Témoignages d'anciens combattants:
Paul Keith Morse

Marine

  • Officiers sur le pont du H.M.C.S. Ville de Québec, Lauzon, Québec, Canada, 1942. De gauche à droite: Lieutenant-commandant D.G. Jeffrey, officier commandant le H.M.C.S. Ville de Québec; Commandant J.M.L. Gauvreau. Lieu: Lauzon, Québec, Canada. Date: 1942. Photographe: Goulet, Guy Joseph Aimé.
    Numéro Mikan: 3400287.

    Paul Morse
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Transcription

J’avais vu la côte, oui. J’avais vu les avions. J’avais vu les tirs d’obus commencer et puis c’était juste tellement bruyant et tellement bondé que vous vous demandiez comment quoi que ce soit pourrait… Même dans les airs, et le bruit était épouvantable. Ce moment-là est celui où vous réalisiez finalement, quand les obus ont commencé à tomber et qu’il y a eu des choses qui explosaient, à ce moment-là vous compreniez que c’était pour de vrai. J’ai toujours dit ce jour-là soit vous êtes devenu un adulte soit vous n’en serez jamais un. J’ai ressenti la peur, oui. Ceux qui disent qu’ils n’étaient pas effrayés, je ne les crois pas, parce que l’agitation et le vacarme et les obus qui tombaient, et les mines qui explosaient, vous ne pouviez qu’être effrayé, mais vous vouliez atteindre le rivage. Il n’y avait pas de moment pour manger, pas de moment pour dormir. Du jour on est passé à la nuit, et de la nuit au jour. Vous avanciez toujours. Quand on est arrivés à Bretteville, on avait pris Bretteville, la ville de Bretteville, mais ce jour-là ils nous avaient bombardés toute la journée, des tirs d’obus constants pendant toute la journée et toute la nuit. Ça peut finir par vous atteindre au bout d’un moment – les bombardements permanents. Puis cette nuit-là les chars ont fait une percée à Bretteville. Ils ont traversé la ville entière. J’étais dans une tranchée et je creusais un trou ici. Notre quartier général était juste de l’autre côté de la route, et il y avait une espèce de rue. Quand je suis sorti le matin il y avait un char allemand là qui s’était fait descendre. Le chauffeur, comme je l’ai dit avant, il était à moitié en dehors du char, qui brûlait. Vous ne m’auriez pas fait aller dans un char. Mais ils étaient arrivés jusque là. Le beau-frère de ma femme s’est fait tué cette nuit-là aussi. J’ai pensé traverser pour aller jeter un coup d’œil sur eux, alors je suis sorti de mon trou, je suis allé de l’autre côté, et c’était une de ces pagailles. Il y avait une main ici, un bras par là. Ça a été une nuit terrible. Ils nous ont dit à tous, vous savez quand ça arrive, vous allez voir des choses pas jolies à voir. Mais, je suppose qu’on était comme les gens aujourd’hui quand on dit à la plupart des gens bon, vous savez c’est bien arrivé ; et ça passe par une oreille et ça sort par l’autre. Ça ne prend pas jusqu’à ce que vous soyez en plein dedans. Là ça prend. Oui, vous voyez bien tout un tas de choses. Je vois encore des choses.
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