walter

Forces aériennes

  • Rudolf Walter
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"Pour les Américains c’était fini après 25 ou 30 missions (aériennes). Les Américains, on les retirait. Pas pareil dans l’armée de l’air allemande. Vous continuiez à voler jusqu’à votre retour à la maison ou…"

Transcription

Après la Première Guerre mondiale, le contrat de Versailles (traité qui forçait l’Allemagne à payer des indemnités de guerre et limiter sa force militaire), l’Allemagne était épouvantablement pour tout. Pas possible de faire ci, il y avait tellement de choses qu’ils ne pouvaient pas faire. Les gens étaient tellement pauvres que les parents, quand les enfants sont à ce point affamés, c’est là que ça devient très risqué avec les gens. Et puis évidemment, ils se fichaient de qui aller arriver au pouvoir. Les Partis communistes étaient vraiment très importants. Évidemment, les communistes étaient connus pour leur extrême paresse, ils ne voulaient pas travailler, ils se fichaient pas mal de ce qui se passait. Et alors Hitler s’est présenté, évidemment, et il a promis à tous, « donnez-moi quatre ans et je vais faire en sorte d’arrêter tout ça. » En fait à travers toute cette misère, Hitler est arrivé, seulement parce que les autres (les autres partis politiques allemands) n’arrivaient à rien. Je veux dire, personne ne savait vraiment ce qui se cachait derrière cela (le nazisme), ce qui s’est révélé désastreux pour les Allemands par la suite.

J’appartenais à un groupe de jeune de l’église protestante luthérienne et on construisait des sortes de planeurs, avec juste du bois et de la toile et autre. Quatre semaines avant d’être appelé sous les drapeaux en 1939, je me suis porté volontaire parce que ça me donnait le choix de là où je voulais aller. Alors comme j’étais inscrit sur la liste des volontaires, ils m’ont formé en tant que pilote. L’entraînement de pilote comme c’était un entrainement élémentaire, on s’entraînait seulement sur des petits avions et ça ne durait pas tout à fait quatre ans. Évidemment, plus tard quand la guerre est devenue plus importante, évidemment, les gens suivaient un entrainement beaucoup plus court.

Après la formation, j’ai terminé en janvier 1943. Quand j’ai eu fini, j’ai eu le choix entre pilote de chasse et pilote de bombardier. Je n’aurais jamais vraiment pu être pilote de chasse. Je voulais devenir pilote de bombardier. C’est là que je suis entré dans une unité de bombardiers et l’escadre s’appelait la KG55 (Kampfgeschader 55 « Grief » (escadre de combat 55)). Toutes mes missions ont eu lieu en Russie et on faisait décoller 30 avions d’un terrain la nuit. Toutes les 30 secondes on faisait décoller deux avions de deux terrains d’aviation : 30 avions de l’un et 30 de l’autre.

Je ne m’attendais pas à autre chose. Mais je ne savais pas que c’était aussi rude. Je veux dire, vous voliez une nuit sur deux dans des missions de longue durée, une nuit, vous faites un mission de courte durée, ils appellent ça une mission de deux heures et la deuxième nuit, vous effectuez un vol de six heures d’affilée de nuit. Mais c’est assez brutal, tout le truc.

Pour les Américains c’était fini après 25 ou 30 missions (aériennes). Les Américains, on les retirait. Pas pareil dans l’armée de l’air allemande. Vous continuiez à voler jusqu’à votre retour à la maison ou… J’ai fait 67 missions de bombardement.

On ne faisait que des missions au-dessus de la (rivière) Vistule de manière à empêcher les Russes de traverser le fleuve de nuit et entrer en Allemagne. Mais ils (les escadrons de bombardement allemandes) ont fini par manquer de carburant et alors on nous a retiré en octobre 1944 et on s’est retrouvés en Bavière en janvier 1945. On m’a formé à nouveau pour devenir pilote de chasse.

Voyez, en fait à la fin de la guerre, il n’y avait plus beaucoup de gens (bons pour le service) en Allemagne. Et quand vous sortiez du terrain d’aviation, parfois vous vous faisiez pincer immédiatement (par les avions de chasse alliés). Entre Prague et Pilsen (Tchécoslovaquie), j’ai vu un groupe d’avions, entre quinze et vingt, mais je savais que ça ne pouvait pas être des Allemands parce que les Allemands n’avaient plus autant d’avions de chasse. Et c’était des avions de chasse, ça se voyait. Alors bien sûr j’ai fait demi-tour. Puis j’ai remarqué que mon refroidisseur d’huile était endommagé et la pression descendait, la température montait et j’ai dit : « Je ferais mieux d’essayer un terrain pour sauver l’avion. » Et il y avait un terrain gazonné juste en dessous, alors j’ai fait glisser l’avion dessus en quelque sorte. J’ai fait une erreur ; j’ai laissé le train sorti parce que je voulais sauver l’avion. Je ne savais pas qu’au milieu de cette prairie il y avait un petit cours d’eau. Je faisais du 50 km/heure, j’ai posé l’avion et j’allais à 50 à l’heure à peu près quand les roues ont heurté ce petit ruisseau. J’ai retourné l’avion, c’était encore trop rapide, la verrière s’est envolée et j’étais complètement à l’extérieur parce que la cabine était toute écrabouillée. J’avais une fracture du crâne et des blessures internes à cause du manche.

Ils m’ont emmené à l’hôpital à Prague. Prague était une ville de la Croix Rouge à ce moment-là. Et ils offraient les meilleurs soins avec des médecins allemands et ma fracture du crâne et j’avais une hémorragie interne sûrement, l’estomac et les intestins. Et on m’a opéré pendant sept heures environ mais ils avaient des spécialistes là-bas, de très bons spécialistes à ce moment-là.

Quelques temps plus tard, les Russes étaient plus proches, ils arrivaient. Vous entendiez l’artillerie des Russes, très faible. J’avais entendu dire que les Russes, quand ils arrivaient, ils ouvraient juste les fenêtres, regardaient les gens et quand ils trouvaient qu’il n’y avait pas de guérison possible, ils les passaient tout simplement par la fenêtre. J’ai dit, « je ne veux pas être l’un d’eux. » Nous avons traversé la frontière (de la Bavière avec un messager en moto)et de là on m’a emmené à Salzbourg (en Autriche) et deux jours plus tard, les Américains sont arrivés.

Et après ma démobilisation et j’ai travaillé là-bas (en Allemagne) jusqu’en 1950 à peu près. C’est là que j’ai immigré au Canada. Parce qu’il n’y avait aucun espoir pour moi, je ne pouvais pas rentrer chez moi parce que ma maison se trouvait à Gottesburg (Boguszow-Gorce) ; et qui était désormais polonaise. Évidemment nous ne pouvions pas rentrer chez nous..

Je n’ai pas à me plaindre, je suis venu dans ce pays, je repris mes études et j’ai passé un diplôme de chimiste, dans la chimie j’ai commencé à travailler dans l’industrie du papier et je me suis bien débrouillé. Le Canada m’a beaucoup apporté.

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