Témoignages d'anciens combattants:
Raymond Olivier

Armée

  • Le sergent Raymond Olivier à l'époque où il servait en Allemagne vers 1954.

    Raymond Olivier
  • Photo prise dans une salle à manger réservée aux sergents à bord du S.S. Atlantic, le 9 novembre 1953. De gauche à droite: le sergent Manning, le sergent Olivier, le sergent Gratton et le sergent-chef Saint-Onge.

    Raymond Olivier
  • M. Raymond Olivier, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
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"On se demande toujours si l’on va revenir. Comment cela va-t-il se passer? Il y a toujours une certaine inquiétude. On ne sait jamais comment ça va se dérouler, mais mon travail est de protéger mes troupes puis de protéger mes hommes. Alors ça m’empêche de penser à moi."

Transcription

J’ai fait mon « Basic Training » (entraînement de base) comme tout le monde. Et après mon « basic training », on va sur des champs, sur « l’Advanced Training » (entraînement avancé), on va sur des champs de tir pour nous familiariser avec les armes. Alors, j’étais assez bon. Alors finalement, je suis allé dans une équipe de tireur d’élite. Alors, je n’ai fait que tirer dans mon service militaire, sauf les derniers mois où j’étais au service d’intelligence (renseignement). On est là, on revient en Allemagne après la Corée, j’étais au service d’intelligence. J’ai été là deux ans. Ce qu’on faisait, on préparait des cartes pour les entraînements, pour les « schemes » (scénarios) pour l’unité.

La brigade spéciale (pour la Corée) a été formée avec plusieurs anciens combattants (de la Deuxième Guerre mondiale), plusieurs. Alors, qu’est-ce qui m’a poussé à m’enrouler encore une fois (après un premier enrôlement en 1945)? Tout simplement le désir de retourner dans le service militaire. Après ça, je pars pour Fort Lewis (État de Washington) pour notre entrainement avant de traverser. À Fort Lewis, on était, on était chez les Américains. Je pourrais dire que l’entrainement était un peu différent de ce qu’on a fait au Canada, parce qu’on préparait l’unité (le 2e Bataillon du Royal 22e Régiment) pour traverser, pour s’en aller en Corée. Alors notre entrainement était plus intense, c’était plus rigoureux, c’était plus intense. Alors j’ai passé presque cette période-là sur des champs de tir ou en « scheme », tout genre d’entrainement. Mais, s’entrainer puis arriver sur un champ de bataille, c’est le jour et la nuit. Un entrainement militaire… c’est assez intéressant parce qu’on veut performer et puis tout ça, mais il n’y a pas de… On sait qu’on n’est pas en danger. Mais on ne s’imagine pas qu’on va l’être en danger, on ne pense pas à ça du tout. Pour commencer, en étant un peu jeune, ça, c’est secondaire. On l’apprend lorsqu’on est dedans. J’étais prêt, mais c’est complètement différent, une fois arrivé en action.

Je pense qu’on n’est jamais vraiment prêt. Mon travail était de protéger les troupes. Alors c‘est… de nuit c’est très compliqué. Tous les petits bruits la nuit sont énervants, fatigants. On ne sait pas d’où ça vient. Puis la nuit, si on entend un feu d’artillerie puis tout ça, on ne sait pas d’où ça vient parce qu’on… l’aviation est là, la marine est là, ça fait beaucoup de bruit puis ils viennent de partout. Alors pour ne pas qu’il ne nous arrive rien, il faut que ces gens-là connaissent nos positions exactement. Puis des fois on est très près, ils sont très près de nous. C’est vraiment, c’est assez énervant.

Mais j’avais une responsabilité de placer des hommes à des endroits stratégiques selon les ordres que j’avais et il fallait que j’exécute ces ordres-là, à la lettre. On me donne des positions. Alors mon travail c’est de placer des hommes dans ces positions-là, puis d’exécuter les ordres qu’on me donne. Mon travail ce n’est pas de tirer à gauche ou à droite. Il ne faut pas faire de bruit, le moins possible. C’est de voir ce qui se passe puis de ne jamais laisser personne s’approcher de nos troupes. Maintenant, ce qui est énervant, c’est que de nuit, c’est énervant, c’est fatigant parce que de nuit on ne voit pas très bien le terrain. On fonctionne avec les bruits.

Ce qui m’a marqué, c’est qu’on part d’un pays, d’un pays où il ne passe rien. On s’en va dans un pays qu’on ne connaît pas. Ces gens-là, on ne les connaît pas. Pourquoi on est là? Ces gens-là ne m’ont rien fait. Je ne les connais pas, ils ne me connaissent pas. Alors c’est difficile de prendre son arme puis de se débarrasser des gens qui n’ont rien à voir avec nous, qui nous ont rien fait, pour en protéger d’autres. Dans ce temps-là, j’avais un travail (tireur d’élite). J’étais entrainé pour le faire. Puis, vu que j’étais un type qui exécutait les ordres qu’on me donnait, puis je les faisais exécuter… Mais, mes hommes, vu que j’étais de taille petite, puis que j’avais des hommes pas mal plus gros que moi, alors pour bien fonctionner je me suis dit que ces gars-là, il faut qu’ils soient mes amis. Alors s’ils n’avaient pas été mes amis, j’aurais peut-être eu un peu de difficulté à les contrôler, mais c’était mes amis.

Ça fait que là, lorsqu’on était dans des camps avant ça, je passais mes soirées, j’allais dans les huttes de mes gars. J’allais passer la veillée avec eux, au lieu d’être au mess des caporaux ou au mess des sergents. Parce que ces gars-là, j’avais besoin d’eux puis eux avaient besoin de moi. Alors il faut devenir des amis. En étant des amis, ça nous donne une force qu’on n’a pas autrement. On se protège plus parce que ce sont nos amis là. Ce n’est pas rien qu’un type qui est là, je suis son sergent. Pour commencer, c’est mon ami, on a vécu ensemble, on a passé des soirées ensemble. C’est beaucoup plus facile de diriger des gens qu’on connaît bien que des gens qu’on est là seulement pour leur donner des ordres, sans trop les connaître. Je pense que ça aurait été difficile.

L’action, c’est plein d’imprévus, c’est seulement que des imprévus. On se demande toujours si l’on va revenir. Comment cela va-t-il se passer? Il y a toujours une certaine inquiétude. On ne sait jamais comment ça va se dérouler, mais mon travail est de protéger mes troupes puis de protéger mes hommes. Alors ça m’empêche de penser à moi. Il y a deux choses qui dérangent beaucoup là-bas, c’est de perdre des gens puis d’exécuter des ordres qui vont donner la même chose (la mort) chez l’adversaire.

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