Témoignages d'anciens combattants:
Guy Marion

Armée

  • Le soldat Guy Marion de la section des éclaireurs et tireurs d'élite du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, posant avec sa carabine Lee-Enfield avec téléscope. 1951-1952.

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  • Guy Marion posant avec une carabine de tireur d'élite équipée d'une lunette spéciale de visée nocturne. 1952.

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  • Le soldat Marion posant avec sa carabine à téléscope, vers 1951-1952.

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  • Photo d'un enfant coréen portant un chapeau d'hiver donné par les Canadiens.

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  • Le soldat Guy Marion pendant la Guerre de Corée, vers 1951-1952.

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  • M. Guy Marion, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
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"On était avec le colonel Dextraze. Un méchant homme. C’était un dur, c’était un gars de la dernière guerre (...) Cet homme-là, il n’a pas peur de rien. Il était sur la montagne avec nous autres et puis ça marchait ses affaires. "

Transcription

Je me suis enrôlé au mois d’août 1950. Bien, ç’a été assez difficile. Naturellement, quand tu ne connais pas ça, arrivé à Valcartier (Québec) à la fin d’août. Puis là, ils ont commencé à nous entraîner. On courrait tout le temps parce qu’on n’était pas en forme. En réalité, on avait des classes et toutes les heures il fallait changer de classe. Il fallait tout faire en courant. C’était le 1er Bataillon (du Royal 22e Régiment) qui nous entrainait, des parachutistes. Là, on a été à peu près six mois à s’entrainer, pas six mois, même cinq mois. Après cela, on est allé à Fort Lewis aux États-Unis (État de Washington). Là, c’était raide, là c’était de la vraie manœuvre de guerre. Des fois, c’est plus dur que la guerre. On y a goûté. On était avec le colonel Dextraze (lieutenant-colonel Dextraze, le commandant du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment en Corée). Un méchant homme. C’était un dur, c’était un gars de la dernière guerre (1939-1945). En tout cas, quand je suis parti de Fort Lewis pour m’en aller en Corée, là j’ai été transféré dans les « scouts & snipers » (section d’éclaireurs et de tireurs d’élite), c’était comme les « bodyguards » du colonel (garde rapprochée). Cet homme-là (Dextraze), il n’a pas peur de rien. Il était sur la montagne avec nous autres et puis ça marchait ses affaires. Il n’avait pas peur de personne lui.

Les premiers temps qu’on est arrivé, c’est un de mes copains Jean Roch Mercier, on a toujours été ensemble puis en arrivant en Corée lui se fait tuer (le soldat Jean Roch Mercier, de Thetford Mines, mort au champ d’honneur le 25 novembre 1951). Je te dis que c’est dur, ça. C’est surtout ça, les premiers temps. Puis après cela, bien la mort, si tu te fais pincer, on disait : « On va perdre notre gomme. Bien perd ta gomme c’est tout. » Mais ce qui fait mal, ce sont les premières fois, parce que tu ne connais pas ça.

On a fait la « 355 » (la bataille de la colline 355, du 21 au 25 novembre, 1951). Ça, c’était la compagnie D (du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment) qui était en train de se faire démolir par les Chinois. Puis nous autres, notre peloton, ils nous ont envoyé là, le soir. Puis là, bien on était entouré de Chinois, on était encerclé. Notre sergent Léo Major (un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale du Régiment de la Chaudière) a appelé le commandant puis il a demandé qu’on envoie le mortier sur nous autres. C’était la seule manière de se débarrasser des Chinois. Puis la compagnie D, ils avaient quasiment tout perdu leurs hommes. Ça fait que, quand on est arrivé là, ç’a aidé la compagnie. Christie! Ils ont eu des morts. Je pense qu’ils ont eu une trentaine de morts puis des blessés, les pelotons étaient tous... pas éparpillés, mais, les gars étaient quasiment tous blessés. Puis il y’avait beaucoup de morts. On y a gouté là. On ne s’attendait pas à ça, mais on savait qu’il fallait aller les aider, ça fait que là ça tirait. On voyait ça, nous autres, de notre compagnie. On avait juste à traverser et on voyait que les gars se faisaient « sheller » (bombarder). Des « shells », ça ce sont des obus. Cela fait qu’on est rentré là-dedans, à plat ventre, puis on a fait comme les autres, on a marché les fesses serrées et puis tout. Mais ça, qu’est-ce que vous voulez, c’était notre « job ». On a bien fait notre « job » parce que les Chinois, ils ont été obligés de s’en retourner.

La (bataille de la colline) 355, ça duré trois jours à peu près, le gros de la bataille. C’était surtout la nuit, la noirceur là. Là, ça fessait, là. Ça faisait dur monsieur! Je vous dis qu’on avait tous peur. Puis là, on avançait à plein ventre pour aller aider les autres gars parce que ça faisait trois jours qu’ils se faisaient pilonner eux autres. Notre sergent Major, Léo Major, a appelé le commandant. On n’est pas toujours collé sur lui pour savoir ce qu’il disait. Les mortiers, on avait des mortiers en arrière qui tirait, puis ils tiraient sur nous autres.

On a eu peur, moi, j’ai eu peur en tout cas puis je ne suis pas tout seul. Tous les gars, on avait tous une peur, mais il fallait y aller. Mon chum est là, je ne suis pas pour le laisser là. Ils nous disent, ils nous expliquent que ton meilleur ami, c’est ta carabine, mais ton gars à côté de toi, prends-en en soin parce que lui, il va prendre soin de toi aussi. Comprenez-vous? Ça fait que c’est ça qui devient solide, l’amitié pour ton chum. Tu ne le connais peut-être pas, il vient d’arriver, mais lui est là et il va te protéger. Toi t’es là pour le protéger. Ça fait qu’on est tous de même. L’adrénaline, je te dis, tu viens qu’on se sent comme un surhomme. Mais il y a eu tellement de morts, ça n’avait pas de sens. Cela fait que les Chinois ont reculé puis là bien, le matin, on était avec les gars de la compagnie D. Christ! C’était tout démoli à leur endroit. Ce n’était pas le fun. Je ne l’ai jamais regretté par exemple.

Puis moi, j’avais signé, et j’étais un soldat de carrière, c’est ce que je voulais faire. J’ai été treize ans (1950-1963) puis je venais de signer un terme de six ans puis c’est là que j’ai fait un infarctus. Qu’est-ce que vous voulez. Quand j’ai fait mon infarctus, j’étais à Valcartier (Québec) puis il y avait le sergent-major Deschènes, « Ti-Rouge » Deschènes, c’était le sergent-major de la compagnie C. Il voyait bien que j’avais quelque chose qui ne marchait pas. J’étais blême, j’étais tombé et puis tout. Il me dit : « Tu vas aller sur la “sick parade” (infirmerie), puis moi je ne voulais pas aller sur la “sick parade” parce qu’on s’en allait après ça à Goose Bay au Labrador. Tu vas y aller puis là il fallait sortir tout notre équipement puis emmener ça au quartier-maitre. Là, je suis passé devant un docteur puis ils ont pris un test puis là je m’en suis allé, après ça ils m’ont envoyé à Goose Bay. Puis là rendu à Goose Bay, ils ont eu un téléphone disant que Marion s’en vienne tout de suite à l’hôpital, c’est le cœur. Cela fait que j’ai passé un mois à l’hôpital des vétérans sur le boulevard Laurier à Québec. J’ai été un mois là et je n’avais pas le droit de grouiller. Après ça, j’ai été un an “Excuse Duty” (exempté de tâches) puis là bonjour après. Ils m’ont donné ma “release”, ma “discharge” qu’on appelle, en français ma démission ni plus ni moins (libération de l’armée).

Ça, ça m’a fait mal. C’était ma vie ça. Ça, c’était la pire affaire que je n’ai pas eue. Pendant six mois, tombé dans le civil. Le monde te pile sur les pieds. J’ai été malheureux là. Je me suis replacé, mais ç’a été dur. Ça, c’est la pire affaire qu’il n’y a pas eu. Que veux-tu, moi c’était ma carrière puis j’en mangeais de l’armée et puis j’en mange encore. Ça, c’était la pire affaire qui m’est arrivée, d’avoir une “discharge” de même, de maladie surtout. Moi, je venais de signer un terme de six ans et je serais resté trente ans, quarante ans. Jusqu'à tant qu’ils me mettent dehors. Ils m’ont mis dehors puis quand tu ne penses pas à ça là. Ouf! Trente-trois ans. J’avais trente-trois ans. Christie! Ç’a été dur.

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