Témoignages d'anciens combattants:
Harold Stever

Armée

  • Credit: Lieut. Donald I. Grant / Canada. Dept. of National Defence / Library and Archives Canada / PA-132421.
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"Ils avaient la trouille, mais ils vous disent qu’ils n’avaient pas peur, c’est de la foutaise (fait un bruit). Tout le monde avait peur. Vous ne pouviez pas faire autrement que d’avoir peur ou alors c’est que vous n’étiez pas normal."

Transcription

Bon, il y avait un gars c’était l’artilleur. Il faisait feu et puis le sergent c’était le numéro un ; il donnait les ordres. Il disait tant vers l’ouest, tant vers l’est ; et quand le canon était en place, vous disiez « Prêt ». Et quand vous disiez « Prêt », j’étais le numéro deux, et je mettais l’obus à l’intérieur. Et puis le sergent hurlait « Feu », hurlait « Feu ». Quelle, dans quelle vague étiez-vous ? Dans la première vague. Mais quand on a débarqué le jour J ça a été la plus grande bagarre qu’il y ait jamais eu, pour le débarquement du jour J. Les allemands vous attendaient au tournant ; on est juste arrivés là-bas et les allemands vous attendaient au tournant. On s’est juste fait bombardés. On a perdu beaucoup d’hommes à ce moment-là. C’était l’enfer sur terre. C’était la guerre, et ils envoyaient leurs obus, ça explosait de partout. Personne ne peut dire qu’il n’avait pas peur. Ils avaient la trouille, mais ils vous disent qu’ils n’avaient pas peur, c’est de la foutaise (fait un bruit). Tout le monde avait peur. Vous ne pouviez pas faire autrement que d’avoir peur ou alors c’est que vous n’étiez pas normal. Je ne sais pas. Ça vous, vous étiez juste anesthésié en quelque sorte. C’était juste des gens qui vous tiraient dessus. Il y en avait plus qui vous arrivait dessus que ce qu’on envoyait nous, et c’était comme ça. Vous ne saviez pas à quelle minute vous alliez vous en prendre une, et c’était comme ça. Je ne sais pas comment certains l’ont pris. Certaines personnes, différentes personnes, différentes manières. Pour certains c’était très dur, et pour d’autres non, ce n’était pas si dur. Ça dépendait de l’unité dans laquelle vous étiez. L’infanterie c’était le pire. Quand vous rentrez chez vous et que vous retrouvez les vôtres, ce n’est plus pareil. Mais vous essayez d’oublier tout ça. Vous ne, je n’y pense pas souvent. J’oublie tout simplement. Je n’en ai même jamais parlé à mes enfants. Juste oublier tout ça. Les souvenirs reviennent ceux de vos amis que vous avez perdus. J’ai eu un frère qui a été tué en Hollande. Il avait dans les 17,18 ans seulement. Plus jeune, il avait quatre ans de moins que moi. Vous commencez à vous souvenir de ce que vous avez traversé et ça vous fait un coup. Tous vos amis. Vous les connaissiez bien ; vous étiez avec eux pendant des années. Vous y pensez, votre jeune frère s’est fait tué. C’était juste un gamin. Il s’est engagé dans l’armée de terre parce qu’on était dans l’armée de terre. Il n’aurait sans doute pas fait partie de l’armée de terre, il ne se serait pas engagé dans l’armée de terre. Mais c’est la vie, je suppose. Mais ces jours-là sont derrière nous pour toujours, je suppose. J’espère qu’on ne verra plus jamais ça.
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