Témoignages d'anciens combattants:
Léo Binette

Armée

  • Les soldats Delisle et Binette en Corée, 1er Bataillon du Royal 22e Régiment, 1953.

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  • Le lance-caporal Léo Binette posant près d'un canon de 25 livres en Corée, 1953.

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  • Portrait de groupe pendant l'entraînement de parachutiste vers 1953-1954.

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  • Certificat de libération de Léo Binette daté du 20 janvier 1955.

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  • M. Léo Binette, avril 2012.

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"Nous autres, ils nous ont dit que c’était nous qui avions la meilleure armée au monde, les Canadiens, du Québec aussi, les Québécois. Le Vingt-Deux, les Vandoos (...) En réalité, on avait de bons soldats."

Transcription

(L’enrôlement)

Lui, avant de partir, il me dit, étant donné que je n’avais pas grand « job », vous n’aviez pas grand ouvrage dans ce temps-là. Il dit : « Léo, on est bien dans l’armée, tu vas voir. » D’accord, je vais m’enrôler, je vais m’essayer. J’ai suivi des cours, le cours de lance-caporal et après ça celui de caporal puis j’ai été « Acting Sergeant » (sergent suppléant) qu’ils appellent là. J’ai remplacé le sergent parce qu’on n’en avait pas. Moi j’étais « full » caporal, cela fait que j’étais en faveur (charge) d’une section.

(En Corée avec le 1er Bataillon du Royal 22e Régiment)

Une patrouille là, il fallait essayer d’avoir des renseignements de l’ennemi et (savoir) ce qu’il faisait. On partait le soir puis on revenait rien que le lendemain matin. Mais là, à la noirceur, surtout dans des places comme ça parfois, on ne voyait rien. Au clair de lune, si la lune n’était pas sortie, on ne voyait rien, rien, rien. Au clair de lune, c’était un peu moins pire. Mais on faisait des patrouilles pour voir si l’on pouvait avoir des renseignements. Les premiers veulent avoir des renseignements sur ce qui se passe du côté ennemi, l’autre bord. Puis justement, cette fois-là, il fallait travailler l’Imjin River (la rivière Imjin), l’Imjin River en Corée c’est ça qui séparait la Corée du Nord et la Corée du Sud. On était rendu à l’Imjin River et il fallait la traverser, mais là c’était l’hiver, c’était janvier ou février (1953), c’était de la glace.

Il y en avait deux autres avec moi et on voulait traverser. Tout à coup, on entendait (l’ennemi) jaser, « les boys on se recule un peu et on se jette à terre ». On s’est reculé et on s’est jeté par terre. On les entendait parler. Cela fait qu’on les a laissé passer et j’ai dit : « Hé! On va aller plus loin. On ne traversera pas là, c’est garanti qu’il y a des patrouilles qui sont l’autre bord et qui nous attendent. Si l’on traverse, ils vont nous pogner (capturer). » Donc, j’ai traversé plus loin, mais l’eau n’était pas bien gelée, elle était glacée. Alors j’ai appelé (par radio) : « Envoyez des bombes! » Et puis il y avait des bambous, comme des genres de bambous. Quand tu traversais, ça faisait du bruit. J’ai dit : « Envoyez quelques bombes par-dessus pour empêcher le bruit, qu’ils nous entendent. » Cela fait qu‘ils nous garrochaient (expédiaient) quelques bombes par-dessus la tête puis là on traversait.

(Retrouvailles au front)

Mon « chum », ça faisait neuf mois qu’on ne l’avait pas vu, je ne l’avais pas vu. Cela fait que je m’en viens dans les montagnes sur la route et il y a un genre de petit tas de garnotte. Je vois un gars s’en venir de loin et de la manière que moi je le connaissais, il n’était pas gros. Ah ben! J’ai dit : « C’est mon chum! » « Qu’est-ce que tu fais là? » Il dit : « Je me suis fait mordre par un rat. » Il s’était fait mordre par un rat. Il s’était fait mordre le nez par un rat. Oui, il y avait des rats, il y avait de tout. On couchait dans les tranchées, nous autres. J’avais mon poncho et j’étais assez fatigué. J’avais mon poncho par-dessus la tête. Ça passait par-dessus moi, je ne sais pas quelle sorte de bibittes (vermine), en tout cas, ça passait.

Mais tu sais, quand ça fait neuf mois qu’on ne s’est pas vu, je vois rien qu'un gars venir et puis c’est lui. Il me dit : « Je me suis fait pogner par un rat. » Ah ben! Je le sais, les rats, on était cachés tous les deux d’un coup j’en vois un qui sort. « Ah ben! Mon esprit toi! » Je l’ai pogné par la queue puis ça bombardait : « Tiens-toi vas te faire tuer dehors! ».

(La fierté d’avoir servi)

Nous autres, ils nous ont dit que c’était nous qui avions la meilleure armée au monde, les Canadiens, du Québec aussi, les Québécois. Le Vingt-Deux, les Vandoos (surnoms donnés aux militaires du Royal 22e Régiment). Quand les gars voulaient, tu ne pouvais pas traverser. En réalité, on avait de bons soldats.

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