Témoignages d'anciens combattants:
Adrien Brisson

Armée

  • Le soldat Adrien Brisson posant avec un fusil-mitrailleur Bren, vers 1950-1951.

    Adrien Brisson
  • Le soldat Adrien Brisson (à droite) en compagnie de camarades du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment. Fort Lewis, État de Washington, vers 1950-1951.

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  • Le soldat Brisson près d'une entrée de sape auparavant tenue par l'ennemi. Corée, 1951.

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  • Le soldat Brisson (à gauche) avec des camarades lors de la traversée du Pacifique vers la Corée à bord du "Marine Adder". Printemps 1951.

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  • Le soldat Brisson (à droite) posant avec son collègue assistant sur le fusil-mitrailleur Bren, le soldat Roger Fréchette (au centre) et un autre soldat non identifié, vers 1950-1951.

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  • M. Adrien Brisson, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
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"On a eu un entrainement assez difficile parce que le lieutenant-colonel Dextraze était assez dur avec les hommes. On a eu un bon entrainement puis peut-être que ça nous a aidés beaucoup quand on était rendu à la guerre en Corée."

Transcription

(L’enrôlement et l’entraînement)

Je demeurais à Saint-Calixte dans le nord, dans les Laurentides (Québec). Puis j’ai commencé à travailler assez jeune, j’ai perdu ma mère à treize ans. Puis j’ai travaillé dans le bois, j’ai bûché du bois, puis dans les moulins à scie puis ces affaires-là, tu sais. Je n’avais pas beaucoup une grosse santé. Puis un de mes amis est parti et puis il est allé s’enrôler à Montréal, sur la rue Sherbrooke. Puis quand je l’ai vu habillé avec l’habit de soldat, ça m’a donné le goût d’y aller. Cela fait que j’ai été m’enrôler. Puis en fin du compte, je me suis retrouvé ici, je me suis enrôlé au mois d’août 1950, sur la rue Sherbrooke.

Puis après ça, on a fait l’entrainement. Valcartier (Québec) pour trois mois et Fort Lewis (État de Washington) pour six mois. Puis après ça, on a pris le bateau. C’était très bien. On a eu un entrainement assez difficile parce que le lieutenant-colonel Dextraze (le commandant du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment) était assez dur avec les hommes. On a eu un bon entrainement puis peut-être que ça nous a aidés beaucoup quand on était rendu à la guerre en Corée. On a eu un entrainement assez sévère. Prendre des marches, parfois partir pour un mois de temps en (…) qu’ils appellent ça. Puis allez coucher dans des tentes, des affaires de même, à la pluie. Marcher beaucoup avec les bottines dans l’eau, les pieds tout pleins de sang, ces affaires-là. Ç’a été assez difficile. Puis là après ça, on pratiquait pour tirer, sur le champ de tir. Puis j’avais eu un bon rendement pour le tir puis ils m’avaient cédulé pour être « Bren Gunner » (tireur sur fusil-mitrailleur Bren).

(La traversée vers la Corée)

On a pris le bateau le 19 avril (1951), c’était le jour de ma fête, j’avais 19 ans. Puis on a traversé, ça prit dix-sept jours, on est arrivé en Corée le quatre de mai. C’était assez long, dix-sept jours dans l’océan. Puis, vu que c’était le jour de ma fête, quand on était parti, je m’étais accoté sur le bord puis je me disais, je voyais s'éloigner les côtes de Seattle, des États-Unis. Je me disais : « un jour est-ce que je reviendrais ici? » J’ai été chanceux, j’ai été blessé un peu, mais ç’a bien été. Mais la pire blessure, c’est le (syndrome) post-traumatique, qu’ils appellent. C’est ça qui a été pas mal plus difficile.

Puis la traversée avec les gars, c’était fameux. Toute une bonne gang de gars ensemble, des « chums » tu sais, là. Puis on s’amusait, on jouait aux cartes. Pour commencer, sur le bateau, deux jours avant d’arriver, ils nous avaient fait, les commandants nous avaient fait monter sur le pont. Puis ils nous disaient : « Regardez au loin, vous voyez-la Corée au loin. », on ne la voyait pas, mais on voyait les flashes (éclairs) des bombes. Ils nous ont dit : « C’est là qu’on s’en va! » Cela fait que ce n’est pas bien intéressant quand tu vois ça, que tu t’en vas dans tous les flashes de bombes qui tombaient.

(Au front : la bataille de la colline 355)

Puis là, après ça, bien quand on a été monté plus haut (au front), la première journée, on a pogné (pris) de jeunes prisonniers qui essayaient de tirer sur nous autres. Puis on les avait faits prisonniers, ils n’étaient pas vieux. Quatorze, quinze, treize, quatorze ans. Des jeunes fanatiques un peu tu sais. Cela fait qu’on avait pris ces prisonniers-là.

Les pires contacts qu’on a eus, après ça c’était dans le mois de novembre 1951. On a eu une grosse bataille pour la « 355 » qu’ils appellent (la bataille de la colline 355, du 21 au 25 novembre, 1951). La montagne, la « 355 », c’était une montagne très haute puis c’était les Chinois qui l’avaient. Puis on leur avait pris la montagne. Puis quand on prenait des positions, on charroyait des rouleaux de broches barbelés qu’ils appellent puis on installait ça autour de notre montagne, pour empêcher (…) quand les Chinois nous attaquaient.

Ils attaquaient surtout le soir, nous autres c’était à l’aube puis eux autres c’était le soir. Quand ils nous attaquaient, ils étaient toujours beaucoup, des fois des rangs de trois puis quatre rangs qui attaquaient. Mais quand ils se prenaient dans les broches barbelées bien là, on avait installé des « parachutes flare » qu’on appelle (des fusées éclairantes) puis on les voyait très bien. Puis là, bien on n’avait pas le choix que de tirer. Ç’a été une bataille assez dure celle-là. Trois jours qu’elle a duré. Cela fait que là, on a été attaqué puis il y a une bombe qui est tombée juste en avant de la tranchée. À peu près trois ou quatre pieds en avant puis là c’est là que j’ai perdu (l'usage de) l’oreille gauche, que j’entends presque plus. Puis là, la terre avait déboulé sur nous autres, si elle avait été un peu plus, loin, j‘étais fait. (L’obus) a fait débouler la terre et puis on était trois gars. Il y avait toujours un numéro deux qui était avec moi et qui chargeait les « magazines » (les chargeurs), puis l’autre était en charge ni plus ni moins. Puis, c’est toujours moi qui était sur la Bren (comme tireur).

(Les patrouilles)

On allait, on essayait de s’approcher. On partait la nuit, le soir pour s’approcher le plus près des lignes, pour être proche des Chinois puis des Nord-Coréens. Puis on les entendait parler. Parfois, ils étaient sur l’autre bord de la côte, cela fait qu’on ne menait pas de train (ne pas faire de bruit) pour ne pas se faire (repérer), pour qu’ils ne sachent pas qu’on était là. Là, après ça, on revenait et puis on disait qu’ils étaient à telle place, telle place, telle place. Puis là, bien le lendemain, le commandant donnait l’ordre à l’artillerie de « sheller » (tirer des obus), d’envoyer des bombes là. Alors ce n’était pas, ce n’était pas de tout repos. Ç’a été dur des bouts.

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