Témoignages d'anciens combattants:
Harvey Edward Theobald

Armée

  • Médailles et décorations d'Harvey Theobald (de gauche à droite): Croix Militaire, Etoile de 1939-1945, Etoile France-Allemagne, Médaille de la Défense, Médaille canadienne du volontaire avec la barrette du service d'Outre-Mer, Médaille de la Guerre 1939-1945 avec une feuille de chêne représentant la citation militaire britannique, Médaille canadienne du maintien de la paix, Médaille de la Commission Internationale de Surveillance de la trêve en Indochine, Médaille du centenaire du canada, Médaille d'efficacité, Décoration canadienne.

    Harvey Theobald
  • Lettre du Major-Général A.E. Walford, Adjudant-Général, Ministère de la Défense Nationale datée du 14 novembre 1945. Elle est adressée à madame H.E. Theobald pour féliciter son époux pour l'obtention de la Croix Militaire. La Médaille du Major Harvey Theobald lui a été décernée pour son commandement de l'Escadron B au Fort Garry Horse pendant l'attaque du Calcar-Udem Road le 19 février 1945.

    Harvey Theobald
  • Le Capitaine Harvey Theobald du Fort Garry Horse, quelque part en Angleterre en 1943.

    Harvey Theobald
  • Le Lieutenant-colonel Harvey Theobald (à gauche) commandant le Fort Garry Horse présentant une plaque de régiment au maire de Doetinchem aux Pays-Bas lors du 20ème anniversaire de la libération de la ville, avril 1965.
    Le Lieutenant-Colonel Theobald faisait partie des forces de libérations et le tank en fond d'écran un Sherman qui a été offert à la ville en 1945 et rénové pour à l'occasion de l'anniversaire.

    Harvey Theobald
  • Monsieur Harvey Theobald le 11 novembre 2010 à Ottawa en Ontario.

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"Donc on s’est dirigé vers la rampe et on est descendus. Et au lieu d’atterrir dans un mètre soixante d’eau, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire était au fond de la mer."

Transcription

Je suis né le 1er décembre 1921. Je suis né à l’hôpital Jeffery Hale à Québec. Ma maman m’a raconté que je suis né avec un, je suis né coiffé, je crois que c’est comme ça qu’on dit. Je n’avais jamais entendu parler de ça avant. Mais évidemment certains enfants naissent coiffés et c’est la poche des eaux qui leur recouvrent le visage entièrement.

Et les infirmières la récupèrent et la gardent dans les hôpitaux dans du formol ou quelque chose pour la préserver, parce qu’elles savent que tôt ou tard, le capitaine d’un bateau va venir et que le capitaine aime se procurer une poche ou une coiffe et les marins sont superstitieux et ils, la vielle légende raconte, que si vous en avez une à bord du bateau, que tout le monde sera protéger contre la noyade sur le bateau.

Et quelqu’un qui est né coiffé est censé avoir cette même croyance. Et je suppose que ça doit être vrai parce que la seule fois où je me suis trouvé en danger de noyade c’était le jour J (le débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944) quand on (l’escadron C du Fort Garry Horse (10ème régiment blindé) faisait le voyage sur un bâtiment de débarquement, et pour arriver à nous faire atteindre le rivage, quand ils ont ouvert les portes du truc, il y avait un grand ferry à l’entrée du bâtiment de débarquement, de chars. Et j’étais monté en dernier donc le premier à sortir. Et j’étais sur le ferry.

Et quand le ferry a été entièrement chargé, le ferry avançait grâce à quatre énormes moteurs extérieurs aux quatre coins de la plateforme du ferry. Et le gars qui commandait l’opération se trouvait à l’avant droit de ce bâtiment et donnait le signal aux types quand ils voulaient manœuvrer d’un côté ou de l’autre et ils tournaient juste les hélices.

Quoi qu’il en soit, quand on est arrivé à une distance raisonnable du rivage, il était censé me dire quand on arrivait à un mètre soixante de profondeur, parce qu’on avait un équipement spécial (un écran de flottaison à double propulsion) tout autour du char ce qui faisait qu’on pouvait aller jusqu’à deux mètres d’eau sans noyer le moteur. Il m’a dit quand on est arrivés à un mètre soixante qu’il était temps de descendre. J’étais occupé à ce moment-là et je ne regardais pas trop le rivage parce que j’étais sur la radio en train de transmettre un message à l’état-major de la brigade (2ème brigade blindée canadienne) qui était sur un autre bateau à leur dire où se trouvait exactement le régiment, tout ça en code et tout le reste.

Donc j’étais occupé à transmettre ce message, qui leur disait exactement où se trouvaient certaines parties du régiment et il a dit : « À ton tour. » Donc on s’est dirigé vers la rampe et on est descendus. Et au lieu d’atterrir dans un mètre soixante d’eau, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire était au fond de la mer. Et je savais qu’on était par huit mètres de fond au lieu d’un mètre soixante. Et je savais ça parce que le char faisait dans les trois mètres soixante de hauteur et j’avais cinq mètres vingt d’antenne en l’air. Et quand on est tous finalement remontés, il n’y avait que le bout de l’antenne qui se trouvait hors de l’eau.

Deux des gars étaient de vraiment très bons nageurs, et je leur ai demandé après comment ils arrivaient à nager aussi bien avec tout ce barda. Et ils ont répondu que, bon, ils avaient pensé qu’il valait mieux jouer la sécurité et que si quelque chose se passait à bord et ils avaient eu une prémonition ou un truc de ce genre, si quelque chose se passait, ils ne voulaient pas avoir leurs bottes aux pieds parce que ça allait les freiner pour nager. Et donc ils ont été assez malins pour enlever leurs bottes. Et ils avaient suivi l’entrainement sous marin, comme tout le monde, au cas où quelque chose arrive, que vous vous retrouviez avec un char en eau profonde. Et on avait la nacelle de la tourelle découpée de telle manière à ce que les gars en bas, les deux gars dans la caisse du truc puissent remonter à travers la tourelle et sortir par la partie du haut.

Et quand on est partis, il y avait deux ouvertures dans la tourelle. Le chargeur/opérateur de son côté avait son écoutille ouverte et j’avais la mienne ouverte du côté droit avec un mitrailleur assis devant moi. Mais ces deux gars sont sortis avec les deux gars qui étaient en bas, Pat est sorti sans problème après nous et puis ils ont commencé à nager. Mais les deux autres gars et moi-même, on n’était pas de très bons nageurs alors on s’est dit qu’on ferait mieux de rester là où on était. Et je me suis concentré sur le petit bout en haut de mon antenne, juste assez pour me permettre de continuer. Et puis j’ai largué toutes mes jumelles et j’ai largué mon pistolet qui se trouvait autour de ma, me suis débarrassé de tout le poids.

On savait qu’aucun autre bateau ne pourrait s’arrêter pour nous récupérer parce qu’ils avaient passé le mot, si quelqu’un était en difficulté dans l’eau il ne fallait pas s’arrêter pour le récupérer. Alors on se tenait juste à des bouts d’objets qui flottaient, des objets rejetés par la mer. Parce qu’on n’avait pas de gilets de sauvetage ou quoi que ce soit avec nous.

Et, finalement, oh, je ne sais pas combien de temps on est restés dans l’eau, à faire du sur-place, un gars est arrivé, un type de la marine royale dans une jeep amphibie. Et il a dit : « Je ne peux pas m’arrêter, les gars, pour vous récupérer et je ne pourrais pas vous prendre à bord mais je peux vous lancer un filin. » Et j’ai dit : « Bon lance nous un filin et on s’y accrochera. » Alors il nous a lancé un filin et on s’est accrochés à ça et la jeep amphibie a avancé et nous a déposés sur le rivage.

Et on était tellement, je veux dire, après être restés dans l’eau, oh, on était complètement engourdis. Quand ils nous ont largués sur la plage, aucun de nous ne pouvait bouger. En tout cas, ils nous ont sauvés de la noyade.

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