Témoignages d'anciens combattants:
Hubert Champoux

Armée

  • M. Hubert Champoux, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
  • Le certificat de libération de l'armée de M. Champoux daté du 12 mars 1954.

    Hubert Champoux
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"Moi quand je suis arrivé en Corée, trois mois après, ils nous ont dit qu’il y avait un arrêt de feu pour trois mois. Mais trois mois après, j’étais sur la garde de nuit. Puis l’officier, il dit à moi : « S’il se passe de quoi, que tu entends de quoi, tu t’en viens en arrière. » Tu es avec une petite carabine avec dix balles dedans puis tu ne vois pas en avant de toi. Je n’ai pas dormi, mais c’est là pareil. "

Transcription

(L’enrôlement pour la Corée) Je ne connaissais pas la place, Québec, je ne connaissais pas ça. Tu sais, c’était, je suis arrivé là-bas puis j’ai donné mon nom. Ils m’ont fait passer des tests puis ils m’ont dit oui tu es correct. C’est là qu’ils ont demandé que mon père signe pour moi. Ils m’ont dit nous autres on ne peut pas t’engager si ton père ne signe pas pour toi, tu es trop jeune. Là, j’ai demandé à mon père puis il a dit oui. Parce que, d’après lui, mon père, en allant dans l’armée, je vais apprendre un métier, je vais faire de quoi. Puis lui bien, comme on dit les trois autres (frères) y avaient été. Il était habitué à ça. Mais il a signé avec des grosses larmes, il braillait. (L’entraînement) On était à Valcartier (Québec) pour commencer puis après ça on était à la Citadelle (de Québec) puis à dix-huit ans, là j’avais 17ans. À dix-huit ans, on s’est formé un groupe d’hommes, d’amis. De garçons, d’amis. Ce qui fait qu’à un moment donné nous avons tous dix-huit ans et pas capables d’aller en Corée, car ça prend dix-neuf ans. C’est là qu’il y en a un qui a dit « Heille on s’en va-tu faire notre cours de parachutisme? ». Quand je suis rentré dans l’armée, ils me l’ont demandé et je leur ai dit non, je ne voulais pas aller me casser les jambes. Avec la gang j’ai dit allons donc, on va y aller. J’étais à Rivers, Manitoba, puis Shilo (Manitoba). J’ai été suivre mon cours et sauter là. Les gars ils étaient trop naïfs, tu sais, on s’en va à la guerre, il arrivera ce qui arrivera. J’étais à peu près comme eux autres moi aussi. Je ne me suis même pas posé la question à savoir si je me fais blesser. Mon frère y a été et il est revenu. Tu sais, je ne pensais pas à ça. (Vers la Corée avec le 3e Bataillon du Royal 22e Régiment) Mais j’ai pris… on est partis de Valcartier et on s’est arrêté à Seattle (État de Washington). Puis à Seattle, on a pris le bateau jusqu'à Tokyo. Puis sur le bateau, on a eu des réflexions par les Américains, les noirs là. « Vous vous en allez en Corée? Vous avez signé pour aller en Corée? Volontaire? » « Bien oui! » « Mais vous êtes fous? » On riait de ça, on riait de ça. Puis rendu en Coré, rendu à Tokyo, l’officier est venu m’avertir. Il dit, pas à moi, mais à tout le peloton. Il y avait un arrêt de feu pour trois mois (l’armistice signé le 27 juillet 1953). On rentrait en Corée, pas de fusils, pas de casques, il n’y avait plus de guerre. Je suis rentré en Corée le 8 août 1953, il n’y avait pas de guerre. C’est là qu’on a fait le maintien de la paix qu’on appelle. (Réflexions sur les années dans l’armée) J’ai bien aimé ça, moi, j’ai eu bien de la peine quand je suis sorti. Je m’ennuyais de mes amis, la discipline, j’aimais ça. J’aurais aimé rester. En Corée, on était bien, il n’y avait pas de guerre (pour la période de 1953-1954). Excepté, il y avait toujours une chose, c’est qu’on se promenait partout. Comme un gars m’a déjà dit « T’étais à la guerre, mais tu n’as rien fait! ». Je lui ai dit n’oublie pas une chose, j’ai signé volontaire pour la guerre. Ça, c’est le premier geste héroïque que j’ai fait, une action héroïque que j’ai faite. Après ça en Corée, si j’avais mis le pied sur le bord d’une mine et qu’elle aurait sauté parce qu’il y en avait des mines là-bas. On était sur la garde. Moi quand je suis arrivé en Corée, trois mois après, ils nous ont dit qu’il y avait un arrêt de feu pour trois mois. Mais trois mois après, j’étais sur la garde de nuit. Puis l’officier, il dit à moi : « S’il se passe de quoi, que tu entends de quoi, tu t’en viens en arrière. » Tu es avec une petite carabine avec dix balles dedans puis tu ne vois pas en avant de toi. Je n’ai pas dormi, mais c’est là pareil.
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