Témoignages d'anciens combattants:
Bill Halcro

Armée

  • Bill Halcro, 2010.

    Historica Canada
  • Bill Halcro pendant un entrainement à Toronto, Ontario, 1943.

    Bill Halcro
  • Bill Halcro (au fond à gauche) avançant sur la plage de Juno Beach le jour-J, 1944.

    Bill Halcro
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"On était couchés au fond de la péniche de débarquement en quelque sorte. On sortait à intervalles réguliers. Ils appelaient ça des « vagues ». Le premier gars s’est levé, a été touché et il est tombé dans l’eau. Le deuxième gars, il a été touché au bras e"

Transcription

J’avais un cousin qui était là sur le bateau et je lui parlais. On lui avait fait sa coupe de cheveux ce jour-là. On passait le temps en se coupant les cheveux les uns les autres. Alors il avait le crâne rasé de chaque côté et on lui avait coupé les cheveux du dessus aux ciseaux – on appelait cette coupe la little beaver (NDT : genre de coupe à l’iroquoise mais avec un crête courte au centre) à l’époque. Alors j’ai dit, comment ça se fait que tu sois aller te faire couper les cheveux comme ça ? J’ai dit, qu’est-ce qu’elle va penser de ça ta petite amie en Angleterre ? Tu reviens avec une coupe comme ça ? Il a dit, mais je ne vais pas rentrer. Oh, j’ai répondu, c’est vraiment bête de parler comme ça. J’ai dit, que moi je pensais bien que j’allais rentrer. J’ai dit, qu’est-ce qu’elle va penser de tout ça ta petite amie ? Elle a sûrement dans la tête qu’elle allait se marier et partir au Canada. Bon, j’ai dit, bon comme tu ne vas pas rentrer, tu ne peux pas me passer son adresse et sa photo ; et moi j’irai la voir et je la ramènerai peut-être au Canada avec moi. Il a dit d’accord et a commencé à sortir toutes ces photos. J’ai dit, je te faisais juste un peu marcher. J’ai dit, je n’ai pas dit ça pour de bon. J’essayais seulement de te changer un peu les idées. Non, il n’allait pas rentrer, il disait. Il allait se faire tuer. En tout cas, je l’ai quitté là dessus, et ça a été la dernière fois qu’on s’est parlés. Il s’est bien fait tuer.

Nous (le Regina Rifles Regiment) sommes arrivés près du rivage. Ils nous tiraient dessus. On était couchés au fond de la péniche de débarquement en quelque sorte. On sortait à intervalles réguliers. Ils appelaient ça des « vagues ». Le premier gars s’est levé, a été touché et il est tombé dans l’eau. Le deuxième gars, il a été touché au bras et il était allongé sur la passerelle là-bas. Ensuite c’était mon tour. J’étais le troisième gars à sortir. Ils ont dû me hurler dessus par deux fois parce que j’étais pétrifié. Je ne pouvais pas bouger, vous savez. Je devais sortir et enjamber ce gars qui était allongé là, sauter dans l’eau, et j’ai réussi à atteindre la plage.

Il y a eu des explosifs qui ont creusé une sorte de trou dans le sol et je me mis par terre et me suis glissé en rampant dans l’un de ces trous. Je pensais que je serai en sécurité là dedans. Il y a un autre gars qui est descendu dedans avec moi. Quand on a été là dedans il y a quelque chose qui m’a dit qu’on ferait mieux de bouger de là. Et je lui ai dit, j’ai dit, il y a quelque chose qui me dit qu’il faut qu’on sorte de ce trou immédiatement. Et on venait à peine de sortir, on n’était pas allés loin, et un autre obus de mortier a atterri juste dans le même trou. Il a dit, comment tu as su qu’un de ces obus allait tomber dans le même trou ? Et bien, je ne sais pas, j’ai dit, il y a quelque chose qui m’a dit qu’il fallait qu’on bouge.

À trois heures de l’après-midi environ on s’est retrouvé dans un cimetière rien de moins. On devait se rassembler là-bas pour faire le compte ; et ce gars Armstrong, il s’était fait blesser mais il voulait quand même y aller. Il leur a fallu l’attacher et le fourguer dans une jeep pour finir. J’étais là à regarder tout ça ; et je pensais, il veut quand même y aller ? Moi je pensais, si j’ai l’occasion de partir d’ici, je filerai tellement vite qu’il n’y aura pas besoin de m’attacher ! (rire)

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