Témoignages d'anciens combattants:
Phil Cockburn

Armée

  • Phil Cockburn, 2010.

    Phil Cockburn
  • Philip Cockburn, 2010.

    R. J. Brown Studio
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"On a eu assez de chance pour en revenir. Il y en a beaucoup qui ne sont pas revenus."

Transcription

Quand le jour J est arrivé, ça devait se passer le dimanche, le cinq juin au lieu du six juin, parce que la mer était trop agitée, ont-ils dit, alors ils ont annulé. Personne ne bouge, simplement tout le monde reste à sa place jusqu’au lendemain matin. Le lendemain matin – trois fois pire. La mer – terrible. On était sur une barge de débarquement de chars d’où ils pouvaient nous lancer là où ils le voulaient. C’est « portes baissées » (portes de la barge ouvertes), les chars sont descendus. Hors de cette barge de débarquement sur laquelle on se trouvait, il y en a cinq qui ne s’en sont pas sortis et notre char lui a réussi – un sur six chars. Il y a eu cinq chars éliminés juste là : 25 hommes, cinq chars.

Nos chars contenaient 640 litres d’essence et quand vous êtes frappé par un 88mm (canon antichar de l’artillerie allemande), et on s’est fait atteindre assez souvent, pas moi, ça ne m’est arrivé qu’une seule fois, mais c’est une bombe explosive qui sort d’un 88 et ça tombe sur votre char, ça passe à travers, des deux côtés… De l’autre côté, un gros trou là où il est entré : trou d’un diamètre de 7 à 10 centimètres. Et, bien sûr, avec ça, une bombe explosive, les brûle, ne pouvaient pas sortir. Ne pouvaient pas sortir du char. Ils ont été carbonisés juste là. On en a eu plein.

La mer était à ce point agitée. Si elle avait été calme on s’en serait probablement tous sortis, mais ce skipper qui était sur notre navire, sur notre bateau, il a dit portes baissées, et on était ahuris. Que voulez-vous dire portes baissées ? On était à des milles du rivage. On savait à peu près où on était à trois quarts de mille ou plus ; et on avait un char de 45 tonnes avec 32 coussins d’air et 8 supports, rien d’autre que ça. Il avançait à 4 nœuds à l’heure. C’est à dire les deux hélices à l’arrière. C’est de là qu’ils ont pris le char DD – Duplex Dive. Il avait des moteurs Chrysler. Trois par terre sur la plateforme et deux autres en haut, et c’était juste sur le côté du conducteur en fait ; donc quand ils ont été frappés, avec une telle quantité d’essence, c’était tout simplement incroyable. Pourquoi ont-ils envoyé un char avec le plein d’essence ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Pourquoi ces brigadiers et tous ces maréchaux, tout ça. Ils vous remplissaient les réservoirs d’essence et vous envoyaient là-bas, et un canon de 88mm vous fait sauter. Ce n’est pas très intelligent et on a simplement suivi notre route en quelque sorte. On a eu assez de chance pour en revenir. Il y en a beaucoup qui ne sont pas revenus.

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