Témoignages d'anciens combattants:
Ronald Guertin

Armée

  • M. Ronald Guertin, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
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"Quand on est arrivé à Séoul, ça ne faisait pas longtemps que c’était libéré. On a même vu un pont, nous, on était sur le pont de train, un pont avec deux gars pendus en dessous. Ça a dû être des collaborateurs. Je ne sais pas qui ils étaient, mais c’était de quoi!"

Transcription

Bien, l’entrainement c’était, à cette époque-là là, et je ne le sais pas aujourd’hui, mais c’était toute la même chose, le « basic training » (entraînement de base) c’était (comme dans) l’infanterie. Par exemple, après qu’on eut fini, qu’on fut qualifié dans nos métiers, on avait une carte de la Convention de Genève et on n’avait pas le droit de porter des armes, mais sur le « basic training », on avait toutes les armes. On a tiré toutes les armes voulues. C’était le même entrainement pour tout le monde, soit dans le médical, dans l’infanterie ou dans le Pay Corps (Corps de la paie), c’était la même chose. On a eu ce qu’ils appellent le « Corps Training » (l’entraînement spécifique au métier exercé). Là, ça commençait, le médical. Après ça, je suis allé à Toronto pour un « training » de M. D. (entraînement médical), puis après ça je suis allé en Corée. J’étais à Borden (le camp Borden, Ontario), je suis allé à Toronto et je suis retourné à Borden. C’était des choses comme l’anatomie, la physiologie, les salles d’opération. Parce qu‘une fois arrivé là-bas, tu fais un peu de tout, tu sais. Par exemple, j’ai passé quatre mois de mon temps en Corée avec un « Field Surgical Team » (équipe chirurgicale). Tu sais, on faisait un peu de tout, on faisait le Sick Parade (inspection du personnel militaire s’étant rapporté malade). Même dans le « Field Surgical Team », les petites opérations, comme par exemple, une que je me rappelle surtout, les ongles incarnés. On avait trop d’ouvrage pour mettre un médecin là-dessus. C’est des gars comme nous autres qui faisaient ça. Ça l’a été, pour mon époque, là, le meilleur entrainement qu’ils pouvaient donner à un M. D. (militaire du corps médical), parce que tu faisais tout, t’avais le droit de tout faire, tu sais. Par exemple, avec les lois d’aujourd’hui, ils disent qu’on va commencer une intraveineuse sur ce gars-là. On n’avait pas d’infirmières, ça fait que c’est nous autres qui le faisions. C’était plus libre qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, il y a des lois pour tout. On a fait escale au Japon, nous autres. On est allé à Kure. On avait un hôpital canadien là aussi et puis je ne sais pas combien de temps qu’on a été là, mais on a dû être là quatre ou cinq jours. Après cela, on est descendu sur une petite ile dans le fond du Japon puis on a pris le bateau et on est allé en Corée. On est arrivé en Corée, à Pusan (Corée du Sud), c’était dans le temps que les Américains montaient (vers le 38e Parallèle), tu sais. Et puis ils nous ont mis dans un train. On gelait. Le train a dû aller à cinq miles à l’heure, certain. Au fait, quand on était fatigués d’être assis, c’était des bancs de bois. On débarquait du train, on marchait à côté. C’était lent comme ça. Mais on entendait des coups de canon. À notre âge, moi, je n’avais pas peur parce que je ne connaissais pas ça. Mais j’avais hâte d’arriver. Quand on est arrivé à Séoul, ça ne faisait pas longtemps que c’était libéré. On a même vu un pont, nous, on était sur le pont de train, un pont avec deux gars pendus en dessous. Ça a dû être des collaborateurs. Je ne sais pas qui ils étaient, mais c’était de quoi! Là, on s’est rendus, ils nous ont débarqués du train dans des camions, ils appelaient ça (…), je pense, des remplaçants. Et puis là, par exemple, on ne taponnait pas (ne perdait pas notre temps). Ils nous appelaient par nos noms. Tu t’en vas là. Puis justement, je suis allé à ce CCP–là (Casualty Clearing Post, poste de secours régimentaire), on n’est pas passé par le « Field Ambulance » (l’ambulance de campagne, une unité militaire). Je suis allé au CCP. Et puis, ça fait drôle. Là, on entendait les obus qui nous passaient par-dessus la tête. On ne le savait pas, mais on n’était pas en danger parce que de la manière qu’on était, on était collés sur les montagnes. Les obus s’en venaient, comme ça tu sais. Mais ça fait penser pareil. Puis un jour, dans pas gros de temps, il y avait des obus qui passaient toute la nuit ou quasiment, puis quand ils arrêtaient à la clarté le matin, ça nous réveillait. C’est fou hein? (rires) On était assez habitués à ça, que ça nous réveillait. Notre journée, nous autres, elle commençait de bonne heure, parce que les attaques se faisaient durant la nuit. Ça fait que, qu’on aille chercher les blessés ou qu’ils nous les emmènent, c’est de bonne heure le matin. Aussitôt qu’il fait clair, la journée commence. On était un… je ne sais pas comment ils appellent ça en français, un « Casualty Clearing Post ». Il faut que tu organises les blessés avant de les envoyer plus loin. De chez nous, ils allaient au Field Ambulance, du Field Ambulance, ils allaient au « Field Surgical Team », puis de là bien dépendant des blessures, puis on était souvent appelés à aller chercher les gars. Mais pas sur… peut-être que oui sur le champ de bataille durant la nuit, mais dans le jour c’était plus simple mettons. On a eu, on entendait des coups, mais il faut que j’admette que dans mon temps, là, on n’a pas eu personne de blessé au Field Ambulance. Ça fait que, tu viens que c’est une journée d’ouvrage si tu veux, là, qui commence de bonne heure et ça finit quand ça finit. Les heures ne sont pas comptées et tu faisais au moins un tour de garde durant la nuit. Ça fait que quand t’as la chance, nous autres on avait un avantage sur les autres militaires en Corée, on avait des civières, ce qui fait qu’on pouvait se coucher sur des civières tandis qu’eux autres ils couchaient à terre. Le manger (nourriture) c’était comme tout le monde, des cannes (rations militaires) de la Deuxième Guerre mondiale qu’ils n’avaient pas mangées. C’est nous autres qui les avions. Mais quand on reculait, quand j’étais avec le « Field Surgical Team », là ce sont les Américains qui nous nourrissaient. Ça faisait une différence. Par exemple, on avait une bière par jour et un paquet de cigarettes par jour. C’était le fun! Puis t’avais quelqu’un qui donnait les pilules contre la malaria. Je ne me rappelle plus du nom, mais ce n’est pas plus important que ça. Ils prenaient soin de nous autres, on aimait ça. C’était un bonus, mais quand on retournait au « Casualty Clearing Post », ça faisait drôle, mais à 17 ou 18 ans, là.
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