Témoignages d'anciens combattants:
Harold Kenneth Grouette

Armée

  • Photo contemporaine de Harold Grouette, 2010.

    Historica Canada
Agrandir l’image

Transcription

Nous (le Queen’s Own Cameron Highlanders du Canada) nous étions en marche d’approche encore une fois. C’était quelque chose de continuel avec nous. Je marche sur la route, nous sommes en file indienne. C’est amusant à quel point n’importe quoi d’insignifiant vous reste pour toujours, vous avez ça dans la tête, pendant que je marchais, le gars devant moi, on était à cinq mètres de distance en gros, et le gars qui marchait devant moi il avait ses manches baissées sur son uniforme de combat. Et les miennes étaient retroussées. Juste un tour, un seul rabat. Et bon sang, ça m’a vraiment gêné parce que vous êtes tellement superstitieux, comme par exemple, je pensais, bon sang, comment ça se fait qu’il a les siennes et je… Alors j’ai baissé les miennes, mais vous n’en soufflez pas mot à vos copains, vous savez, que ça vous rend nerveux, vous avez la trouille. Alors on a continué à avancer et il y a une voie ferrée sur la gauche, et je m’en souviens comme si c’était hier. Et les allemands nous ont laissés venir par ici, il y avait des taillis par ici et il y avait deux maisons juste devant. Et on se battait sûrement contre des pauvres soldats parce qu’ils nous ont laissés approché un peu trop près des bâtiments et quand ils ont ouvert le feu sur nous, on avait un endroit pour s’abriter. On a juste plongé dans ces bâtiments et commencé à tirer immédiatement. Alors ça tirait à tour de rôle, et notre commandant de peloton, et pourquoi je me souviens de son nom est un mystère pour moi, mais il s’appelait M. Boyvin, et c’était un joueur des Blue Bombers l’équipe de foot de Winnipeg. C’est pour ça que je me souviens de son nom parce que c’était une sorte de héros pour nous. Et c’était un formidable commandant, quelqu’un du pays. Donc le combat a commencé et il était au téléphone avec le commandant de la compagnie ; et le commandant de la compagnie évidemment nous ordonne de nous retirer, mais on est coincés. Il y a des allemands sur la voie ferrée et il y a ces taillis, et ils nous tirent dessus des deux côtés et il y a des tirs qui viennent de devant. Et nous on est dans cette poche ici. Et il faut qu’on sorte de là mais on n’est pas nombreux, on est 18, 19, parce que les pelotons c’étaient, à ce moment-là, on aurait dû être 30, 32, mais on était 16, 17 parce qu’on manquait d’hommes. Alors en tout cas, le commandant du peloton se tourne vers un caporal qui s’appelait (Armand) Tygat, il s’est fait tuer par la suite, c’était un ami à moi. Il lui a dit, tu vas couvrir la sortie du peloton avec des tirs réels. Et il a dit, tu prends quelqu’un avec toi pour tirer de l’autre côté de la maison, comme ça. Et, bien sûr, on était amis avec Tygat alors devinez qui a été choisi ? Ma pomme ici. Tygart a dit, Harold, il a dit, tu restes avec moi ? Et j’ai répondu, ouais, bien sûr. Je ne voulais pas rester, mon Dieu, je voulais partir, mais vous faites ce genre de choses. Alors en tout cas, ils ont commencé à se retirer et on a commencé à tirer. Je tirais sur les gars dans les taillis et Tygat s’occupait de ceux de la voie ferrée ; et eux ils tiraient sur la maison et ils tiraient sur les gars qui repartaient en courant. Et je ne me souviens pas, ma mémoire me fait défaut et je ne me souviens pas combien se sont fait toucher. Et c’est une chose assez commune, je crois. C’était comme ça avec moi. Vous repoussez tout ça dans le fin fond de votre tête et c’est parti. Et alors maintenant, les gars sont tous de retour et ils tirent depuis ici maintenant, et nous on est toujours ici. Juste nous deux. Alors on était dans une cuisine. En Europe, la maitresse de maison, c’était avec l’air conditionné et tout ça vous pensez bien, les dames cuisinaient les repas dans ce, cette sorte de remise qui servait de cuisine, avec une cuisinière là-bas, alors ça ne réchauffait pas toute la maison à cette époque. Alors on se tient là dedans et j’ouvre la porte de la cuisine et c’est orienté par là, du côté où on doit aller de toute façon. Et Tygat m’a dit, tu y vas en premier et je te suis. Et j’ai dit, d’accord. Et c’est en gros parce que je ne me souviens plus des détails. Alors il voulait que je passe en premier. Et je sais pourquoi. Je veux dire, il était sans doute plus effrayé que moi. Mais vous ne le montrez pas, c’est juste de la loyauté. Ouais. Alors en tout cas, comme je l’ai dit, j’ai ouvert la porte et on a balancé, on s’est débarrassé de toutes nos munitions, on avait des mitrailleuses avec nous. Et on s’est débarrassé de tous les magasins. On transportait avec nous cinq magasins de munitions en général, vous en aviez deux dans chaque besace et une dans l’arme. Et celles-là c’était les meilleures mitrailleuses qu’on n’ait jamais créées. Et on en avait chacun une. Et j’ai reculé et je suis passé par la porte en courant, je faisais du 160 à l’heure. Bon, peut-être pas tant, du 150. Immédiatement après avoir mis le pied dehors et dit à Tygart de me suivre à une vingtaine de mètres derrière. Je ne voulais pas que ces chiens nous descendent tous les deux avec une seule rafale de mitrailleuse. Mais j’étais ici et il était une vingtaine de mètres derrière moi, alors ils devaient tirer soit sur lui ou sur moi. Et ils m’ont choisi moi. Alors, on repart en courant et on est à peu près à mi-chemin ici. Peut-être. Et je me suis fait toucher. Et j’ai été atteint à la tête avec une balle de mitrailleuse et ça m’a assommé. Je suis tombé dans le, ce n’était pas une route, une chemin de campagne en gravillons. Je suis tombé au milieu de la route, dans les pommes, et j’étais allongé là. Et Tygart était derrière moi et il a couru vers moi et a plongé dans un petit fossé qui devait servir de drainage, mais un tout petit. Et il est allongé là-dedans et il est resté avec moi. Alors j’ai repris connaissance et je suis couvert de sang, sur tout le visage et la bouche et d’une certaine façon, quand je suis tombé, quand la balle a frappé mon casque et m’a fait une fracture du crâne, je suis tombé la tête dans le casque. Je suppose que l’impact de la balle en le frappant et ça l’a ramené sur l’avant de mon visage, et je suis tombé dans le casque. Et je suis allongé là et il a dit, pas longtemps, il a dit juste deux ou trois minutes, mais quand je me suis réveillé, il faisait nuit noire. Et la bataille c’était au début de l’après-midi, c’est à peu près deux heures, et il faisait noir maintenant. Où était passé le temps ? Mais ce n’était pas l’heure, je regardais dans mon casque et je croyais qu’il faisait noir. Alors je me suis assis et quand je me suis assis, j’ai réalisé où j’étais parce qu’ils m’ont envoyé une autre rafale de mitrailleuse ; et Tygart a dit qu’ils m’ont envoyé rafale sur rafale et n’ont jamais réussi à m’atteindre. Donc c’est que mon heure n’avait pas sonné.
Follow us