Témoignages d'anciens combattants:
Paul Daemen

Forces aériennes

  • M. Paul Daemen, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
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"Puis ce que j’avais remarqué, c’est que ces gens (autochtones) qui étaient si sympathiques, mais qui avaient beaucoup de grandes roulettes (cernes) ici, en dessous des yeux. Et puis on avait des médecins alors j’ai dit : « Qu’est-ce que c’est ça? » Il me dit : « Ils font de la tuberculose »."

Transcription

(En service comme opérateur radar à Goose Bay, Labrador) Il faut aller dans le Labrador, Goose Bay, Moncton. Moncton Goose Bay, c’est simple alors j’ai dit à ma fiancée : « Je serais encore là, quand je reviendrai on se mariera » et ç’a été bien. Ç’a bien tourné, ah oui! On avait des DC3 (Douglas DC-3, un appareil de transport bimoteur américain) qu’ils appelaient, des C-47 (Douglas C-47 Skytrain, une version militaire du DC-3), C-53 (Douglas C-53 Skytrooper, une version du C-47 adapté pour le transport de troupes), bon et puis on voyageait avec ça. C’était de bons avions. Ils nous envoyaient à Goose Bay. Moi, deux fois on m’a demandé d’aller à la recherche de camarades qui étaient tombés dans les bois là. C’était pénible parce que les avions étaient petits et courts. L’estomac en prenait pour son mal. Mais ce sont toutes des expériences que je trouvais… en y pensant. Parce que là, à Goose Bay, c’est là que les Américains ont commencé à envoyer des B-17 (Boeing B-17, Flying Fortress, un bombardier lourd quadrimoteur américain) et B-24 (Consolidated B-24 Liberator, un bombardier lourd quadrimoteur américain), deux ou trois cents par soir, je ne dis pas tous les soirs pour l’Europe. Alors de Goose Bay, ils allaient à Prestwick en Angleterre, en Écosse. Alors ils avaient le poste de ravitaillement. Mais aussi, quand ils arrivaient là, ils étaient jeunes et inexpérimentés. Alors ils disaient « Were lost! ». Alors il faut leur donner une route à suivre, c’était passable, c’était bien. Mais là, l’officier me dit « I see you are very good in typing, I need you ». Comme ça « I need you ». Il dit « Bon, j’ai tous ces rapports-là que je dois envoyer, mais qui sont sous confidences. Secret. Il faut absolument que j’aille quelqu’un, I want you. ». J’ai dit oui oui. « I want you I’m gonna keep you! ». « OK Sir ». Alors ça, c’était fascinant, car aussi je pouvais mêler l’utile à l’agréable parce qu’il y avait des camarades qui étaient là alors on a formé un cœur de chant. Ah oui, puis Noël c’était agréable. Et puis il y avait un poste de radio qu’ils avaient établis qui s’appelait VOUG. Mais à Noël, le premier Noël du moins, on chantait et puis les gens dans les circonstances. On n’allait pas chez nous, il n’y avait pas de questions. Ça été, ce séjour-là. Puis l’esprit qu’il y avait, les Américains avaient leur côté et les Canadiens avaient leur côté. Il faisait très froid, mais on est capable de passer au travers de ça, ah oui. Ce que je trouvais difficile, à cause de l’alimentation, c’était la déshydratation des mets. Comme les œufs, etc., les omelettes qui devenaient épaisses. Et puis le lait, ça c’était autre chose. Mais tous les théâtres d’opérations étaient comme ça. On n’était pas seuls comme ça. Mais l’été, une fois, il y a quelque chose qui s’est passé. Il y avait de bière qui montait par bateau de Montréal par le détroit de Belle Isle (Terre-Neuve et Labrador) et puis la rivière Hamilton (renommée Churchill River en 1965). Et puis bon, il y avait un quai établi au bout de tout ça, c’était bien. Mais la première année, il y avait déjà quelque chose de rendu, mais lorsqu’est arrivé le deuxième chargement. Il y avait deux cent cinquante mille bouteilles de bière là-dedans de Montréal, qui venait de Montréal. En arrivant dans le détroit de Belle Isle, je ne sais pas ce qui est arrivé, je crois que la bière s’est trop fait brasser. Je pense que les Allemands ont tiré dessus. Mais n’allez pas voir dans le fond (du bateau) (rires). Je dis ça pour blaguer, mais c’est ce qui s’est produit. Le bateau a été coulé sans aucun doute. Le reste aussi ça venait par bateau. Il y avait des icebergs là aussi. (À la rencontre des peuples autochtones) Puis la rivière Hamilton, où j’ai eu une expérience fascinante. De voir les chutes Hamilton qui était là sur le fleuve et qui ont été harnachées après, il y a à peu près cinq, dix ans. Et puis maintenant, c’est un barrage électrique. Puis il y en avait d’autres petites chutes. Puis pour s’occuper, bien il faut se débrouiller. Pour s’occuper, on allait voir les Eskimos. Parce que les Eskimos avaient l’expérience de la trappe du renard. On allait voir ça, c’était, vaut mieux faire ça que de rester là à regarder le plafond. Et puis ces gens-là nous accueillaient, on couchait par terre. Mais ils nous accueillaient. Puis ce que j’avais remarqué, c’est que ces gens qui étaient si sympathiques, mais qui avaient beaucoup de grandes roulettes (cernes) ici, en dessous des yeux. Et puis on avait des médecins alors j’ai dit : « Qu’est-ce que c’est ça? » Il me dit : « Ils font de la tuberculose ». Parce que leur régime alimentaire avait des déficiences. Il y avait une vitamine C, etc., ça nous intéressait nous, on était deux, trois ou quatre. On va aller les voir. Puis il y a des livres écrits là-dessus. Je garde ça précieusement à la maison, c’est bien sûr. J’avais leur signature. Les pauvres gens, ils n’avaient même pas assez d’instruction, même pour signer leurs noms, mais quand même. Ce sont des expériences que, moi, je ne pourrais pas oublier. J’y retournerais demain.
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