Témoignages d'anciens combattants:
Gerald “Gerry” Wilkes

Marine

  • Gerald Wilkes tenant une mitrailleuse Sten alors qu'il surveillait des prisonniers pris après le naufrage du U-877 en décembre 1944.

    Gerald Wilkes
  • Gerald Wilkes (droite) armé d'une mitrailleuse Sten, surveillant des prisonniers avec son compagnon de bord (gauche), lui armé d'une mitrailleuse Bren.

    Gerald Wilkes
  • Officiers et Maîtres de classe sur le NCSM St. Thomas lors d'une fête de Noël en décembre 1944.

    Gerald Wilkes
  • Des marins à bord du NCSM St. Thomas savourant biere et dinde de Noël en décembre 1944.

    Gerald Wilkes
  • L'équipage du U-boot U-877 torpillé par le NCSM St. Thomas.

    Navl Museum Quebec
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"J’arrive encore à visualiser ce sous-marin toujours à la surface, noir, laid. Tous les sous-marins sont laids. Et voilà il était là, à la surface de l’eau. Et il était hors de portée mais on a fait demi-tour et on s’est dirigé droit sur lui pour l’éperonn"

Transcription

Gerald Wilkes, Matelot de 2ème classe, Marine royale canadienne, NCSM St Thomas

NCSM St Thomas et son armement

Notre bateau était une corvette de classe Castle. Elle faisait un peu plus de 1000 tonnes. C’était une corvette moderne et on avait plus de confort que dans les plus anciennes. On était mieux armés, on avait un meilleur système ASDIC, meilleur radar, l’ASDIC est connu sous le nom de sonar (un système qui utilise les ondes acoustiques pour la navigation, la communication et la détection d’autres vaisseaux).  On avait un Squid à bord, c’était un mortier qui tirait ses projectiles en avant. Il projetait des bombes de 300 livres en avant. Il se déclenchait par contact mais il avait aussi des réglages de profondeur car il était couplé avec le système radar. Et c’était une arme toute nouvelle à cette époque, une arme secrète et on était très fiers, d’avoir cette arme spéciale.

À bord du NCSM St Thomas pendant le naufrage du sous-marin allemand U-877

En décembre (1944), après la fête de Noël, on a pris la mer à Terre-Neuve et quand on est arrivés à, on était en mer depuis deux jours, oui, c’était le 27 décembre, on a croisé un sous-marin qui s’était retrouvé pris par erreur dans le convoi. D’après ce que je sais, il se dirigeait vers l’Amérique du nord en vue de diffuser des bulletins météo, sans doute pour la Bataille des Ardennes ou c’était dans cette intention.

On avait attaqué plein d’autres choses avant, des bancs de poissons, des épaves. On ne savait jamais, on avait bien les contacts de cet ASDIC mais on avait largué des grenades sous-marines et des Squid, toutes sortes de choses et on n’avait jamais eu de sous-marin. Alors quand on nous a envoyés à nos postes de combat cette fois-là, on était au large en plein milieu de l’Atlantique, on ne savait pas de quoi il s’agissait mais on était prêts à agir et ça pouvait être un sous-marin.

Et bien ce n’est que quand il est apparu à la surface, mon poste de combat à moi c’était un canon Oerlikon double à tir élevé destiné principalement à l’antiaérien et il tirait des obus explosifs de 20mm. Mais il était hors de portée mais j’arrive encore à visualiser ce sous-marin toujours à la surface, noir, laid. Tous les sous-marins sont laids. Et voilà il était là, à la surface de l’eau. Et il était hors de portée mais on a fait demi-tour et on s’est dirigé droit sur lui pour l’éperonner. Notre canon principal a engagé le tir mais ils l’ont raté et avant même qu’on soit arrivés sur place, il coulait. Et ensuite il y a eu tous ces gens dans l’eau et ces petites, ce n’était même pas des bateaux, c’était des sortes de radeaux. Et ils s’accrochaient à eux et notre capitaine a arrêté le bateau et on les a hissés à bord. D’après moi, la question ne s’est pas posée de savoir si on devait leur porter secours. Le NCSM Sea Cliff est venu et a récupéré le reste des naufragés mais avoir coulé un sous-marin après toutes ces années et toutes ces fois où on traversait lamentablement, en ne voyant rien, en ne faisant rien mais il est évident qu’on protégeait les navires sans avoir jamais vu ce dont on les protégeait, mais après avoir eu un sous-marin, on était aux anges. Et les hourrah sur tout le bateau ont continué pendant plusieurs jours, tout à coup sans crier gare, un groupe de gars applaudissait le fait qu’on avait eu un sous-marin, c’était plutôt étonnant.

Et il y a eu un tas d’autres sous-marins coulés mais de nombreux navires n’ont jamais coulé un sous-marin ou ne se sont jamais battus avec un sous-marin. Alors on était très content non seulement d’avoir coulé un sous-marin mais en plus d’en avoir la preuve, ce qui est toujours, au fond on avait une cinquantaine de gars pour prouver qu’on avait bien coulé un sous-marin.

Raconter le sauvetage de l’équipage allemand du sous-marin U-877

L’équipage tout entier est descendu du sous-marin et avec le NCSM Sea Cliff on a récupéré tout l’équipage. Personne n’a été tué, un homme a été légèrement blessé en se cognant la tête quand il est sorti par la trappe. Et je ne me souviens pas combien, ils étaient dans les 55 au total je pense, l’équipage entier du sous-marin, et nous on avait une trentaine d’entre eux. On les a nourris de la même manière que nous, ils étaient à bord pour le réveillon du jour de l’an et on a eu du poulet et de la glace et ils ont eu du poulet et de la glace. Et on pensait qu’ils devaient, on faisait la traversée de Terre-Neuve à l’Angleterre. On les a emmenés et on les a faits débarquer à Gourock en Écosse, où ils ont été ramenés à terre par un groupe de gens armés de fusils et de baïonnettes. Et on les avait eus à bord, ils étaient devenus presque gentils. En fait, notre premier lieutenant et leur premier lieutenant sont devenus amis et ils sont restés amis après la guerre.

Gerald Wilkes, Matelot de 2ème classe, Marine royale canadienne, NCSM St Thomas, Le Projet Mémoire

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