Témoignages d'anciens combattants:
Hercule Richard

Forces aériennes

  • Intérieur du passeport de M. Richard à l'époque où il était stationné en Allemagne dans les années 1950.

    Hercule Richard
  • Couverture d'un passeport international délivré à M. Richard au moment où il était stationné en Allemagne dans les années 1950.

    Hercule Richard
  • M. Hercule Richard, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
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"Je le réalise aujourd’hui là. On ne réalisait pas la capacité puis la valeur de notre présence là (en Europe de l’Ouest durant la Guerre froide). (...) Le fait est que la bombe atomique était omniprésente. Elle l’était des deux côtés."

Transcription

Encore là, quand je suis allé en Europe, j’étais avec une escadrille très ordinaire là. On avait encore les « Super Sabre » (le North American F-100 Super Sabre, un chasseur supersonique américain). Ça, c’est en 1953, puis, on est rendu en 1955, 1956, on avait encore les « Super Sabre ». Je ne sais pas, s’il n’y avait pas les « 104 » (le Lockheed F-104 Starfighter, un chasseur supersonique américain) déjà en France à Grostenquin (en Lorraine, où se situait le 2 [Fighter] Wing de l’Aviation royale du Canada)? Je ne me souviens pas, mais on avait les « Super Sabre » puis moi, j’avais comme tâche, à ce moment-là, le « Ground Handling ». Le « Ground Handling », ça c’est s’occuper de tout ce qui a rapport à, par exemple, la réparation. Il va y avoir de gros bacs pour nettoyer les machineries, ça marche avec l’électronique ça, il y a les moteurs, les « EPU » qu’on appelle, les « External Power Units » pour démarrer les avions, toutes sortes de choses comme ça. Tout ce qui a rapport à l’instrumentation, mais qui n’est pas directement « avion ». Baden-Baden était comme le Hollywood de l’Allemagne (lieu où stationnaient une partie des forces canadiennes d’occupation en Allemagne dans les années 1950). Ça (la ville) avait été sauvé, il n’y avait pas eu de bombardements (lors de la Deuxième Guerre mondiale). Et puis là, on rencontrait des danseuses, des chanteuses, des artistes de partout en Allemagne et tout ce beau monde-là voulait apprendre l’anglais. Alors, nos sorties avec les jeunes filles de là-bas, au lieu d’apprendre l’allemand, elles apprenaient l’anglais. Mais moi et l’un de mes amis, Paris qu’était un électricien comme moi, on s’était enrôlé ensemble, on partait vers les campagnes avec des « wizzard », des petites bicyclettes là, et puis on allait chez les cultivateurs, ces choses-là. On avait appris une base de mots du terroir, comme on peut dire. Puis, on lisait les comiques allemands. Alors c’est comme ça qu’on avait appris à être familiers avec les Allemands. Mon chum, dont je te parle, un nommé Paris, il a marié une Allemande justement, alors il a appris à parler. Il est devenu lieutenant-colonel puis moi j’étais encore un petit sergent. Il est devenu lieutenant-colonel en charge de l’école à Baden-Baden, où nous étions allés 30 ans auparavant (la base des Forces canadiennes de Baden-Soellingen). Je le réalise aujourd’hui là. On ne réalisait pas la capacité puis la valeur de notre présence là (en Europe de l’Ouest durant la Guerre froide). Je m’explique. Le fait est que la bombe atomique était omniprésente. Elle l’était des deux côtés. C’est sans doute que les Russes, de l’autre côté de la clôture, le Canada avait eu la mission de surveiller la frontière. On surveillait la frontière. Mais il faisait « bye-bye » à leurs « opposants » (adversaires) avec les MIG (en référence aux appareils soviétiques de la série Mikoyan-Gourevitch) puis eux aussi nous faisaient signe qu’ils avaient la bombe atomique sous leurs ailes. Puis, preuve aussi que de tout ce qui aurait pu arriver, ce n’est pas arrivé, tant mieux et qui n’est pas arrivé parce qu’on a montré notre force. Mon père est plus fort que le tien là, ça l’était, ça. Quand les Russes sont allés pour poser des lance-missiles sur l’ile de Cuba (octobre 1962), puis que les Américains sont venus les rencontrer, bien au même moment, nous, ici, on avait une apparence de plus de force : mon père est plus grand, plus gros, plus fort que le tien, ça l’était ça. On avait sous les ailes de nos escadrilles, nos escadrilles avaient dix avions, je pense. Sous les ailes d’un de ceux-là, il y avait une vraie bombe atomique qui aurait pu être amorcée pour tomber quelque part. Ça, je parle avec les « 104 » quand j’étais à Grostenquin en France. C’était en 1953 qui a eu la petite guerre de l’Algérie (1954-1962). J’étais stationné en France à ce moment-là. Puis c’est pour ça que j’ai été transféré à Zweibrucken en Allemagne où se situait le 3 (Fighter) Wing de l’Aviation royale du Canada). Fait à noter, en Allemagne, comme partout ailleurs, je n’ai jamais été chez les (…) « Quarters » (casernements). J’ai toujours voulu vivre avec le peuple. J’ai eu plusieurs maisons, propriétés, en faisant ça, mais de toute façon… Puis là-bas, je ne voulais pas rester chez le (…) « Quarters », mais il’ n’y avait pas de place de toute façon. Et il y avait eu un décret qu’on ne pouvait pas vivre plus loin que 10 km de la base. La tâche que les Canadiens, que le Canada avait eue avait été, comme je vous ai dit, la surveillance des frontières entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est. La longueur, je ne me souviens pas en kilomètres. Je peux dire, et la preuve est là, qu’on a rempli notre tâche. C’est la mission que le Canada a eu à remplir qui a été la plus longue depuis l’après-guerre. Elle a duré depuis 1952 jusqu’en 1987, quand le mur de Berlin est tombé (novembre 1989). Alors les Canadiens, c’est vrai, ils se sont amusés là-bas. Moi aussi, j’ai voyagé en Europe autant que j’ai pu. Et la manière dont j’ai été traité, moi, j’ai eu un gros accident et puis, j’aurais pu vivre avec les jambes toutes cassées. J’avais le fémur cassé, la cheville arrachée du pied droit. Mais, j’ai été bien traité par les forces armées qui m’ont gardé malgré mes blessures, ainsi de suite, que je pourrais dire, et puis, bon, ils m’ont gardé dans l’aviation plusieurs années après. Et puis, la tâche, on revient à la tâche que le Canada avait eue, elle a duré plus longtemps que les autres. Il n’y a jamais eu un homme qui a été… qui est mort à cause de la guerre. Il n’y a jamais eu d’affrontements au corps à corps puis pourtant on a réglé un gros conflit. On a réglé le fait qu’aujourd’hui, la bombe atomique, elle n’est plus, supposément, et pourtant c’est elle qui a été notre sauveur. Ça donne à penser.
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