Témoignages d'anciens combattants:
Alexandre Sexton

Armée

  • Le soldat Alexandre Sexton (en uniforme) célébrant avec des amis.

    Alexandre Sexton
  • Le soldat Alexandre Sexton à l'époque de son service militaire avec le 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, 1951-1953.

    Alexandre Sexton
  • Le soldat Alexandre Sexton, Royal 22e Régiment.

    Alexandre Sexton
  • M. Alexandre Sexton, avril 2012.

    Le Projet Mémoire
  • Le soldat Alexandre Sexton.

    Alexandre Sexton
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"Et puis il a fallu que j’aille, avec la même infirmière, là-bas [d’un hôpital au Japon]. Elle avait une voiture, et un jour elle m’a demandé de l’accompagner à Hiroshima, là où la bombe atomique a explosé, je suis allé là-bas avec elle. Mais quand je suis entré dans l’hôpital, j’en suis ressorti à toutes jambes… j’étais en pleurs. Tous ces petits bébés tout amochés, vous savez, avec cette bombe – les conséquences des… radiations."

Transcription

J’ai grandi à Montréal, et deux de mes amis voulaient s’engager dans l’armée, alors j’y suis entré avec eux. Et en 1951, janvier 1951, j’étais dans l’armée. À cette époque, le travail, il n’y avait pas de travail pour les jeunes, vous savez. Alors, tout le monde s’enrôlait, en raison des problèmes de main d’œuvre, vous savez, pour aller sur un chantier. Le truc c’est que, les salaires étaient très bas, vous savez. Dans les 50 dollars par semaine, 50, ou même seulement 35 dollars par semaine, en 1949 et 1951. Alors on s’est engagés, et mes amis sont allés dans le Van Doos [surnom donné aux soldats du Royal 22e Régiment]. Et je suis parti à Borden [Ontario] pour suivre l’entrainement de base. Et, le 15 janvier, je suis allé à Borden ; ils m’ont envoyé à Borden parce que je parlais anglais, vous savez, je portais un nom de famille anglais, alors ils m’ont envoyé là-bas.

Donc je suis resté trois mois à Borden. J’ai bien aimé l’entrainement qu’ils me donnaient et tout ça ; c’était vraiment bien. Et quand je suis rentré, ils m’ont fait revenir, je voulais être chauffeur de camion dans l’armée, mais ils m’ont dit qu’il fallait que je retourne dans le 22e [le Royal 22e Régiment] et que je revienne après à Borden pour essayer d’obtenir, mon permis poids lourds pour conduire des gros camions ou des bulldozers, et autres engins de ce genre, vous savez. Mais ça n’est pas arrivé.

Mon premier jour là-bas [au front], j’étais avec Monsieur Dubé. On avait le front qui se trouvait ici, et la moraine tourne comme ça. Et ici, il y avait une mitrailleuse qui commence à tirer de l’autre côté, vous savez. Mais, pas pour atteindre quelqu’un, juste comme ça… et, en bas dans le ravin de ce côté, il y en avait un avec une carabine qui tirait. Alors j’ai ouvert le feu sur ce gars. Et puis j’en tire deux, les balles commencent à arriver, ça arrête les deux gars que je vois ici, qui les a eus. Je suis descendu dans mon trou et je me suis assis au fond. Et l’autre gars me dit : « Ne tire pas, ne tire pas. » D’accord, j’arrête de tirer.

Et puis il a fallu que j’aille, avec la même infirmière, là-bas [d’un hôpital au Japon]. Elle avait une voiture, et un jour elle m’a demandé de l’accompagner à Hiroshima, là où la bombe atomique a explosé [sur Hiroshima le 6 août 1945 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale], je suis allé là-bas avec elle. Mais quand je suis entré dans l’hôpital, j’en suis ressorti à toutes jambes… j’étais en pleurs. Tous ces petits bébés tout amochés, vous savez, avec cette bombe – les conséquences des… radiations.

Ça m’a pris une quinzaine de minutes. Et elle avait une petite flasque [petite bouteille d’alcool], alors elle m’a donné deux [rasades]. Je suis retourné à l’intérieur, mais je n’ai pas aimé ce que je voyais. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu.

Et, même en Corée quand j’étais là-haut, en changeant de montagne et je suis arrivé dans une base où il y avait une femme qui était allongée, et son bébé était dans la rigole, pleins de puces, et tout. Le bébé avec – ça, je m’en souviens. Elle avait un éclat d’obus et elle l’a juste extirpé de là et sa poitrine tout entière était complètement bouffée par les puces, et tout. Elle avait un éclat d’obus à cet endroit. Et je crois, ce sont des choses dont je me souviens parce que je les ai vues, vous savez. Et je, ça me revient très souvent. Surtout les bébés, vous savez.

Et autre chose quand j’étais là-haut, sur la [Colline] 166, Monsieur Morin, il est mort, il est mort aujourd’hui. Il est revenu – il est passé, Sergent Morin, il m’a dépassé. Parce qu’il voulait aller à cet endroit et reprendre des trucs qu’il avait oubliés. Ce jour-là dont j’ai parlé, on était là-bas et il a envoyé l’autre. Donc, il voulait redescendre et il a dit : « Je vais aller chercher toutes ces couvertures. » Et des trucs comme ça – il avait oublié sa gnôle. Donc Monsieur Morin y est allé et après ça, en descendant, bang ! Une explosion. Ah ! Je suis descendu à toute vitesse, je me suis retrouvé dans le champ de mines tout près de lui. Je me suis approché de lui, je n’ai pas sauté. Mais juste à côté de moi, il y avait une mine juste là, juste à côté de moi. Mais il a sauté. Ensuite il a, il a eu les deux jambes bousillées, mais là, à côté, « Fiche le camp de là ! Tu es dans un champ de mines. »

Et on n’était pas au courant qu’il y avait un champ de mines à cet endroit. On n’a jamais su qu’il y avait un champ de mines. Quand on est partis, on est passés par cette route, et Monsieur Morin a sauté là dedans. Mais j’étais là, je voulais le sortir de là moi-même, vous savez. Ils ont dit : « Ne le touche pas, déguerpis, tu es dans un champ de mines. » Je marchais comme un lapin, vous savez, en essayant de dépasser le champ de mines. J’en suis finalement sorti. Mais j’étais le premier sur les lieux avec Monsieur Morin quand il a sauté. Mais ses deux jambes étaient foutues. Il ne les avait pas perdues, mais elles étaient complètement bousillées, vous savez. Il marchait avec des cannes, et des trucs comme ça.

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