Témoignages d'anciens combattants:
Gordon Sampson

Armée

  • M. Sampson à Saskatoon lors d'une réunion du Royal Regina Rifles Regiment, en juin 2010.

    Historica Canada
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"et c’était un brin d’herbe qui bougeait. Je pensais que c’était un allemand, et c’est juste, il faisait sombre, très sombre. Je vous le dis, ça m’a fait une de ces peurs, une des pires que j’ai eues, je pense."

Transcription

Les premières 96 heures après qu’on soit descendus du bateau, on n’a pas dormi. Et je pense que la plus grande peur que j’ai eue c’était, on était dans nos tranchées à Bretteville, et on était toute une rangée avec deux gars par tranchée qui devaient monter la garde, et j’étais de garde à mon extrémité, et j’étais tellement fatigué et tellement faible, je pouvais voir cette chose qui faisait un signe de la main juste devant moi ; et j’ai dit à l’autre gars, j’ai dit, il y a un allemand là-bas. J’ai dit, je crois que je devrais tirer ; et il a dit, non, ne fais pas ça. Et juste au même moment j’ai jeté un autre coup d’œil dessus ; et c’était un brin d’herbe qui bougeait. Je pensais que c’était un allemand, et c’est juste, il faisait sombre, très sombre. Je vous le dis, ça m’a fait une de ces peurs, une des pires que j’ai eues, je pense.

Une bonne partie d’entre étaient sur le chemin du retour vers le camp. On était dans une ravine en descente et les allemands étaient en haut au dessus ; et ils tiraient sur nous. Le gars devant moi ; il est tombé, et puis je suis tombé sur lui ; et pendant ma chute, une balle traçante est passée tout près de moi. Je vous le dis, à une quinzaine de centimètres près, je ne serais pas ici aujourd’hui. On est tous arrivés sain et saufs dans notre régiment (Regina Rifles) en tout cas.

On était stationnés le long d’un remblai à 300 mètres environ de la côte et sur la côte ils avaient un bunker, un bunker allemand. À 10h30 du matin environ, la RAF est arrivée et elle nous a mitraillés ; et il a fait un deuxième passage au dessus de nous. Il n’a touché personne ; et on avait sorti notre balise, et je ne sais pas comment il a fait pour ne pas la voir de là-haut parce que nous on pouvait le voir à l’intérieur de l’avion. Quoi qu’il en soit, il est parti après le deuxième passage. Un de mes potes et moi-même on était, il y avait une maison en briques, il y avait quatre ou cinq maisons le long de là où on était, où on campait. Avec ce copain on a décidé qu’on allait aller faire du thé pour le reste. Il était environ trois heures de l’après-midi. On a fait le thé et j’étais debout près de la porte ; et j’allais sortir pour dire aux gars que le thé était prêt. En tout cas, juste à ce moment-là j’ai entendu cet avion arriver ; et j’ai dit à mon pote, j’ai dit, vite aux tranchées. Il a répondu, ne soit pas idiot. J’ai commencé à sortir et j’étais juste à la porte ; et il m’a attrapé, c’était grand gaillard, long bras, il m’a atteint et m’a attrapé par le col et m’a tiré d’un coup sec à l’intérieur. J’étais juste dans le coin de la maison près la porte et la vieille maison est partie dans ce sens, et dans celui-là ; et il n’en restait plus rien. J’étais enseveli sous un tas de décombres. L’autre gars, il se tenait au milieu de la pièce et il n’a pas été touché. Les trois gars qui étaient dans leurs tranchées, ils on été enterrés vivants. Ils ont largué deux bombes de 250 kilos juste au dessus de la route qui longeait le fossé. Et, bien sûr, on en était tellement proches que la secousse est remontée jusqu’au dessus de nous. Si on s’était trouvés une trentaine de mètres plus loin, on aurait tous été tués.

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