Témoignages d'anciens combattants:
Ken Soper

Armée

  • Ken Soper
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"J’avais un nouveau dentier, de fausses dents, et je ne pouvais pas m’arrêter de jacasser. Les gars et moi avons décidé qu’il fallait faire quelque chose, les abattre. Comme je le dis, quand on est dans une telle situation, mon Dieu, on est stressé et on ne peut rien y faire."

Transcription

Une des plus intéressantes tâches que j’ai faite était d’aller entre les compagnies. On faisait cela quand nous étions dans une position défensive, mais l’ennemi n’était pas loin, et quand l’on compilait des statistiques de rations. Nous avions cinq compagnies et elles étaient dispersées, et le quartier général devait savoir il y avait combien de bouches à nourrir. J’ai fait ça pendant environ trois mois. Ça m’a marqué. C’était très intéressant, parce que je sortais souvent la nuit, presque dans le no man’s land.

J’ai passé la période suivante en Corée dans ce que nous appelions le BDB, le bureau du bataillon. Le bureau du bataillon était situé environ trois miles derrière les combats, et il est commandé par ce qu’ils appelaient un assistant-adjudant. L’adjudant est plus haut et l’assistant travaille dans ce BDB, et ils ont deux ou trois commis. Dans une certaine mesure, c’est ce que j’ai fait dans la dernière partie de la guerre. J’étais l’opérateur du Télétype, et je pouvais donc faire mon travail en dactylographiant ce qu’il fallait dactylographier. Je n’ai pas été impliqué dans beaucoup de combats directs, mais j’étais sur la ligne de front, et l’ennemi était tout près, et il y avait des combats.

Des combats se déroulaient derrière nous également. Eh bien, ils étaient avertis des patrouilles qui approchaient, ils ont fait une percée et l’enfer s’est déchaîné; c’était ma première expérience de combat. J’avais un nouveau dentier, de fausses dents, et je ne pouvais pas m’arrêter de jacasser. Les gars et moi avons décidé qu’il fallait faire quelque chose, les abattre. Comme je le dis, quand on est dans une telle situation, mon Dieu, on est stressé et on ne peut rien y faire.

Notre première expérience était peut-être quelques semaines après que nous soyions arrivés. Ils nous ont mis, en fait, où étaient des troupes turques; elles se retiraient et notre bataillon les remplaçait dans une position défensive. Ils étaient partout sur les collines, parce que tout était disputé sur le flanc des collines, et c’est là où nous nous trouvions. Nous avions des pistolets mitrailleurs Sten, mais nous utilisions davantage une mitraillette Bren et notre carabine. C’était notre principale défense. Je n’ai pas été vraiment impliqué dans des combats, sauf à une distance de plusieurs centaines de verges, mais les batailles se déroulaient et les mortiers tombaient. Le premier matin, j’étais dans cette position, j’ai pris ma couverture et je l’ai derrière la tranchée, parce que nous creusions et nous mettions du camouflage. Mais, de toute manière, j’ai mis la couverture, et cela montre mon inexpérience. Ça n’a pas été long avant que les mortiers ne concentrent leur feu sur la vieille couverture, et l’officier l’a vue, puis le sergent est venu me faire la leçon en me disant que je donnais une cible à l’ennemi, aussi simplement que ça.

Eh bien, nous avons vu des victimes, mais pas beaucoup, parce que beaucoup de victimes étaient emmenées la nuit, dans des sacs. Mais j’en ai vu deux ou trois que l’OM [officier médical] devait examiner. Mais, vous savez, près d’où nous étions...Mais je n’en ai pas vu; il y avait beaucoup de Chinois, vous savez. Des corps, il y en avait plusieurs qui restaient dans plusieurs zones où ils n’avaient pas été correctement enterrés, ce genre de choses. Je n’ai pas vu beaucoup de mauvaises choses, si vous voyez ce que je veux dire.

J’étais inquiet de ma propre réaction. Je n’étais pas certain de la manière dont j’allais réagir, et j’étais ravi, d’une certaine manière, de ce que j’accomplissais. Il y a des gens qui ont été brisés et ne pouvaient y aller. Deux ou trois de mes amis proches se sont effondrés; c’en était trop pour eux.

 

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