Témoignages d'anciens combattants:
Lionel Pigeon

Armée

  • Photo prise des parachutistes en 1953 en Corée.

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  • Des soldats du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment en Corée en 1952. Le soldat Pigeon figure à droite.

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  • Le soldat Lionel Pigeon en Corée lors d'une livraison de grenades. Photo prise en 1953.

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  • Extrait de journal daté du 6 février 1953 montrant des soldats du Royal 22e Régiment en séance d'instruction sur la mitrailleuse Vickers. Le soldat Pigeon se trouve sur la première rangée, le second à gauche.

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  • Des vétérans de la Guerre de Corée et des dignitaires sud-coréens lors d'une cérémonie à Montréal vers 1990-1991.

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  • M. Lionel Pigeon, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
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"Il m’a dit à moi : « Fais-toi pas d’amis. », parce que ça faisait plusieurs qui partaient. Puis là, j’étais rendu avec le cœur dur. Tu sais, je ne braillais pas parce que je me disais qu’un soldat, ça ne braille pas. Il me disait : « Fais-toi pas d’amis, ton seul ami, c’est ta carabine. ». "

Transcription

Là, on est monté sur les lignes. On a attendu une journée puis là, après ça, pour tout nettoyer la patente (le secteur) pour les bibittes (la vermine), toutes les piqures. Puis là, ils nous ont montés sur les lignes, on montait à pied parce que c’était, ça ne montait pas en voiture. C’était toutes des tranchées. On vivait dans des trous, dans les montagnes. Puis si on était chanceux, il y avait des gars qui prenaient des boîtes à balles et ils coupaient ça. Il y en a qui avaient du talent. Ils faisaient comme une fournaise avec un tuyau d’obus. Ils faisaient comme une petite fournaise, mais il ne fallait pas que ça sorte sur le toit parce qu’on se serait fait tirer. Cela fait que là, on faisait sortir ça (la fumée) sur le côté. Puis là, on mettait du bois là-dedans. Il y en a qui volait du gaz, toutes sortes d’affaires, tu sais, des gars. Ils volaient du gaz et cela fait que là, ils nous en amenaient. Ils savaient que le gaz, juste un petit peu à la fois, cela fait que ça réchauffait le trou de sable.

On vivait là-dedans, nous autres. C’était nos maisons, l’été comme l’hiver. Puis l’hiver, on mettait un poncho en avant, notre poncho qu’on mettait en avant comme il faut dans la porte parce que la porte n’était pas fermée. Puis on vivait là-dedans et il y avait des rats qui sautaient sur nous autres, des rats gros de même. On mangeait des « C-Rations » (un type de ration militaire), des rations de 1945, de 1945. Il y en a beaucoup qui se sont empoisonnés. Ça, c’était dans le temps de la guerre de 1939-1945. Cinq ou six ans après, on mangeait ces rations-là. Puis là, on avait une boîte avec une petite pilule dedans, grosse comme ça. On faisait un petit trou dans la terre. On avait l’affaire (l’objet) pour l’allumer, on allumait ça. Il ne fallait pas faire de feu là. On ouvrait notre « can » (boîte) puis on la mettait dessus puis on mangeait ça, des affaires de même. C’était tout le temps la même chose, méchant (goût). C’était des rations américaines, anglaises puis toutes sortes d’affaires de même. C’était toutes des rations de 1939-1945. Quand on avait des produits frais, si je me rappelle, c’est quand on est allé au Japon en « R & R » (Rest and Recuperation), en vacances. On a été deux semaines (au Japon). Là, on mangeait bien. Puis quand on allait au « B Echelon » (zone arrière du front), en arrière, on faisait mettons deux mois et demi, trois mois, je ne peux pas vous dire exactement, c’est loin. Là, on descendait puis il y en avait d’autres qui remontaient (pour la relève des troupes). Là, on allait au « B Echelon » pendant une semaine. Ils nous lavaient et nous changeaient, puis là on mangeait des bons repas. Puis après ça, on remontait, les autres redescendaient.

Un de mes « chums », je l’aimais bien, on parlait souvent ensemble. Il n’était pas un beau gars, mais ça ne fait rien, la beauté. Le cœur était là. On s’en venait en arrière des lignes puis là, lui, il était dans un trou. Il avait pris un trou en haut puis moi j’avais pris un trou en bas. On vivait toujours dans un trou, pas dans des cabines. Un trou de sable. Là, il nous donnait des bières Asahi puis de la bière nippone, ils nous donnaient ça puis on buvait ça. Il me dit : « Viens-t’en prendre une bière avec moi », et j’ai dit : « Attends, je vais aller porter mon sac puis je reviens. ». En disant ça, j’entends psitt! Boom! Direct sur lui. On n’a même pas trouvé un petit nerf. Là, moi, j’ai eu de la peine parce que c’était un bon type puis je parlais souvent avec. Cela fait que là, il y a un sergent ou un caporal, je pense que c’était un sergent. Il m’a dit à moi : « Fais-toi pas d’amis », parce que ça faisait plusieurs qui partaient. Puis là, j’étais rendu avec le cœur dur. Tu sais, je ne braillais pas parce que je me disais qu’un soldat, ça ne braille pas. Il me disait : « Fais-toi pas d’amis, ton seul ami, c’est ta carabine. ».

Je n’aime pas me rappeler de toutes ces choses-là parce que tu sais ça défait un peu un homme. Puis, nous autres, quand ils savaient que c’était une guerre. Ils appelaient ça la « guerre oubliée », comme le Vietnam. Là, ils se sont aperçus que les gars sont plus « maganés » qu’ils pensent. Puis on était des bons soldats. On n’avait pas peur. C’était le 22e Régiment (Le Royal 22e Régiment), le RCR (The Royal Canadian Regiment) aussi et le PPCLI (The Princess Patricia’s Canadian Light Infantry). C’était tous de bons soldats.

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