Témoignages d'anciens combattants:
Émile Arsenault

Armée

  • Le soldat Émile Arsenault posant avec un fusil-mitrailleur Bren.

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  • Quelques membres du peloton d'Émile Arsenault à l'entraînement. Royal 22e Régiment, Guerre de Corée.

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  • Les soldats Émile Arsenault et Réal Lamoureux pendant la Guerre de Corée.

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  • Le peloton d'Émile Arsenault avec des véhicules Bren en arrière-plan. Royal 22e Régiment, Guerre de Corée.

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  • M. Émile Arsenault, avril 2012.

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"Dextraze, c’était un « tough » (un dur à cuire), parce que quand on est revenu il a dit : « OK on marche. » C’était vingt-deux miles à marcher (33 kilomètres) du bois d’où l’on était jusqu’à notre camp. Dextraze a dit : « On marche jusqu'au camp, même si ça prend deux jours, on va prendre deux jours ». Il a commencé à mouiller, là on était trempe, ça n’avait pas d’allure. Moi, je me souviendrais tout le temps de ça. "

Transcription

(Enrôlement pour la Guerre de Corée.)

Là, j’ai été au bureau puis j’ai été en bas à Hamilton (Ontario), mais ce n’était pas là. J’ai été par autobus, puis à Toronto. À Toronto, on passait notre examen médical. Le lendemain, on était assermenté puis après ça ils nous ont tous shippés (transférés) à Petawawa (Ontario), puis on a commencé notre entrainement. Et là, après ça, ils ont demandé des volontaires, ceux qui pouvaient parler le français au moins. Moi, j’étais plus anglais que français dans ce temps-là. J’ai été à l’école tout en anglais. Sur l’Île-du-Prince-Édouard, tout le monde ne le sait pas, il y a à peu près trente-cinq pour cent (des gens) qui parlent français. Aujourd’hui, si vous prenez le pont pour rentrer sur l’île (le pont de la Confédération), si vous allez à gauche, quatre-vingts pour cent (des gens) parlent français. Si vous allez à droite, ils sont tous anglais. À gauche, c’est Miscouche, Tignish et toutes ces places-là, c’est tout en français.

(L’entraînement à Fort Lewis.)

Dextraze, c’était tout un homme (le lieutenant-colonel Jacques Dextraze, commandant du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment en Corée). On a fait un petit peu d’entraînement à Valcartier (Québec) et après ça ils nous ont shippés à Fort Lewis (État de Washington, États-Unis), puis ils (les officiers) étaient durs en tabarouette! Ils étaient plus durs que les autres parce qu’il y avait les RCR (les soldats du Royal Canadian Regiment) qui étaient avec nous autres en même temps. Les PPCLI (les soldats du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry) étaient déjà partis eux autres, ils étaient déjà partis en Corée.

Pendant un mois, il (Dextraze) nous a retenus dans le bois, puis (Dextraze nous a fait creuser) des tranchées dans le bois, des trous de terre. Là, on a eu un bon entrainement. On avait tous les habits noirs parce qu’on restait dans le bois, il fallait qu’on vive avec. Il y avait de gros camions qui venaient pour donner du manger (nourriture).

Dextraze, c’était un « tough » (un dur à cuire), parce que quand on est revenu il a dit : « OK on marche. » C’était vingt-deux miles à marcher (33 kilomètres) du bois d’où l’on était jusqu’à notre camp. Dextraze a dit : « On marche jusqu'au camp, même si ça prend deux jours, on va prendre deux jours ». Il a commencé à mouiller, là on était trempe, ça n’avait pas d’allure. Moi, je me souviendrais tout le temps de ça.

Le camp était juste en avant de nous autres et là il fallait qu’on fasse une attaque pour l’entrainement. On voyait notre bâtisse et il fallait qu’on fasse une attaque dessus. Puis là, il (Dextraze) a dit : « On a deux heures pour se reposer avant ». Moi je me souviens, on a arrêté, je me suis canté (assoupi). Je me suis canté, il y avait un peu d’eau dans un petit trou, l’eau était frette (froide), mais je suis tombé et je suis tombé endormi. On a dormi à peu près une heure puis là après ça on a fait l’assaut dessus. On était content de rentrer dans notre lit. Mais on avait… on s’habitue à l’inconfort. Un mois de temps dans à la course, à monter des montagnes. J’ai connu directement Dextraze, une fois on a fait une parade et j’avais un petit trou dans mes pantalons. Il dit : « Qu’est-ce que tu fais là? Tu n’as pas une aiguille pour raccommoder ces pantalons-là? » J’ai dit : « Oui monsieur! ».

(Au front en Corée.)

En premier, on avait été rencontrer des Américains (…) On a fait un tour de dix jours sur les montagnes, puis là, après dix jours, il y a un autre bataillon qui nous a remplacés, qui nous a reculés. Là, c’était juste avec les Américains, puis là les Américains nous parlaient. Il y a une sorte d’attaque que les Chinois faisaient. Ils disaient : « Watchez (observez) bien si quelqu’un... si les Chinois vous attaquent, vous allez entendre la trompette clairement. » Puis je l’ai entendu assez clairement une fois, c’est tout. Là, c’est quand les Canadiens ont perdu à peu près quarante-cinq soldats (dans le contexte de la bataille de la colline 355 en novembre 1951), ce soir-là, pendant la bataille. Tu ne peux pas oublier ça. On tirait partout, tu ne sais d’où ça vient. Des balles, des armes, ça volait partout parce que des bombes tombaient. Bien nous autres on tirait puis c’est tout.

Ce qui est arrivé, le lendemain matin, ils étaient venus chercher des groupes, des soldats pour aider parce que c’est la compagnie D qui était là et nous autres on était (la compagnie) B. Ils sont venus chercher les meilleurs hommes, non pas parce qu’on n’était pas bon, car j’y aurais été, mais tout simplement parce qu’ils ne m’ont pas demandé. Il y en a trois qui sont morts dans notre groupe, dans notre compagnie.

Un soir, notre sergent dit : « On s’en va sur une patrouille », on était dix-neuf gars. En Corée, c’est tout pareil, il pousse du riz en haut, il y a un petit chemin et ça descend chaque bord. Mais ce sergent-là, c’était un… il avait été à la Deuxième Guerre (mondiale) puis là, il était là. Il était assez smart (intelligent). Ce soir-là il mouillait, puis on a juste un petit peu... De temps en temps, les nuages passaient puis tout d’un coup il venait. Il a dit : « Couchez-vous » malgré qu’on avait les pieds trempes. « Restez de chaque bord, on va attendre icitte (ici) ». Huit d’un bord et de l’autre bord on était onze. Puis là, il a dit attendez parce que c’était noir.

Puis là, tout d’un coup, on a trois soldats qui faisaient une patrouille. Bien eux autres (les soldats chinois), la manière qu’ils marchaient c’était comme un « Batman » tranquillement. Puis quand ils sont arrivés là, il y en a un qui est parti avec un coup de fusil. Là, ça tout parti, mais on en a amené un avec nous autres qui était mort. Les deux autres se sont poussés dans le champ parce qu’il y en a un qui a garroché (lancé) une grenade qui prend en feu. Les deux gars sont brûlés et ils sont tombés à terre. On a ramené un corps, mais c’était un gros homme. Ils ont dit après que c’était un « Manchurian », je pense (un soldat manchou). D’habitude, ce sont de gros hommes qui sont dans ce pays-là. Ils voulaient avoir le corps pour savoir qui était devant nous autres. Est-ce des petits Chinois ou des Coréens? Mais lui c’était, je ne sais pas comment ils ont trouvé ça. C’était un « Manchurian ». Je ne connais pas plus que ça. On faisait des patrouilles comme ça.

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