Témoignages d'anciens combattants:
Gaston Dufort

Armée

  • Membres du personnel du Corps royal d'intendance de l'Armée canadienne à l'inauguration du Café Montréal, Tilburg, Pays-Bas, le 22 janvier 1945. M. Dufort service avec le C.R.I.A.C. pendant la campagne du nord-ouest de l'Europe en 1944-1945. Source: Capt. Ken Bell / Canada. Min. de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-140903
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    Bibliothèque et Archives Canada
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"Le premier qu’on a rentré dans l’hôpital, il était mort, mais on ne le savait pas. Quand je suis ressorti pour aller chercher l’autre, j’ai demandé où était l’autre et ils m’ont dit : « Oublie-le, il est mort »."

Transcription

Je me suis enrôlé parce qu’ils m’ont appelé, parce que sans cela je ne me serais pas enrôlé tu peux être sûr, mais j’ai été très bien dans l’armée par exemple. L’entrainement, j’ai bien aimé l’entrainement parce que ça nous met plus léger, ça nous fait du bien. Si j’avais encore cet âge-là, je recommencerais. J’ai été au travers, j’ai été en Europe. Et puis à part de ça, j’ai passé quatre ans et demi en Europe, puis six mois après la guerre j’étais encore en Europe. Moi, j’étais chauffeur de camion. Je charroyais (transportais) de la nourriture pour les soldats. Puis après la guerre, j’ai passé six mois en Europe, en Allemagne pour faire l’armée d’occupation. Ça, là j’ai bien apprécié ça. Au bout de six mois, ils m’ont rappelé et je m’en suis venu au Canada. Quand je suis parti, j’étais en Allemagne, là en Allemagne ils m’ont ramené en France. En France, ils m’ont embarqué sur le bateau et j’ai traversé en Angleterre. Là, en Angleterre, j’ai passé un mois en Angleterre. J’ai été en Écosse voir de quoi ça avait de l’air. J’ai fait quelques pays par là. J’ai été un mois après la guerre et je suis resté en Angleterre. Au bout d’un mois, ils ont décidé de m’envoyer (au Canada) par bateau. J’ai fait une très belle traversée à part de ça. Ça, ce sont de bons souvenirs. (La vie au front.) J’ai débarqué en France pour commencer. Là, ils nous ont embarqués dans un train, là ils m’ont débarqué en Belgique avec ma « gang » que j’avais, c’était tous des chauffeurs de camion. Là, on a été mangé, mais mes compagnons c’était tous des Anglais. Quand on a été pour manger la « waitress » (serveuse belge) elle a dit. C’était tous des Anglais, personne ne pouvait lui répondre. Je lui ai dit : « Qu’est-ce que tu veux? » en français, elle m’a dit : « Vous parlez français, vous? ». « Ben oui, je viens du Canada, mais je parle français ». Je te dis qu’elle était contente quand je lui ai dit ça. Les gars qui étaient avec moi, je lui disais ce qu’ils voulaient avoir. Mes compagnons ont tous bien mangé et moi aussi. La nourriture là, parfois il faillait s’en passer parce qu’il n’y en avait pas. Il y a des fois où il y en avait de trop. J’ai vu parfois sur les routes... J’étais en Hollande dans le temps, j’ai arrêté sur la route et j’avais faim. J’ai arrêté où il y avait une ferme. J’ai mis mon camion sur le bord de la route et j’ai été dans la ferme. Là, j’ai été demandé pour avoir quelque chose à manger et ils m’en ont donné. C’était en Hollande ça. Ç’a été un très beau voyage. Moi, j’appelle ça comme un voyage parce qu’il ne m’est rien arrivé. (Vers la fin de la guerre en Allemagne.) J’avais un voyage de gazoline et puis là il fallait que j’aille porter ça sur le Rhin avant qu’on traverse en Allemagne. Je suis arrivé là avec mon camion puis dans la côte qu’il fallait que je descende il y avait un camion qui était pris. Puis là, avant que je descende dans la côte, ils sont venus me trouver et ils m’ont dit : « Peux-tu essayer de l’ôter de là? » J’ai dit : « Moi là, je vais te dire franchement, je vais sortir ma chaine, tu la prendras et tu la mettras sur l’autre camion quand je passerai. Mais, quand elle sera attachée, tu lâcheras un cri. Je vais te sortir de là ». Puis c’est ça que j’ai fait. En passant à côté, les chaines se sont prises et je l’ai sorti de là. J’ai glissé quand je suis arrivé avec la gazoline. Arrivé en bas sur le bord d’un canal, dont je ne me rappelle plus du nom par exemple, on a déchargé notre voyage bien plus vite que nous l’avions chargé. On est parti, on est allé se cacher au loin avec nos chaines et un camion. Ce n’était pas un cadeau cette fois-là. Là, ils m’ont fait peur pas mal. Parce que, l’autre bord, ils envoyaient des petits obus, je n’aimais pas ça les voir. (Pendant l’occupation de l’Allemagne.) J’ai vu les Allemands rien qu’après la guerre. J’ai fait six mois dans l’armée d’occupation en Allemagne. Et là, j’en ai vu de toute sorte, des bons et des pas bons. Les Allemands, quand ils s’en venaient après la guerre, les Allemands sur la rue, ils avaient leurs casques sur la tête, on les arrêtait et on leur disait « Ôte ton casque! ». S’ils ne voulaient pas l’ôter, on l’ôtait nous autres et on mettait nos pieds dessus puis on lui disait : « Va-t’en! » Ça, j’ai fait ça trois ou quatre fois. J’ai passé six mois en Allemagne après la guerre. Quand j’ai chauffé une ambulance, je passais devant une place où il y avait des enfants qui allaient à l’école. C’était en Allemagne. Je voyais des enfants qui étaient dehors en train de s’amuser. Une journée, je me décide et j’arrête. J’avais des boîtes de Life Savers (friandises) avec moi. Je débarque de mon camion. En débarquant, quand ils m’ont vu, ils se sont tous sauvés dans l’école. Ils ont eu peur. Là, j’ai cogné dans la porte et c’est la maîtresse qui est venue ouvrir la porte. J’ai dit à la maîtresse : « Voilà deux boites de Life Savers. Tu donneras ça aux enfants. » J’ai viré de bord et j’ai embarqué dans mon camion. Le lendemain, je suis repassé à la même place. Là, les enfants étaient tous dehors. Ils m’ont dit d’arrêter, ils sont tous venus contre le camion et je leur ai donné encore des Life Savers. Moi, ça ne me coutait rien parce que je les avais de l’armée pour rien. Ça, c’est un bon moment que j’ai aimé beaucoup. Donner des bonbons aux enfants, c’était bon. Quand je chauffais mon ambulance, j’ai ramassé deux soldats. La route sur laquelle j’étais, c’était une route glissante. Je me suis dit : « Lui, je vais le ramasser plus loin ». Comme de fait, ils ont glissé et ils ont percuté un arbre. Je les ai ramassés tous les deux à terre. J’étais tout seul. Je me suis mis dans le chemin et j’ai arrêté un autre camion de l’armée. J’ai dit au gars : « Viens m’aider. On va embarquer les gars dans mon ambulance. » J’ai embarqué les deux dans mon ambulance. C’était un sergent puis un major. Je les ai emmenés à l’hôpital. J’ai demandé qu’on me donne un coup de main. Le premier qu’on a rentré dans l’hôpital, il était mort, mais on ne le savait pas. Quand je suis ressorti pour aller chercher l’autre, j’ai demandé où était l’autre et ils m’ont dit : « Oublie-le, il est mort ». C’est là que j’ai su qu’il était mort. Mais le major est mort en venant, lui.
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