Témoignages d'anciens combattants:
Jan “Dutchie” de Vries

Armée

  • Jan de Vries en juillet 1943 à Scarborough, Ontario, lorsqu'il était en permission avant d'être envoyé en outremer. Il n'était pas encore un pararchutiste qualifié.

    Jan de Vries
  • Jan de Vries en 1944.

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  • Les bottes de Jan de Vries.

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  • Le V-42, un couteau de combat.

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  • Blouse de parachute de Jan de Vries.

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  • Jan de Vries en 2009.

    Historica Canada
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"j’ai tiré, et là, j’ai eu le choc de ma vie. Il y avait toute une rangée de jeunes Allemands en uniforme avec des bazookas, des mitraillettes et tout le tralala."

Transcription

Je suis né en Hollande dans une ville appelée Leeuwarden et je suis venu ici en 1930, à l’âge de six ans. À notre arrivée, mon père m’a dit : « Tu es au Canada maintenant, sois un Canadien. » Et c’est ce que je suis devenu.

Alors, je suis parti pour Bulford, en Angleterre, et pour Salisbury Plain, d’où tous les parachutistes non qualifiés étaient immédiatement envoyés à Ringway, en Angleterre [une installation d’entraînement en parachutisme de la RAF (Force aérienne anglaise)]; à cet endroit, on nous formait et il fallait qu’on saute, qu’on fasse trois sauts d’une montgolfière, deux de jour et un de nuit. Et puis cinq d’un aéronef avec un trou dans le fond. Si on ne s’arquait pas le dos pour dégager notre parachute, on basculait vers l’avant et on allait cogner le côté opposé du trou. Il y en avait beaucoup qui saignaient du nez ou qui se cassaient le nez dans ces exercices-là.

J’ai réussi à m’arquer le dos et à faire passer mon parachute, mais mon premier saut m’a donné un gros frisson d’émotion. On tombait pendant environ 180 ou 200 pieds, puis on entendait ensuite un joli petit bruissement. C’est juste par après qu’on a su qu’on n’avait pas besoin du souffle de l’hélice ou d’un avion qui vole à 100 milles à l’heure pour que le parachute s’ouvre; c’est seulement la vitesse de chute de notre corps qui ouvre le parachute. C’est pour ça que ça prenait du temps. De toute façon, on m’a donné du fil à retordre parce que je ne faisais pas attention à ce qu’on me disait. J’étais tellement content que mon parachute se soit ouvert que j’ai décidé d’admirer le paysage. Au diable les instructions qui me venaient d’en bas.

Quand je suis arrivé outre-mer, je n’avais jamais utilisé d’arme à feu. Alors quand je suis allé sur les champs de tir et qu’ils ont vu ma cible, ils m’ont dit : « Tu ferais mieux de prendre une mitraillette Sten pour les pulvériser », parce qu’ils se sont dit que je ne pourrais pas tirer avec assez de précision.

Je suis devenu bombardier et j’ai participé au jour J, avec ma mitraillette, sept chargeurs de rechange dans une cartouchière en bandoulière, un mortier de deux pouces avec six obus de mortier dans une gaine, toutes sortes de grenades. Et c’était ma responsabilité : si l’ennemi s’approchait, je devais l’éliminer avec une grenade ou ma mitraillette Sten.

Le 5 juin, on est retourné aux avions à Harwell. C’était des bombardiers Albemarle et ils avaient un trou de la grandeur d’un bain, pas le petit trou de trois pieds de diamètre des Whitley. On aimait mieux ça. On est allés en avion et ça s’est bien passé. La seule chose à laquelle je pensais…, personne ne parlait. Il y avait seulement 10 hommes dans un groupe de saut [une équipe] pour chaque bombardier. Je les ai laissé croire que c’était un raid de bombardement à Paris. Lorsqu’on est arrivés au-dessus des côtes françaises, la AAA [artillerie antiaérienne] est arrivée et on pouvait voir les lueurs des explosions et je ne sais quoi d’autre. En tout cas, le pilote était nerveux et il a pris une mesure d’évitement, comme la plupart des pilotes. Ils étaient tous verts, comme nous autres.

On fonçait sur les Allemands qui étaient en guerre depuis cinq ans, mais nous, on ne s’était encore jamais battus. À cause de sa mesure d’évitement, le pilote s’est perdu dans la zone de largage où on était censés sauter. Il s’est débarrassé de nous en allumant la lumière. J’ai atterri dans un champ. Je n’avais aucune idée de l’endroit où je me trouvais ni mes camarades non plus, parce ça nous avait pris trop de temps à sortir de l’avion et à nous démêler de nos harnais. Mais je me souviens d’un gars qui était assis de l’autre côté du trou avec une charge Bangalore autour du cou..., on l’a fait prisonnier de guerre et il est mort en Tchécoslovaquie. Pour une raison ou une autre, les Allemands ont tiré dessus et l’ont tué.

On approchait des Ardennes, en Belgique, de la Bataille des Ardennes, et on était une division déjà toute formée. Alors, le jour de Noël, on est entrés en Belgique, puis dans Rochefort, Roy et Bande. C’est à B-A-N-D-E que les Allemands avaient tiré la veille sur 35 jeunes Belges pour se venger de quelque chose qui s’était passé; ils leur avaient tiré dans la nuque et les avaient lancés dans une sorte de cave. J’y suis retourné depuis pour y mettre une plaque.

Puis après cela, on est allés en Hollande pour relever une division; on a perdu quelques hommes. On était de l’autre côté du fleuve, en face de l’Allemagne, à Roermond. Finalement, je pense que c’était au mois de février, vers la fin de février, on est retournés en Angleterre pour avoir du renfort, pour se regrouper, et on a été parachutés sur le Rhin, en Allemagne. C’était très différent de notre largage de nuit en France. Il était 10 h du matin et c’était une belle journée ensoleillée. Les Allemands nous attendaient et ils ont ouvert le feu sur nous, alors qu’on sortait de l’avion. Ils ont abattu environ 30 avions et ont tiré sur bon nombre de nos hommes. Le champ était couvert de gars qui avaient été tués ou blessés. J’entendais des balles siffler autour de moi. J’ai levé les yeux et j’ai vu que mon parachute était plein de trous. Pour mon atterrissage, j’avais choisi un endroit précis, mais le vent a pris dans mon parachute et m’a emmené dans les arbres à la place. J’ai cassé un tas de branches en descendant et le voile est resté pris dans le haut d’un arbre. J’étais encore à environ sept pieds du sol. Je n’arrivais pas à remonter le genou pour attraper mon couteau et me libérer. Je regardais les branches tomber et je me disais : ça y est, mon heure est arrivée.

Mais deux Anglais sont venus. L’un d’eux a soulevé l’autre qui m’a attrapé par les chevilles, et, grâce à notre poids, mon voile s’est dégagé et on s’est retrouvés par terre, les uns sur les autres. Je me suis dépêché d’enlever mon harnais et je me suis mis à courir pour rattraper mes camarades, à l’endroit où on était censés se trouver pour donner l’assaut contre une maison de ferme. Depuis, un fermier m’a donné un shrapnel qui était encore pris dans la brique de sa maison. C’était pas mal intéressant. De toute façon, ce qui est arrivé en Allemagne […], on attaquait un village, ils nous laissaient passer, on les attaquait et on s’apercevait qu’ils étaient allés au prochain village, dans la zone d’environ 300 milles qu’on couvrait. On arrivait avec des chars d’assaut un jour, puis avec des camions un autre jour, et on continuait d’avancer avec les camions le troisième jour. Une fois, on est arrivés à un endroit appelé Wismar sur la mer Baltique; je ne savais trop, j’avais oublié le nom de la place, mais on me l’a confirmé. Ils ont ouvert le feu sur le devant de la colonne, alors que j’étais dans un des camions. On est tous sortis du camion en sautant par-dessus les côtés et on a cherché refuge dans les maisons qui étaient d’un bord et de l’autre du chemin.

Il y avait des haies partout devant les maisons, alors j’ai dû défoncer cette barrière; j’ai vu quelque chose bouger, j’ai tiré, et là, j’ai eu le choc de ma vie. Il y avait toute une rangée de jeunes Allemands en uniforme avec des bazookas, des mitraillettes et tout le tralala. On leur avait donné l’ordre d’ouvrir le feu contre les Russes. Par contre, ils devaient se rendre si c’était des soldats américains ou britanniques. J’ai eu de la chance... encore une fois.

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