Témoignages d'anciens combattants:
Fred Linnington

Marine

  • Médailles de Fred Linnington: 1939-45 Star; France and Germany Star; Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de guerre (1939-45).

    Fred Linnington
  • Fred Linnington en 2009.

    Fred Linnington
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"À 11 00, pendant mon quart de surveillance, des « bang, bang » ont tout à coup retenti. J’ai ensuite constaté que des flammes jaillissaient du premier navire."

Transcription

J’ai commencé à naviguer deux ans avant la guerre. J’avais un oncle qui était chef mécanicien chez la Pattison Steamship Company. Nous pouvions passer deux mois avec lui pendant les vacances d’été du secondaire, et je l’ai accompagné au cours de ces deux années. C’est ainsi que j’ai pu voir le Canada et vogué sur les cinq Grands Lacs et sur le fleuve Saint Laurent jusqu’au golfe. Cela m’a fortement impressionné. La guerre a alors éclaté. Ce type d’industrie et tout particulièrement les navires m’intéressaient. Je travaillais à bord de navires. C’est aussi à cette époque que mon bon copain et moi avons examiné les possibilités qui s’offraient à nous et avons décidé d’aller en mer. Nous sommes donc allés au port et au bureau de la CSL qui se trouvait à proximité. Le navire baptisé Norfolk de la CSL quittait Montréal à destination des îles en novembre 1940. En fin de compte, nous nous sommes rendus jusqu’au golfe, dans lequel nous avons dû pénétrer pour ravitailler en carburant afin d’être en mesure de poursuivre notre trajet. Une fois le ravitaillement et le chargement terminés, nous nous sommes dirigés vers le sud en suivant la côte, avons dépassé New York et avons finalement amarré à la Barbade où nous devions décharger des cargaisons. Ce n’était que le début de notre périple. En quittant la Barbade, nous nous sommes arrêtés à d’autres îles avant d’atteindre Trinidad, la base principale. En arrivant à la base, située dans le golfe de Paria, nous voyions, devant nous, trois gros navires amarrés alors que nous étions dans un minuscule bateau lacquier [cargo des lacs]. À 11 00, pendant mon quart de surveillance, des « bang, bang » ont tout à coup retenti. J’ai ensuite constaté que des flammes jaillissaient du premier navire. Le deuxième navire a été torpillé environ 5 à 10 minutes plus tard et, le troisième, au bout d’environ 30 minutes. Je me suis alors rendu à l’extrémité arrière du navire afin de pouvoir descendre si l’ennemi nous atteignait. Je me disais que, pour ne pas courir de risque, je pouvais sauter et me rendre à terre à la nage. Toutefois, en voyant la petite taille de notre navire, l’ennemi a sans doute jugé que ce serait du gaspillage de nous lancer une torpille. Tout de même, j’ai été très chanceux. En Guyane hollandaise, nous sommes allés jusqu’au Suriname. En fin de compte, nous avons endommagé l’étrave du navire en amarrant sur la côte. Un remorqueur a dû tirer le navire sur une distance d’environ cinq milles. La nuit tombée, nous entendions les bruits des animaux sauvages et nous nous disions que nous étions réellement dans la jungle. C’était saisissant. Le feuillage de divers types d’arbres que nous arrachions en nous déplaçant tombait sur le navire. Ma plus grande peur était qu’un serpent y tombe. Cela m’inquiétait constamment. Enfin, nous avons amarré le navire en bordure de la rive et sommes descendus à terre. Ce sont les aborigènes qui nous ont le plus étonnés. Ces gens n’avaient jamais vu des membres d’équipage. Ils nous observaient et quémandaient des objets divers. J’avais un beau manteau d’hiver que j’ai échangé avec eux contre un objet que je voulais. Cela c’est bien déroulé. Les aborigènes voulaient aussi à boire. Je leur ai offert des glaçons, mais ils ne savaient pas quoi en faire. Je les leur ai donné, mais ils ont reculé en y touchant : ils pensaient que les glaçons étaient du feu. J’en ai donc croqué devant eux. Une fois qu’ils ont compris à quoi servaient les glaçons, ils en ont accepté et, aimant le goût, ils en ont demandé d’autres. Cette période de service a été frappante et j’en ai vraiment tiré parti. De plus, elle m’a permis de découvrir la splendeur des îles. Les sous marins ne m’ont jamais inquiété. Il y en avait un grand nombre dans les Caraïbes pendant cette période de la guerre. Les sous-marins ont torpillé de nombreux navires, pour le carburant, surtout dans cette région. Les navires avariés étaient réparés à Curaça une île néerlandaise qui s’y trouve où il y a une vaste zone pouvant les accueillir en cale sèche. Quand l’état des navires le permettait, on les y réparait pour les renvoyer ensuite en mer. Le voyage de retour au Canada a été fantastique. Nous nous sommes arrêtés à toutes les îles sur notre chemin alors que nous nous dirigions vers la Nouvelle Orléans pour remonter le Mississipi. Juste avant d’arriver à ce point, la veille de notre arrivée, nous nous sommes immobilisés brusquement. Chacun disait de ne pas fumer et de n’utiliser aucune lumière à l’extérieur et de faire attention à ce qu’on faisait parce qu’il y avait là une sentinelle. Si une personne avait allumé une cigarette, elle aurait été tuée sur le champ. Le danger nous guettait constamment dans cette région. L’ennemi faisait couler les navires parce qu’ils s’y rendaient pour charger des cargaisons devant être acheminées en Europe. Nous étions des cibles faciles pour les sous-marins dans cette immense baie, d’autant plus que la marine n’intervenait pas comme elle aurait pu le faire en raison du nombre restreint de navires à sa disposition. En fin de compte, je suis rentré à Montréal. C’est à ce moment que je me suis enrôlé dans la marine. J’ai beaucoup aimé en faire partie, car j’y occupais un poste fantastique. Je connaissais notre destination et notre mission avant tout le monde grâce au navigateur. Il m’a dit : « Voici ce que je veux. Les cartes et tout le reste doivent être mis à jour. » C’était donc ma tâche : quand on nous faisait parvenir les changements qui avaient été apportés aux cartes, j’examinais les nôtres et y faisais les changements nécessaires. Je m’occupais de toutes les mises à jour. Un soir que nous nous déplacions au large du golfe de Gascogne, nous avons reçu un message nous annonçant la fin de la guerre. Le convoi comptait huit gros navires de transport des troupes. Nous avons donc allumé les lumières, toutes les lumières, et avons apporté la sirène sur le pont (M. Linnington imite le bruit de la sirène). Les sirènes résonnaient de toutes parts. Il y avait des femmes et des hommes à bord. C’était fantastique à voir et tous se réjouissaient de la fin de la guerre.
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